22 septembre 2026 · 1:06:07
Comment faire la paix avec son corps quand rien ne marche ? (avec Carla Musso)
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Dans ce nouvel épisode d'Origine, j'accueille Carla Musso pour une conversation profonde autour de la reconnexion au corps, de l'hypersensibilité et de la libération des blocages émotionnels.
Longtemps en conflit avec son image et submergée par une grande sensibilité, Carla nous partage son parcours avec la danse. Comment la danse est passée d'une pratique exigeante à un véritable outil de guérison, comment apprendre à écouter les messages que ton corps t'envoie, et comment faire de ta vulnérabilité en une force au quotidien.
⚡️ Au programme de cet épisode
- Comment faire la paix avec ton corps et te libérer du regard intérieur
- La danse intuitive comme moyen d'expression et de réalignement
- Pourquoi le corps somatise quand les émotions ne sont pas exprimées
- Apprendre à poser des limites saines quand tu as tendance à vouloir tout porter
- Développer ton intuition et te reconnecter à ton moi profond
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👤 À propos de moi et du podcast Origine
Je m'appelle Jérémy et je passe une grande partie de mon temps à me poser des questions sur l'humain. Pourquoi sommes-nous qui nous sommes ? Pourquoi répétons-nous certaines histoires ? Qu'est-ce qui fait que deux personnes vivent la même situation de manière totalement différente ? À travers mon podcast Origine, je partage les réflexions, les outils et les rencontres qui m'aident, chaque jour, à mieux comprendre ces questions.
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Introduction & la sensorialité
Jérémy : Bonjour Carla. J'ai une première question pour toi : qu'est-ce qui te rend unique selon toi ?
Carla : Ma sensibilité, ma perception des choses, je dirais.
Jérémy : Pourquoi ta sensibilité ?
Carla : Parce que je ressens tout très fort. Je peux écouter une musique et pleurer, voir quelqu'un danser et pleurer, avec ce sentiment que ça me traverse, que ça traverse mon corps.
Jérémy : Tu as toujours eu ça ? Depuis toute petite, aussi loin que tu te souviennes ?
Carla : Toujours. Et je dirais même, au-delà de la sensibilité : la sensorialité.
« C'est une sensibilité du corps qui vient ensuite nourrir mon esprit. »
Jérémy : C'est pour ça que tu fais de la danse ?
Carla : Je danse depuis que j'ai quatre ans. C'est ma mère qui m'a inscrite à la danse classique, et la passion est venue d'un coup.
L'enfance et le refuge de la danse
Jérémy : Ce dont je me rends compte dans les accompagnements, c'est qu'on développe des aptitudes, des forces, une manière de réagir au monde beaucoup en lien avec notre environnement d'enfant. Est-ce que tu as un souvenir de toi petite fille auquel tu peux rattacher cette sensibilité, cette manière de voir le monde ?
Carla : Oui, parce que quand j'étais petite, j'ai eu beaucoup de mal à m'intégrer, et à ce que les autres m'intègrent, parce que j'étais très, très timide. Quand ma mère me déposait à l'école, je pleurais, je ne voulais pas. Quand j'allais à la danse, je pleurais, je ne voulais pas. C'était le sentiment d'être abandonnée que je ressentais. Et la danse, ça a été un pilier, un endroit où je me sens chez moi.
« C'est aussi pour ça, je pense, que je n'ai jamais arrêté depuis toutes ces années : c'est devenu un oxygène. »
Rejeter son corps et le déclic pour s'accepter
Jérémy : Dans des épisodes précédents du podcast, on a parlé de revenir dans son corps. C'est souvent des personnes qui, sur le tard, à 30 ou 40 ans, prennent conscience qu'elles ont oublié leur corps. Moi, c'est ce qui m'est arrivé avec mon opération du cœur : c'est vraiment le moment où je suis revenu dans mon corps. Toi, j'ai le sentiment que tu as toujours été connectée à ce corps-là, à l'écoute de tes ressentis.
Carla : C'est venu quand j'ai fini par m'accepter, parce qu'au début, je n'aimais pas mon physique. J'ai fait une réduction mammaire, on m'a enlevé 5 kilos. Je n'étais pas bien dans mon corps, je n'aimais pas mon visage, mes taches de rousseur. J'ai un visage assez atypique, tout le monde est atypique, mais moi, je n'aimais pas cette différence. Je ne me suis très longtemps pas acceptée. Et il y a un jour où je me suis dit : « Un corps, tu n'en as qu'un. Une vie, tu n'en as qu'une. »
Et tous les mots, M-O-T, se transforment en maux, M-A-U-X. La parole sur notre corps, c'est hyper puissant.
