3 février 2026 · 1:01:31
Ce que ton rapport à l’argent dit de toi (avec Guillaume Chauvin)
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Le Laboratoire Origine
Un accompagnement collectif de 3 mois
Pour comprendre ce qui te freine, retrouver une vision claire de ce qui est juste pour toi, et repartir avec une méthode que tu pourras réutiliser toute ta vie.
Découvrir le Laboratoire OrigineDans cet épisode du podcast Origine, j’échange avec Guillaume Chauvin, conseiller en gestion de patrimoine, autour d’un sujet fondamental et pourtant tabou : notre relation à l’argent.
On parle rarement d’argent de façon consciente. Pourtant, notre rapport à l’argent se construit très tôt, souvent dès l’enfance, et influence nos choix de vie, nos relations de couple, notre manière d’investir ou d’éviter le sujet...
Dans cette conversation profonde, on explore :
- Pourquoi notre relation à l’argent prend racine dans l’enfance
- L’impact des blessures émotionnelles sur nos décisions financières
- Les conflits autour de l’argent dans le couple et comment les apaiser
- Pourquoi commencer à investir tôt change radicalement une vie
- L’importance de l’éducation financière pour les enfants
- La différence entre épargne, investissement et consommation
- Pourquoi 50 € par mois peuvent faire une énorme différence sur le long terme
Guillaume partage aussi son parcours personnel : du salariat à l’entrepreneuriat, de la sécurité à plus de liberté, et sa vision d’une gestion financière saine, consciente et accessible à tous.
Cet épisode est une invitation à reprendre la responsabilité de ton rapport à l’argent, sans culpabilité, sans tabou, avec lucidité et pédagogie.
Le lien vers l'épisode en vidéo : https://youtu.be/ORSpnsR9pns
Trouve ta zone de génie en 1h : https://cours.graouacademie.fr/cours-zone-de-genie-podcast
Formation Origine : https://graouacademie.fr/cours/origine/
Mes accompagnements : https://graouacademie.fr/accompagnements/
Instagram : https://www.instagram.com/jeremyguillaume/
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Le texte complet de cet épisode, reformaté
Bienvenue dans le podcast Origine avec Guillaume Chauvin
Jérémy : Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast. Aujourd'hui, je suis avec Guillaume. Bonjour Guillaume.
Guillaume : Bonjour les amis.
Jérémy : On se connaît bien, parce qu'on a tendance à passer du temps ensemble pour travailler, échanger, partager. Tu es conseiller en gestion de patrimoine, un métier de seconde vie peut-être — tu vas nous dire comment ça s'est passé. Ça me tenait à cœur de t'inviter parce que dans Origine, j'ai vraiment envie à la fois de comprendre pourquoi les personnes font ce qu'elles font, pourquoi elles sont qui elles sont, et aussi de les aider à grandir dans leurs différents domaines de vie.
Aujourd'hui, avec toi, on va aller sur la gestion financière. Il y a des sujets qui te sont chers : la relation à l'argent dans le couple, l'éducation financière, le fait de se construire un patrimoine quand on est à son compte, quand on est indépendant — parce qu'a priori, on n'aura pas une grosse retraite, peut-être pas du tout. Et je sais que tu as cette faculté à te projeter, à voir dans l'avenir, à être très structuré.
J'ai envie qu'on explore comment tu en es arrivé là, toi personnellement, et que tu puisses partager des conseils à des personnes qui ne s'intéressent pas trop à ce sujet-là.
Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter, nous dire qui tu es ?
Présentation de Guillaume : de l'ingénierie nucléaire à la gestion de patrimoine
Guillaume : Moi c'est Guillaume Chauvin. Je suis marié, j'ai deux enfants, j'habite à côté d'Aix-en-Provence, dans un très beau village qui s'appelle Mérarac. Et j'approche de la quarantaine, on y est presque.
Jérémy : Le bel âge !
Guillaume : Il paraît, je te dirai ça dans quelques semaines.
Jérémy : Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment tu t'es dit : c'est ce métier-là, cette activité que je veux faire ?
Guillaume : J'ai une première partie de carrière de salarié dans le domaine du nucléaire, dans la partie génie électrique. J'ai toujours fait ça, mais en réalité, je n'ai pas vraiment choisi ce métier. J'étais un peu flemmard, c'est la réalité. Pendant les études, on te demande toujours de faire des études, mais tu ne sais pas trop pourquoi tu les fais, à part que tes parents te poussent. Du coup, j'ai eu des amis de promo qui m'ont dit « je fais tel métier », et je les ai suivis dans l'aventure.
À la fin de mes études, je me suis dit qu'il allait falloir trouver une entreprise pour bosser. Et là, c'est encore pareil : c'est un collègue qui m'appelle et qui me dit « tiens, il y a un poste qui se libère dans telle société, est-ce que tu veux venir ? »
Jérémy : Porté par la vie.
Guillaume : Exactement. Moi je n'avais rien demandé. En plus, c'était un stage de fin d'études. À la fin, ils m'ont dit « si tu veux, on te fait signer un CDI ». J'ai dit « allez, banco ». Mais tu vois, je n'ai pas choisi, je me suis laissé porter.
Par contre, ce qui me froissait un peu, c'est qu'à chaque fois j'avais des barrières. Je voulais progresser plus rapidement dans l'entreprise, et à chaque fois on me disait « attends un peu, fais ci avant ». J'étais limité dans mon développement. C'était une première étape qui m'a fait dire : ça m'embête un peu que ce soit comme ça. Mais je continuais mon truc, je faisais mon boulot, sans trop me poser de questions.
À l'époque, on habitait Marseille. Je suis originaire de Lourmarin, mais on avait déménagé à Marseille pour le boulot. On était mariés, sans enfants, donc c'était super.
Jérémy : La liberté.
Guillaume : La liberté. Et puis quand tu commences à avoir des enfants… Le premier, Baptiste, que tu connais, aime faire beaucoup de sport, il me demandait toujours d'aller au parc. Ça devient vite compliqué en ville, les bouchons, etc. À ce moment-là, on se dit qu'on veut sortir de Marseille pour vivre un peu à la campagne, dans nos origines, aussi par rapport à ma femme Clémence. Donc on décide de construire à Mérarac.
Il fallait donc trouver un nouveau boulot pour se rapprocher. Et encore une fois, j'ai un pote qui est au CEA à Cadarache et qui me dit « il y a un poste, est-ce que tu veux venir ? » J'ai dit « impeccable », Cadarache est à quinze minutes. Je fais les entretiens, j'ai le poste, et je continue.
Le déclic de l'entrepreneuriat et la quête de sens à 35 ans
Guillaume : Sauf qu'au CEA, c'est toujours pareil : encore limité. Et là c'est même plus fermé, plus restrictif, parce que c'est semi-privé. Et j'ai 35 ans, tu commences à te lever le matin et à te dire : mais en fait, pourquoi je me lève ? Pourquoi je vais faire ce métier-là ? Même si ça ne me déplaisait pas, ce n'était pas une conviction personnelle, une envie personnelle de faire ce métier. On était plutôt bien payés, c'était assez intéressant, mais pas de vraie conviction. Donc tu commences à cogiter : OK, qu'est-ce que je vais faire ?
J'avais toujours une petite voix dans ma tête qui me parlait d'entrepreneuriat.
Parce que mes parents ont aussi eu une carrière d'entrepreneurs : ils faisaient des plantes aromatiques à Lourmarin, dans une ferme pédagogique. Je les avais vus évoluer là-dessus, même si ça n'avait pas été très florissant. En tout cas, ils avaient trouvé la démarche intéressante.
Jérémy : Tu les voyais heureux d'être à leur compte, de développer ce qu'ils aimaient ?
Guillaume : Oui et non. Parce que j'ai vu aussi la difficulté de travailler ensemble.
Jérémy : En plus dans le couple.
Guillaume : Dans le couple, avec l'impact sur la vie perso. Ça, je le mets de côté. Mais dans la démarche d'entrepreneuriat, celle de développer ton activité comme bon te semble, oui. Je voyais ma mère qui allait faire son marché tous les vendredis matins, parce qu'elle avait décidé de le faire le vendredi matin. La liberté d'organisation, on touche à ça.
Héritage familial et premières leçons sur la gestion de patrimoine
Guillaume : Il y a un autre facteur aussi. Ma mère avait des biens immobiliers, et j'ai toujours entendu parler de gestion immobilière, de fiscalité, de locataires. C'était un héritage qui remonte à mon arrière-grand-père et qui est descendu sur plusieurs générations. Et à la suite de ces générations, le patrimoine diminuait.
Ça me posait question. Je me disais : ce n'est pas possible qu'à chaque génération on perde du patrimoine, qu'on n'arrive pas à le faire grossir. Je pense que depuis petit, ça m'a inculqué ces notions de patrimoine, de gestion, d'immobilier. À chaque fois qu'on partait en vacances, on regardait les annonces pour voir comment était le marché.
Et la dernière planète qui s'aligne, c'est encore un ami du CEA — le fameux Jean-Daniel — qui me dit : « écoute, moi je fais du conseil en gestion de patrimoine. Franchement, avec tout ce que tu me dis, peut-être que ça pourrait t'intéresser. »
Jérémy : L'impression que j'ai, c'est que l'étincelle de départ, c'est ton fils — tu me dis si c'est le cas. J'ai l'impression qu'il arrive et que ça commence à te percuter : qu'est-ce que je veux faire de ma vie ? Beaucoup de personnes sont un peu dans ce cas, moi je me retrouve dans ce que tu dis. Tu fais ton truc, plus ou moins, tu fais ta vie. Mais le moment de la naissance des enfants, je trouve que c'est un vrai pilier, parce que tu te dis : qu'est-ce que je veux leur transmettre, quelle image de père je veux leur donner ? Est-ce que ça a été déterminant pour toi, ou juste un facteur supplémentaire ?
Guillaume : Je pense que c'est un facteur supplémentaire, pas l'élément prépondérant.
C'est une succession de petites choses qui font qu'à un moment donné, tu déclenches.
Éducation financière dès l'enfance : la règle du « Est-ce que ça vaut le coup ? »
Jérémy : J'aimerais qu'on revienne dans ton enfance. Quand on préparait l'épisode, tu m'as raconté une anecdote qui m'a marqué : petit, tu regardais déjà des biens immobiliers et tu te disais « si j'achète ça à tel prix, peut-être que je pourrais le revendre à tel prix ». Ça vient d'où ? Tu avais quel âge ?
Guillaume : J'avais une dizaine d'années.
Jérémy : Qu'est-ce qui fait que le Guillaume enfant, à 10 ans, au lieu de jouer aux Lego…
Guillaume : J'ai joué aux Lego aussi !
Jérémy : …se dit qu'il pourrait investir, ou en tout cas a conscience que si on achète ce truc-là, on peut récupérer plus derrière ?
Guillaume : La genèse, je pense qu'elle vient de ma grand-mère. J'étais très petit, je pense que j'avais 5 ou 6 ans, et elle me dit : « je vais te donner 50 francs par mois — je ne sais plus combien c'était à l'époque — et tu en fais ce que tu veux. » Du coup, à chaque fois que je voulais acheter quelque chose, je me disais : si j'achète ça, je vais perdre de mon capital, et qu'est-ce que ça va m'apporter ? Émotionnellement, financièrement, sur tous les aspects. Et est-ce que ça vaut le coup ?
Toujours cette question : est-ce que ça vaut le coup ? Et ça, je l'ai encore aujourd'hui.
À chaque fois que j'achète quelque chose, je me demande : est-ce que c'est au bon prix ? Est-ce que derrière ça va me rapporter quelque chose, émotionnellement ou financièrement ? Est-ce que je fais le bon choix ?
J'ai plein d'amis qui ont une notion d'attachement à l'argent complètement différente. Moi je suis un peu écureuil, je fais attention aux dépenses. Parfois ma femme me dit que je fais trop attention, mais dans un couple on a toujours des attachements différents.
Jérémy : On en parle juste après, l'argent et le couple. Ta grand-mère l'a fait avec ton frère et ta sœur aussi ?
Guillaume : Oui, mais on est complètement différents. Moi, en tout cas, je l'ai interprété comme une richesse qu'elle nous transmettait et dont il fallait que je fasse bon usage.
Jérémy : Tu es l'aîné ?
Guillaume : Je suis l'aîné.
Devenir le « protecteur » : l'impact du divorce des parents sur sa vision
Jérémy : Tu me disais aussi que tu avais pas mal protégé ton frère et ta sœur.