Jérémy : C'est un message que tu t'envoies au quotidien.
Carla : Exactement. Si on se lève tous les matins en se disant « je ne peux pas voir ma gueule », notre corps va mal nous le rendre. Vers 18-19 ans, j'ai pris conscience que c'était hyper important de bien se traiter.
Jérémy : Comment tu as pris conscience de ça ? Parce que moi, à 18-19 ans, je ne réfléchissais à rien, j'étais en mode « je profite de la vie ».
Carla : J'ai vu plusieurs personnes pour m'aider dans cette démarche. Au début, j'ai vu des psychologues et ça ne l'a pas du tout fait, même si ce sont des études que j'ai faites, j'ai une licence en psychologie, et il y a des bases fondamentales qu'il faut connaître. Mais je suis plutôt du côté de la spiritualité, où tout a un lien. J'ai vu une énergéticienne en décembre 2019 et ça a fait un déclic en moi.
Reprendre le contrôle face aux crises d'angoisse
Carla : Je pense qu'à force d'envoyer trop de négatif à mon corps, ça remontait : je faisais des crises d'angoisse tout le temps, je ne pouvais plus sortir de chez moi. J'étais en cage dans mes crises d'angoisse. Je fais beaucoup de visualisations, et j'ai vraiment visualisé le fait de me dire : « Non, c'est moi qui mets en cage mes crises d'angoisse. C'est moi qui décide. Je reprends le contrôle sur mon corps et sur ma vie. » Je n'avais plus du tout le contrôle.
« Si tu es tout le temps négatif envers toi-même et envers le véhicule qui nous porte, on ne peut pas s'attendre à ce qu'il soit gentil avec nous. »
Passer d'une danse violente à l'écoute de soi
Jérémy : Et tu as continué la danse pendant tout ce temps. À partir de ce moment-là, est-ce que tu l'as vécue sous un autre regard ?
Carla : La danse que je faisais il y a des années, c'était une danse maltraitante. Je ne respirais pas, je faisais violence à mon corps, je n'étais pas du tout douce. Même à regarder, je faisais peur. On voyait vraiment la différence entre quelqu'un qui était bien dans sa peau et qui dansait, et moi à côté, hyper énergique, qui n'écoutait même pas la musique. C'est comme si je m'enfonçais dans quelque chose.
Jérémy : Un peu la bonne élève : je fais mon truc, je ne regarde pas ce qui se passe.
Carla : Exactement. Je n'arrivais pas à me dire :
« Respire, danse tranquillement, mets des nuances, apporte quelque chose, apporte-toi. Juste apporte-toi. »
Ce qu'elle aurait aimé entendre de ses parents
Jérémy : J'ai une petite fiche avec dix questions. Choisis un numéro entre 1 et 10.
Carla : 2.
Jérémy : Qu'est-ce que tu aurais aimé entendre plus souvent de la part de tes parents ?
Carla : J'ai eu une enfance où je n'ai manqué de rien, j'ai été comprise, j'étais la première, donc un peu la chouchoute. Ce que j'aurais aimé entendre… « Écoute-toi plus. » Mes parents sont plutôt très cartésiens et terre-à-terre, alors que moi, j'ai tendance à partir un peu. Du coup, parfois, je passais pour une folle avec ce que je leur disais, mes ressentis, mes intuitions. On me disait « mais non », alors qu'en fait, si.
Jérémy : Ils te bridaient un peu ?
Carla : Un peu, mais c'était hyper inconscient. Ils essayaient de me remettre dans une case où je n'allais pas avoir de problème. Tout le monde réagit par rapport à ses propres croyances, aux histoires qu'on a vécues.
Jérémy : Tu as eu le sentiment de ne pas assez t'écouter, de ne pas assez te connecter à tes ressentis ?
Carla : Oui, mais ça m'a permis d'apprendre autre chose : d'apprendre à vivre autrement, et pas tout le temps en s'écoutant. Parce que parfois, si on s'écoute trop, ça peut nous desservir. Si j'avais quelque chose à changer, je ne changerais rien. Je garderais tout.