Guillaume : Oui, je les ai protégés, parce qu'on a eu une vie de famille un peu compliquée, avec le divorce de mes parents. Ça a été une phase difficile, et je me suis autoproclamé protecteur, pour les épargner…
Jérémy : « Épargner » !
Guillaume : C'est incroyable, tu as raison, je percute seulement maintenant ! Pour les protéger, puisqu'ils étaient plus petits que moi, et je ne voulais pas que ça les impacte trop.
Jérémy : C'est le rôle qu'on peut se donner en tant que grand frère : protéger, sécuriser ceux qui sont en dessous, parce qu'on a ce niveau de conscience lié à l'âge. Ma conviction profonde, c'est que les endroits où on a un truc naturel qui se développe dans l'enfance — un don, presque —, c'est là où on est le meilleur dans sa vie, et là où on a le plus à apporter aux autres.
Le fait que tu aies eu cette grand-mère, cette conscience de « qu'est-ce que j'ai à gagner ou à perdre », fait qu'aujourd'hui tu choisis un métier de cœur.
C'est aussi ce que j'ai envie de toucher du doigt dans le podcast : qu'en t'écoutant, les gens se disent qu'on a tous quelque chose de singulier, d'unique, qui s'est créé dans l'enfance, et qu'adultes, si on est vraiment connecté à ça, les choses se déroulent plutôt bien. Est-ce qu'il y a d'autres événements de ton enfance qui font de toi la personne que tu es aujourd'hui ?
Guillaume : Le côté sauveur, protecteur, c'est vraiment la chose qui me parle. Et c'est vrai que quand je suis face à des clients, notamment sur des divorces, sans le faire exprès, cette casquette-là ressort et j'essaie d'expliquer comment on peut faire pour que ça se passe bien.
Jérémy : Tu ne me l'as pas dit comme ça, mais j'ai interprété que tu avais peut-être un peu souffert du divorce de tes parents. Quel impact ça a eu sur tes choix de vie ?
Guillaume : Ça m'a fait vite prendre de la hauteur sur la vie et vite construire ma vie. Ça a duré entre mes 12 et mes 18 ans, pile dans l'adolescence. Je fuyais un peu la maison pour essayer de m'écarter de ça. Ça m'a fait grandir plus vite, être plus responsable. Et derrière, tu enclenches ta relation à l'argent, ta relation au couple. Je me suis mis en couple à 18 ans avec Clémence.
Jérémy : C'était tôt quand même. Ce qui est beau, c'est que vous êtes encore ensemble aujourd'hui. Parce qu'être en couple à 18 ans, ça peut arriver, mais que ça dure, que vous ayez des enfants…
L'argent dans le couple : briser le tabou et mieux communiquer
Jérémy : Puisque tu me parles de ton couple : je sais que la relation à l'argent dans le couple te tient à cœur. Qu'est-ce que tu aimerais partager aux personnes qui nous écoutent ?
Guillaume : La première chose, c'est qu'il ne faut pas que ce soit tabou. Il faut en discuter. Je vois trop de gens qui restent chacun dans leur coin, qui n'en parlent pas, parce qu'on a chacun une relation différente à l'argent. Il y en a qui vont être plutôt « je profite » : la vie est courte, donc je profite un max tant que j'en ai. C'est une façon de voir. Et d'autres qui disent : « moi je mets de côté parce qu'à un moment donné, je vais en avoir besoin pour faire face à des aléas, pour mes enfants, ou pour ma retraite. »
Comme n'importe quel sujet de couple, quand tu as des visions différentes, ça crée des difficultés.
Je pense qu'il faut être honnête l'un envers l'autre : « voilà, moi c'est comme ça que je vois les choses. » L'autre peut dire « moi je le vois différemment ». Et trouver un compromis qui va aux deux, pour ne pas que l'un se sacrifie à travers l'autre.
Conseils pratiques pour gérer les finances en couple : le pot commun proportionnel
Jérémy : Qu'est-ce que tu conseillerais ? Ce que je vois souvent, c'est plusieurs types de schémas. Il y a des schémas un peu archaïques, inconscients, où l'homme doit ramener l'argent, où l'homme a l'argent du foyer — et du coup la femme peut se sentir dépendante, redevable. Il y a des schémas où l'un des deux est très écureuil, il faut mettre de côté, prévoir, par rapport à son histoire, son vécu — tout est lié pratiquement à l'enfance. Et l'autre qui est en mode « on n'a qu'une vie, il faut profiter ». Comment on trouve le juste milieu ? Parce qu'il peut y avoir deux mondes qui s'affrontent : quelqu'un qui dit « je préfère aller au resto, passer un moment de qualité avec toi, on verra plus tard », et l'autre « non, on ne va pas au resto parce que c'est important de mettre de l'argent de côté ».
Guillaume : Le truc le plus juste, c'est que chacun ait ses revenus de son côté, son compte. Et ensuite, on fait un pot commun, en proportion de ce qu'on fait ensemble et de la vie. Si pour l'un ou pour les deux c'est important d'épargner, d'investir, ça se fait aussi en proportion des revenus qui rentrent.
Monsieur a son compte, madame a son compte, ils font un pot commun qui permet de payer les charges. Et si l'un est plus dépensier que l'autre, il tape dans son pot à lui, et ça n'impacte pas l'autre.
Alors que très souvent, tout est mis dans un pot commun. Et il y en a un — souvent le mari, qui en général gagne un peu plus — qui va se permettre de dire « finalement, c'est moi qui ramène plus, donc si j'ai envie de faire ça, je le fais ». Et là, ça crée des tensions tout de suite. Donc le conseil, c'est d'essayer de séparer un maximum. Pas à l'euro près, mais vraiment séparer les revenus de l'un et de l'autre, puis se mettre d'accord sur ce qu'on met dans le pot commun pour tout le reste.
Jérémy : Ce que tu disais sur l'échange, la discussion, c'est incontournable. Si tu fais ça sans échanger, tu peux sentir une frustration à partir du moment où l'un dit « moi c'est important d'avoir du plaisir, des loisirs » et l'autre « moi c'est important d'épargner ». Mais tu poses un truc, tu es dans la considération de l'autre, et souvent ça change pas mal de choses.
Guillaume : Comme partout, la communication est incontournable. Et je pense qu'il y a peu de couples qui communiquent sur l'argent du foyer : ce qui rentre, ce qui sort, et ce qu'on veut en faire.
Jérémy : Pour toi, l'argent n'a jamais été tabou ?
Guillaume : Non. Mais c'est un truc bien français. Le test le plus simple : même si tu as des meilleurs amis que tu connais depuis longtemps, est-ce que tu sais ce qu'ils gagnent ?
Jérémy : Oui, mais parce que pour moi ce n'est pas tabou, et pour mes amis non plus.
Guillaume : Tu es peut-être l'exception, aussi parce que tu es dans un milieu entrepreneurial. Mais chez les salariés, dans diverses sociétés, si tu vas demander, il y a toujours un certain recul : pourquoi tu veux savoir ça ? En quoi ça peut t'intéresser ? Et le pire, c'est dans les entreprises.
Jérémy : Pourquoi tu penses que c'est un truc bien français ?
Guillaume : Parce que dans les pays anglo-saxons, on est fier de gagner de l'argent, fier de le dire, fier de l'afficher.
En France, on le cache pour ne pas être jugé.
Jérémy : Il y a un truc avec l'ambition : si tu es sûr de toi, ambitieux, tu es prétentieux, et tu n'es pas forcément quelqu'un de bien, entre guillemets. Et je vois aussi beaucoup une forme de jalousie. On est dans un État qui a une posture un peu sauveur, globalement, et du coup c'est parfois plus facile de se dire « je m'en tiens à quelqu'un d'extérieur pour qu'il me sauve, pour qu'il m'aide » plutôt que « je vais me bouger ». C'est pour ça que chez les entrepreneurs la posture est différente : tu sais bien que si tu ne bouges pas, tu n'as pas de clients, et si tu n'as pas de clients, tu n'as pas de revenus.
Guillaume : Il y a eu des débats il n'y a pas longtemps sur la rémunération des chefs d'entreprise, qu'on trouvait déconnectée de la réalité. Mais quand tu gères des millions de personnes et des milliards d'euros de revenus, je trouve ça plutôt légitime si tu arrives à faire des bénéfices.
Jérémy : Tu fais travailler des gens.
Guillaume : Des fois on pointe du doigt Bernard Arnault. Moi je trouve qu'on devrait être fier et l'afficher comme un grand patron.
Pourquoi l'investissement long terme est crucial (même avec 50 €/mois)
Jérémy : C'est un grand sujet, on ne peut pas faire un épisode que là-dessus. Revenons à toi. Ce qui compte vraiment pour toi, c'est de transmettre les clés d'une gestion financière et patrimoniale saine et cohérente. Tu me disais en préparation qu'il y a un truc qui te touche vraiment : les gens qui viennent sur le tard, ceux qui ne prennent pas soin de leur patrimoine, qui n'investissent dans rien, et que tu vois n'auront rien plus tard. Beaucoup de personnes se soucient peu de leur patrimoine, de prendre une prévoyance quand elles sont à leur compte. Pourquoi ça te touche autant ?
Guillaume : Quand tu vois l'effort d'investissement — je parle de 100, 150 euros par mois — que tu vas pouvoir mettre sur 20 ou 30 ans, et le capital que tu vas percevoir à la fin, puis que tu fais le parallèle avec la même chose faite sur tes dix dernières années de vie, l'écart est juste phénoménal.
Jérémy : Tu as des chiffres en tête ? Si tu mets 100 euros par mois pendant dix ans ?
Guillaume : 100 euros par mois sur dix ans, ça va te faire 30 000 euros, grosse maille.
Jérémy : Et sur 30 ans ?
Guillaume : Sur 30 ans, tu vas être à 80 000, 100 000 euros.
C'est énorme, la différence. Et les gens sous-estiment complètement ce que tu peux faire sur le long terme.
Comprendre les intérêts composés : l'effet boule de neige
Guillaume : Tout ça parce que quand tu investis, tu crées des intérêts, et ces intérêts créent eux-mêmes des intérêts : ce qu'on appelle les intérêts composés.
On peut le schématiser avec une boule de neige que tu fais rouler : elle grossit au fur et à mesure que tu la pousses.
Aujourd'hui, les gens sont happés par l'appât du gain. J'aime bien l'exemple des cryptomonnaies : tout le monde dit « c'est génial, tu peux te faire de l'argent ». Oui, c'est vrai. Seulement il y a une volatilité, c'est-à-dire une variation possible à la hausse ou à la baisse qui est aussi phénoménale. Tu peux tout gagner ou tout perdre du jour au lendemain. Donc en fonction des investissements, il faut faire attention.
Et à l'autre bout, il y a le livret A. Pour moi, c'est juste de l'épargne de précaution : partir en vacances, acheter une machine à laver, les trucs du quotidien sans faire de crédit. Entre ces deux mondes-là, il y a un monde intermédiaire, et c'est là que les gens devraient mettre ces fameux 100 euros par mois pour se créer du capital, du patrimoine.
Jérémy : Tu penses que 100 euros c'est le minimum, ou on peut commencer à 50 ?
Guillaume : Tu peux commencer à 50, il n'y a pas de souci.
L'aspect psychologique de l'épargne : rassurer son cerveau
Jérémy : L'impression que j'ai, c'est qu'il y a un vrai enjeu psychologique : si tu n'es pas prêt à mettre 5 ou 10 euros à un moment parce que tu ne peux pas mettre plus, tu ne seras pas prêt à en mettre 500 le jour où tu gagnes beaucoup plus.
Guillaume : Exactement, c'est ça. Et c'est ce que je dis beaucoup à mes clients : il faut commencer, avec des petites sommes. 50 euros pour démarrer, c'est impeccable. Parce que tu vas t'habituer mentalement à mettre ces 50 euros par mois. Et ton cerveau — parce qu'on est pilotés par une machine qui s'appelle le cerveau — va te dire : « OK, on le fait, je vois que ça marche, je ne suis pas en danger, tout se passe bien. Au contraire, j'ai une sécurité, je vois quelque chose qui me rassure. »
Jérémy : Au début ça stresse, et finalement ça rassure, parce que tu vois que ça génère de l'argent supplémentaire.
Guillaume : Et du coup il va te dire : « on peut peut-être mettre un peu plus. » Et là, ça y est, tu démarres. Mais si tu ne le fais jamais, tu gardes toujours cette peur : « je vais mettre 50 euros et je vais les perdre, alors que je pourrais aller au resto à la place. »
Jérémy : Il y a aussi le fait d'avoir conscience que se priver un petit peu aujourd'hui sera bénéfique sur le long terme, et que les gens ont tendance à raisonner trop à court terme.
Guillaume : C'est sûr et certain. On est dans une société de consommation, notre cerveau est éduqué à acheter tous les jours.
Jérémy : Et c'est de pire en pire.
Guillaume : Et là, tu vas lui dire : « tu vas dépenser de l'argent, mais le bénéfice de ce que tu auras investi, tu ne l'auras peut-être que dans 10 ou 20 ans. » Cette notion-là est vraiment importante, et c'est mon rôle, l'aspect pédagogique : projeter les gens sur le gain probable dans dix ou vingt ans.
Peut-être que dans dix ou vingt ans, je l'espère, ils me remercieront d'avoir eu cette démarche-là.
Jérémy : Tu avais fait une conférence où, sur dix ans, ça faisait quinze ou vingt mille euros, et sur trente ans, bien placé, cent quarante mille de mémoire. La différence est presque de un à dix.
Guillaume : Elle est énorme. Mais il faut être patient.
Gérer l'anxiété financière au sein de la famille
Jérémy : J'aimerais revenir à ton couple. Est-ce qu'il y a eu des enjeux autour de l'argent, de la façon de dépenser, ou est-ce que ta femme est comme toi et ça roule ?
Guillaume : J'ai la chance qu'on soit assez alignés. Elle est même plus écureuil que moi, par rapport à son enfance : ses parents ont eu des difficultés financières. C'est presque un traumatisme qu'elle a eu et qu'elle traîne aujourd'hui. Donc c'est à moi, parfois, de desserrer un peu la vis, de lui dire « c'est bon, on peut ». Mais elle a besoin d'être rassurée : pour elle, l'argent est un stress, une angoisse. Elle a toujours besoin de me demander, pour être sûre que tout est OK, quand on fait des achats importants.
Moi je n'ai pas eu trop de sujets là-dessus. Il y a juste que j'ai fait des choix d'investissement et de revente, notamment sur un appartement qu'on avait. À l'époque, je n'étais pas conseillé, pas aidé. Et elle m'a mis un peu ce stress : « oui, mais quand on construira, est-ce qu'on va en avoir assez ? Comment on va faire ? » Je l'ai suivie pour la rassurer. Avec le recul, si j'avais été bien conseillé, peut-être que j'aurais un appart de plus. Mais c'est comme ça, c'est l'apprentissage — et c'est aussi ça, tout l'intérêt de se faire accompagner.
Jérémy : C'est intéressant parce que — c'est mon dada, ce qui me passionne — on voit que ça touche à une construction dans l'enfance, à des traumas, et que rien n'est une fatalité. Notre devoir, si on a envie d'avancer sur ce sujet, c'est de se faire accompagner pour décoincer ça et que ce ne soit plus un frein.
Ça bloque autant quand tu n'oses rien mettre par phobie — tu peux avoir des comptes pleins et te priver de vivre — que dans l'autre sens, quand tu claques tout.
La règle d'or 50/30/20 pour structurer son budget
Guillaume : Pour compléter : quand je fais mes études et que je présente à mes clients, je leur présente la règle des 50/30/20. Les 50 %, ce sont toutes les dépenses incompressibles : le foyer, l'électricité, l'eau, les courses. Les 30 %, ce sont les dépenses plaisir : vacances, restos, tout ce que tu as envie de t'acheter sans trop regarder. Et les 20 %, c'est l'investissement. Tu prends le revenu de ton foyer et tu le divises comme ça.
Bien sûr, ça s'adapte selon que tu as des enfants ou pas. Mais ça te donne une indication, tu regardes où sont tes curseurs, et ça t'aide à te projeter : là j'ai peut-être besoin de réduire mes dépenses, ou d'investir plus. Parce que la plupart des gens ne se posent pas la question. Quand tu es entrepreneur, oui, tu te la poses, tu as ton CA, tes déclarations. Mais si tu es salarié, ton salaire tombe à la fin du mois et on ne te demande pas de gérer un budget.
Et pourtant, si tu es salarié, c'est aussi important de gérer ton budget. Pas de dire : tant qu'il y en a sur le compte je dépense, à la fin du mois j'arrive à zéro, et on repart à zéro le mois d'après.
Jérémy : J'ai une technique assez similaire, mais je part du postulat que la relation à l'argent est très psychologique, énergétique, dans le ressenti. Quand mon salaire rentre, je mets 10 % de côté, sur un compte que j'appelle « les 10 % pour l'univers ». C'est l'idée de dire : je suis suffisamment sécure pour mettre 10 % de ce qui rentre de côté, peut-être que je l'utiliserai, peut-être pas, mais je m'en détache psychologiquement. Ensuite j'ai une épargne pro, un compte loisirs, et les 50 % restants pour le loyer et les charges. Ça peut varier selon les mois. C'est important, parce que tu définis dès le départ une structure, tu ne laisses pas l'argent te guider, et tu es beaucoup plus connecté à la réalité qu'à des fantasmes ou des pulsions.
Guillaume : Quand tu es entrepreneur, tu as plus ce type de gestion.
Jérémy : Pas forcément. J'ai accompagné des entrepreneurs, des photographes, pendant des années, et j'avais un module de formation sur la gestion : les personnes débarquaient complètement. Moi j'ai toujours tout classé — combien j'ai gagné avec telle typologie de client, avec telle offre, combien ça m'a rapporté en bénéfices, les dépenses. Et les gens, surtout en auto-entreprise, sont en mode « ça rentre, ça sort », ils ne savent même pas s'ils sont vraiment rentables. Ils sont très loin de tout ça, et pourtant ils sont entrepreneurs.
Guillaume : Et pourtant c'est le cœur du truc : si tu ne génères pas d'argent, ton activité s'arrête.
Jérémy : J'ai un ami qui dit : « tu n'as d'impact que sur ce que tu peux mesurer. » Si tu ne mesures pas tes entrées et tes sorties, tu n'as aucun moyen d'agir sur ton business, de savoir où mettre l'accent.
Transmettre l'éducation financière à ses enfants par le jeu
Jérémy : Tu parles beaucoup d'éducation financière. Tes enfants ont 10 ans et 6-7 ans. Comment ça se passe avec eux ? Qu'est-ce que tu essaies de leur transmettre ?
Guillaume : J'essaie de leur donner le maximum, de leur expliquer des choses qu'ils peuvent comprendre à leur âge, de rendre ça accessible. Il faut parler d'argent avec eux. Typiquement, ils nous demandent : « combien tu gagnes ? Qu'est-ce que tu fais ? Combien ça a coûté ? Est-ce que c'est cher ? » Pour moi, l'éducation financière commence là, parce qu'il faut qu'ils comprennent pourquoi tu as dépensé là-dedans et ce que ça va te rapporter.
Jérémy : Tu leur dis quoi concrètement ? Combien coûte un loyer, une maison, un crédit ? Tu es vraiment dans cette pédagogie au quotidien ?
Guillaume : Oui. C'est souvent la petite Léa qui me demande : « est-ce que ça, c'est cher, papa ? »
Jérémy : Raphaël a le même âge, il passe son temps à me le demander.
Guillaume : Du coup je réponds : « cher, ça ne veut rien dire, ça dépend à quoi tu le compares. » J'aime bien faire de la comparaison : avec ce que je t'ai donné là, tu pourrais acheter ça, ou tu ne pourrais pas acheter ça. Et déjà, ils enregistrent.
Jérémy : C'est important, je trouve, parce que c'est un sujet un peu tabou. Je fais un peu pareil avec Raphaël — Elia est plus petite. Quand il me dit « ah ça, c'est cher », j'essaie de trouver des comparaisons qu'il peut percevoir : une maison, une voiture, la taille, des rapports de proportion.
Guillaume : Et avec le grand, on est plus sur le jeu de la Bonne Paye.
Le jeu, c'est magnifique pour comprendre l'aspect financier, comment tout ça interagit.
Jérémy : En t'écoutant, je me dis qu'on fait ces choses-là parce qu'on est à notre compte : on a conscience de ce qui rentre, de ce qui sort, et que l'argent qui rentre n'est pas forcément à toi. Les charges, les banques, les impôts. Et c'est important de le transmettre parce qu'en amont, on a cette conscience-là. Ça appuie ton métier, finalement : c'est d'autant plus important que le parent prenne conscience de ça, émotionnellement, psychologiquement, et sur l'aspect pratico-pratique, parce que c'est ce qui va lui permettre de transmettre son savoir à l'enfant.
Guillaume : Et parfois, à la maison, on râle parce qu'on paie beaucoup de charges, beaucoup d'impôts. Là aussi, il faut leur expliquer : qu'est-ce que ça finance ? L'école, plein de choses. Il y a toute cette couche de connaissances qui est pour moi indispensable, pour qu'après ils se fassent leur propre avis, mais en ayant conscience de ça.
Démocratiser la gestion de patrimoine : un service accessible à tous
Jérémy : Je sais que tu as envie de créer quelque chose autour de ça dans les prochains mois. Qu'est-ce que tu aimerais partager sur ces sujets pour faire bouger les choses ?
Guillaume : C'est un sujet primordial pour moi. Quand on fait nos soirées d'entrepreneurs, on voit tellement de gens qui n'ont pas conscience de l'importance de monter en compétence sur les sujets financiers. Il y a deux volets. Le premier, c'est aider les entrepreneurs à investir et à bien gérer leur trésorerie : qu'est-ce qu'ils peuvent en faire ? Est-ce qu'ils doivent la stocker, la dépenser, et comment ? Souvent, cette trésorerie dort parce qu'ils ne veulent pas la sortir, à cause de la fiscalité, et ils la laissent « au chaud ».
Jérémy : Tu ne paies pas, mais ça ne rapporte rien.
Guillaume : Ça ne rapporte rien, et vu l'inflation, tu perds même de l'argent. Le second volet, c'est le côté salarié, monsieur et madame tout le monde, où j'aimerais démocratiser l'accès aux conseillers en gestion de patrimoine. Parce que très souvent, j'ai des clients qui me disent : « moi je n'ai pas de patrimoine, qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ensemble ? Je ne peux rien faire. » Et en fait, au bout de deux rendez-vous…
Jérémy : Parce que le patrimoine, on s'imagine que c'est avoir des baraques…
Guillaume : Exactement. « Conseiller en gestion de patrimoine », ça fait grand, les gens s'en font des montagnes : « je n'ai pas un million d'euros, donc je n'ai pas de patrimoine. »
L'idée, c'est vraiment de faire passer le fait que ce soit accessible à tout le monde, que les gens s'y intéressent et se fassent conseiller.
Et j'ai un autre projet : faire passer de l'info au collège, au lycée, dans les études supérieures. Mon rêve, ce serait d'avoir un vrai cours d'éducation financière.
Jérémy : Je vois un côté un peu malsain, parce que, qu'on soit pour ou contre, on vit dans une société capitaliste où le capital est ultra important : c'est ce qui nous permet de nous loger, de nous nourrir. Et il y a quelque chose d'hypocrite à dire qu'il ne faut pas en parler. Quand tu n'as pas d'argent, tu n'es pas bien. On dit qu'il ne faut pas d'argent pour être heureux — ça aide, franchement ; ce n'est pas ça qui te rend heureux, mais si tu es sous un pont…
Guillaume : L'argent te rend libre.
Jérémy : C'est une forme de liberté. Et en même temps c'est tabou, on n'en parle pas au collège, pas au lycée. Ma grande, qui a 14 ans, me raconte parfois des trucs avec ses copines : elles sont complètement déconnectées de leur futur dans 5 ou 10 ans. C'est demain, en fait, mais il n'y a pas eu cette éducation-là.
Guillaume : Si j'avais un souhait, c'est que dès que tu commences à travailler, ce soit la première chose qui te vienne à l'esprit : OK, j'ai mon salaire, comment j'investis ? Direct, sans se poser de questions.
Stratégies pour préparer les études des enfants et sa retraite
Jérémy : Parce que si tu commences à 20-25 ans, quand tu commences à bosser, ou si tu le fais à 40, c'est énorme.
Guillaume : C'est énorme. Il y a des gens qui ont fait des parcours de vie un peu spécifiques et qui se sont dit : entre 30 et 40 ans, je veux être libre financièrement. Ils commencent à bosser une vingtaine d'années, mais en épargnant et en investissant 50 % voire plus de leurs revenus. Et ils se retrouvent, entre 30 et 40 ans, à générer près de 1 500 euros de revenus complémentaires par mois. Ils ont une rente, ils peuvent choisir leur vie, faire ce qu'ils ont envie de faire. Je trouve que c'est un concept intéressant. Sans arriver forcément dans cet excès-là, mais tu vois, on cherche tout de suite à se loger, à acheter sa résidence principale, ce qui est une bonne chose.
On devrait faire la même chose, et même plus en amont, avec l'investissement.
Jérémy : Je suis d'accord, mais on n'a pas cette éducation, pas cette culture. J'ai des amis qui avaient des parents dans cette philosophie. Je pense notamment à une amie qui vient d'avoir 40 ans : elle a un appart payé parce qu'elle a investi il y a très longtemps, et maintenant ça devient une rente. Moi, jamais je ne me suis dit ça il y a 15 ou 20 ans. Et ça change tout. Quand tu arrives à 40 ans, que tu as des enfants, les études à payer, si tu as un appart payé qui t'amène une rente ou d'autres investissements, ça change beaucoup de choses.
Guillaume : Rien que des trucs assez simples : tu mets 50 euros sur une assurance-vie juste pour payer les études supérieures de tes enfants, c'est incroyable. Parce que quand tu vas devoir payer ces études avec le logement, la voiture, les transports, la nourriture, le montant mensuel est juste énorme. Aujourd'hui, je vois des clients dont les enfants font des crédits pour se payer leurs études. C'est tellement dommage. Si on leur avait dit : dès que votre enfant naît… Parce que ça, on te le dit, la plupart des gens ouvrent un livret A et mettent un peu d'argent dessus. Mais avec une assurance-vie ou un autre support, 50 euros qui fructifient de manière exponentielle, et les études de tes enfants sont payées. Tu n'as plus cette contrainte ni ce stress — parce qu'après, ça devient un stress, tu dois sortir de l'argent.
Ce sont des petits sujets comme ça qui peuvent être réglés avec des montants assez faibles.
Pourquoi n'attendez pas pour investir : l'impact de l'inflation
Jérémy : Quand je t'ai proposé la question « qu'est-ce que tu aimerais que les personnes retiennent ? », tu disais : n'attendez pas pour investir, chaque jour qui passe, c'est de l'argent perdu.
Guillaume : C'est vraiment ça. Et d'autant plus avec l'inflation. On l'a vu ces dernières années : les gens étaient contents d'avoir un livret A à 3 %, « c'est génial ». Quelques années avant, il était beaucoup plus faible, et d'ailleurs il redescend. Mais en fait, le livret A comble à peine l'inflation, il est toujours en dessous.
Donc tu perds quand même de l'argent. Et je ne parle même pas de ceux qui ne font rien et laissent dormir leur argent sur un compte courant.
Jérémy : Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais vraiment que les gens retiennent de cet échange ?
Guillaume : Déjà, prendre conscience.
Jérémy : C'est la première étape.
Guillaume : Se questionner et prendre conscience. C'est le schéma du cerveau dont on parlait : allumer la lumière, comprendre qu'il faut faire quelque chose. Si aujourd'hui les gens nous ont écoutés et se disent « OK, il faut faire quelque chose », ce serait déjà une bonne chose. Prendre conscience et ne pas attendre. Le meilleur moment, c'était hier, donc c'est maintenant. Les gens disent souvent : « si j'avais acheté ma résidence principale il y a 4 ou 5 ans, elle m'aurait coûté moins cher. » C'est toujours mieux avant. Donc il ne faut pas attendre, il faut faire, et il faut se faire conseiller. On peut toujours faire soi-même, mais il y a le risque de faire soi-même, comme dans tout métier : si tu ne connais rien, tu ne connais rien.
Jérémy : Par quelqu'un qui fait ce qu'il dit, aussi, je pense que c'est important. Ce que j'avais envie de transmettre aujourd'hui, c'est qu'on voit, à travers ton histoire, que c'est quelque chose qui t'habite depuis que tu as 5 ans. Et pour moi c'est un gage de qualité, parce que tu l'appliques pour toi. Tu ne découvres pas un monde : tu ne t'es pas dit il y a 15 jours que ce serait bien de faire attention.
Guillaume : C'est sûr, tu as raison là-dessus.
Le rôle concret d'un conseiller patrimonial au quotidien
Jérémy : Est-ce que tu peux expliquer ce qu'est un conseiller en gestion de patrimoine ? C'est quoi ton boulot concrètement ? Comment ça se passe quand on vient te voir ?
Guillaume : Mon rôle, c'est vraiment de t'aider, de te conseiller et de mettre en place des solutions qui vont, à terme, répondre à tes objectifs. Et ces objectifs peuvent être variés : les études des enfants, des compléments de revenus, la retraite. Définir tes besoins, c'est ce qui est important.
Je vais te demander de te projeter à court, moyen et long terme. Qu'est-ce que tu vas faire avec les fameux 20 % ? Quels seraient tes objectifs ? Et ça, en rendez-vous, on va le travailler : tu vas me poser des questions, je vais t'en poser, et on va essayer de trouver ta cible d'investissement.
Parce que l'argent est anxiogène pour la plupart des gens : ils considèrent qu'ils vont potentiellement perdre de l'argent. Et pourquoi ils ont peur ? C'est un phénomène de défense, parce qu'ils ne connaissent pas.
Si tu connais ce que tu peux gagner, ce que tu peux perdre aussi, et que ce que tu mets ne met pas en péril ton fonctionnement au quotidien, tu es plus objectif, tu n'as plus ce stress, et tu te lances.
Jérémy : Et qu'est-ce que tu dis aux personnes qui n'osent pas venir, par peur du jugement ou par honte, parce qu'elles se disent « je ne gagne pas assez » ?
Guillaume : Déjà, je suis soumis au secret professionnel, donc ça reste entre nous, je ne vais pas le déballer sur la place publique. C'est clair et net. Et je n'émets aucun jugement sur ta vie. Si tu me dis « je ne peux mettre que 50 », je vais te dire « c'est bien, démarre, c'est mieux que zéro ».
J'ai eu cette question au téléphone il n'y a pas très longtemps, lors d'une première prise de contact. Une personne me dit : « moi, en fait, j'ai une vie banale, je n'ai pas grand-chose. » Je lui réponds : « et alors, c'est quoi le problème ? Il faut juste attaquer. » Elle insiste : « oui, mais ça ne fait pas beaucoup, je n'ai pas beaucoup d'argent. » Je lui dis : « peut-être que demain vous gagnez au loto, et j'espère que vous continuerez à m'appeler et qu'on travaillera ensemble. » On ne sait pas de quoi la vie est faite. Je ne vais pas dire : c'est un petit client, désolé, pour 50 euros par mois vous repasserez.
Le sens du métier : accompagner les moments de vie et les successions
Jérémy : On voit que tu es touché : ce n'est pas juste avoir un business autour de ça, tu es touché par le fait que les gens soient dans une sécurité financière, dans cette notion de liberté.
Guillaume : Il y a un souvenir qui me revient. Un jour, une dame m'appelle parce que son papa avait un cancer et qu'il ne lui restait plus que quelques mois à vivre. Elle me dit : « mon papa est stressé par sa succession. Émotionnellement, moi je ne veux pas gérer ça. Est-ce que vous pouvez nous aider ? » On a fait un rendez-vous, on a regardé ce qu'on pouvait faire, on a réglé la succession en quelques mois.
Et il y a un truc qui me marque encore : on sort de chez le notaire, et le monsieur vient me voir, il me met la main sur l'épaule et me dit « merci, merci de m'avoir enlevé ce poids ».
Et pourtant, je n'avais rien gagné. Mais ça m'a tellement touché. Quand tu me demandes quel sens j'apporte dans mon métier : au moins, j'ai fait ça, j'ai rassuré cette personne.
Elle est partie, malheureusement, quelques mois après.
Jérémy : Mais probablement sereine, et confiante pour sa fille et pour la suite. Ça change tout.
Guillaume : J'ai aussi pas mal de gens qui me remercient pour tout ce que je leur apporte en termes d'informations. Ils me disent « je ne savais pas », ou ils avaient des idées reçues : « l'argent est bloqué »… Ils ont des contrats et ne savent pas ce qu'il y a dedans, ils ont été laissés un peu sur le bord de la route. Et là, ils reprennent confiance. Et quand ils reprennent confiance, peut-être qu'ensuite ils pourront mettre plus. Il y a tout un mécanisme qui s'enchaîne.
Les deux piliers d'un patrimoine équilibré : immobilier et financier
Jérémy : Tu disais que le terme « conseiller en gestion de patrimoine » n'est peut-être pas le plus adapté ?
Guillaume : Moi je dis « conseiller patrimonial ». Et en rendez-vous, je réexplique ce qu'est un patrimoine. Je le caractérise par une grande maison, qui repose grosso modo sur deux piliers. Le premier, c'est l'immobilier — en général, quand tu parles de patrimoine, les gens pensent tout de suite à l'immobilier. Le second, c'est la branche financière.
Si tu veux que ton patrimoine soit équilibré, que ta maison tienne, il faut que ces deux piliers soient équilibrés.
Et souvent, il y a des déséquilibres. C'est très français : la pierre, les Français adorent, et ils vont tout mettre dans la pierre. Du coup, le pilier financier est disproportionné, et là aussi on essaie de rééquilibrer. Parce que l'immobilier, tu ne peux pas le vendre en un claquement de doigts.
Jérémy : Ce n'est pas accessible directement.
Guillaume : Tu peux vendre vite, mais tu risques de perdre de l'argent. L'aspect financier vient vraiment faire l'équilibre avec l'immobilier. Ce sont toutes ces notions-là qu'on discute, et il y a des prises de conscience qui se font après ça.
Jérémy : Les personnes qui ont envie de venir te voir, elles vont où ?
Guillaume : J'ai mes réseaux sociaux, où elles peuvent me contacter, et j'ai un site internet qui devrait sortir d'ici la fin de l'année.
Jérémy : Je mettrai tout ça en description. Peut-être qu'il sera sorti au moment où l'épisode sera partagé.
Conclusion : trouver l'équilibre entre épargne et plaisir de vivre
Jérémy : On arrive à la fin. Si tu devais conclure notre échange, tu dirais quoi ?
Guillaume : Je ne sais pas si ça se ressentira au travers de nos échanges, mais c'est un sujet qui me passionne. En discuter avec des prospects, avec des gens, ça m'anime. Je me sens tellement à ma place. Et si on remonte au début, c'est un enchaînement logique qui m'a amené à ce métier-là. Ça a démarré avec ma grand-mère, et aujourd'hui, 40 ans plus tard…
Jérémy : Le podcast s'appelle Origine. Quand tu remontes à l'origine, qu'est-ce que tu dirais au Guillaume de 5 ou 10 ans, avec le recul que tu as aujourd'hui ?
Guillaume : Je lui aurais dit : si ça te plaisait tant, pourquoi tu ne l'as pas fait avant ? Si c'était à refaire, je l'aurais fait plus tôt. Mais voilà, c'est la vie qui…
Jérémy : Tout est juste. Peut-être qu'il n'y a pas de hasard si ça arrive maintenant.
Guillaume : Peut-être. Et si j'en arrive là aujourd'hui, c'est aussi parce que j'ai vécu d'autres choses entre-temps. Moi je ne suis pas trop dans le regret. Il faut vivre, et à un moment donné tu as des opportunités qui se présentent, des changements dans la vie qui font que c'est comme ça.
Jérémy : C'est trop bien de finir là-dessus, parce qu'il peut y avoir une croyance selon laquelle, dès qu'on s'intéresse à la gestion patrimoniale, à la finance, il y a un truc très fermé et on s'empêche de vivre.
Tu as parlé d'équilibre, et c'est ça finalement : trouver le bon équilibre entre mettre de côté, avoir un côté qui va nous rassurer, et pouvoir profiter et vivre le plus sereinement possible.
Merci, Guillaume.
Guillaume : Merci, Jérémy, pour ce premier épisode.
Jérémy : Il y en aura peut-être d'autres. Peut-être avec Clémence, sur le sujet du couple.
Guillaume : Il faudrait qu'il y ait deux couples, ça pourrait être rigolo.
Jérémy : Une table ronde avec vous et un couple qui n'arrive pas du tout à épargner, ou pour qui c'est un conflit. Ça pourrait être marrant. Si vous nous écoutez et que vous êtes dans ce cas-là, postulez ! À très vite.
Guillaume : Merci à toi. À bientôt.