Jérémy : C'est beau. J'ai écrit cette question parce que souvent, on est dans le fantasme du « si on avait eu ceci ou cela, ça aurait été mieux ». Et on ne prend pas le recul nécessaire pour voir que c'est justement parce qu'on ne l'a pas eu qu'on a développé certaines facultés. Peut-être que si tes parents t'avaient dit « écoute-toi », tu n'aurais même plus cet enjeu de te connecter à quelque chose de plus subtil.
Carla : Exactement, c'est tout à fait ça.
Jérémy : Tu disais que tu es l'aînée. Tu as des frères et sœurs ?
Carla : J'ai deux petites sœurs : quatre ans d'écart avec Fiona, et dix ans avec Mila. J'ai été très fusionnelle avec Fiona quand on était petites. Avec Mila, moins, parce que j'étais adolescente quand elle est née : quand elle a eu l'âge de parler, elle avait 4 ans et moi 15. Je n'étais pas très proche d'elle, en toute sincérité. Depuis qu'elle a grandi, ça va.
Aujourd'hui, je me rends compte que la famille, c'est hyper important. C'est quelque chose que j'ai négligé à un moment donné : je ne prenais pas le temps de passer des moments avec eux, j'étais tout le temps dehors. C'est peut-être aussi l'âge, mais ça m'a valu beaucoup de disputes et d'incompréhensions avec mes parents, sur le fait que je n'étais pas présente.
« La Carla d'avant et la Carla d'aujourd'hui, ce n'est pas la même personne. »
Jérémy : Elle était comment, la Carla d'avant ?
Carla : Un peu égoïste, quand même. Je pense qu'à ce moment-là, elle en avait besoin. Toujours dans le respect des autres, j'incluais toujours les autres, je n'ai jamais voulu faire de mal. J'ai même eu un moment où j'étais trop portée sur l'autre et pas assez sur moi, donc je me suis peut-être un peu trop retrouvée à ce moment-là.
Jérémy : Parfois on aimerait que la vie soit beaucoup plus linéaire, tracée, alors que ce ne sont que des expériences.
Carla : Maintenant, je me rends compte que ce n'est pas ouf d'être comme ça.
Le piège du syndrome du sauveur
Jérémy : Choisis une autre question, tu n'as plus le droit de dire 2.
Carla : 8.
Jérémy : Quel rôle joues-tu souvent malgré toi ? L'idée, c'est : est-ce qu'il y a des masques que tu portes au quotidien, des rôles que tu joues avec tes parents, ton compagnon, tes amis ?
Carla : Je dirais le rôle du sauveur. Le chevalier servant pour tout le monde. Et ça ne finit pas de me desservir. J'ai intégré ça maintenant : quand les gens ont un problème, ils me tendent la main, et moi je la prends. Alors que non, je dois juste les aider à le supporter.
Jérémy : Tu le prends à bras-le-corps, en mode « il faut que je résolve leur problème ».
Carla : En mode « maintenant, c'est mon combat ». Et je ne sais pas pourquoi j'ai envie que le combat des autres devienne le mien. Alors que pas du tout : chacun doit rester à sa place. J'essaye maintenant de mettre de la distance. C'est compliqué, mais le fait de l'avoir conscientisé, maintenant je le sais. Et quand je sens que c'est trop : stop.
Jérémy : Et tu sais d'où ça vient, ce rôle de sauveuse ?
Carla : Je pense qu'à un moment donné, j'avais envie qu'on me sauve et qu'on ne m'a pas sauvée. Quand j'étais petite, j'étais tellement timide qu'on ne venait pas forcément me voir. Et les petits, entre eux, ne sont pas toujours sympas. À ce moment-là, je n'avais presque personne qui me comprenait, j'étais souvent très seule. Alors voir quelqu'un seul face à un problème, inconsciemment, ça me remet à une place à laquelle je n'aimais pas du tout être.
Jérémy : Ça te renvoie au miroir d'où tu as été. Tu me disais que ton métier actuel est plutôt alimentaire. C'est quoi, ton métier de rêve ?
Carla : Prof de danse.
Jérémy : Qu'est-ce qui t'en empêche ?
Carla : J'ai passé le concours l'an dernier, je ne l'ai pas eu à un point. Je me suis réinscrite cette année et j'ai loupé les inscriptions à un jour près. Acte manqué, je pense. Ce n'est pas le moment. Mais comme on ne dit jamais jamais, peut-être que l'année prochaine j'aurai d'autres opportunités.
Et au-delà d'enseigner la danse, ce serait surtout de permettre à chacun de se reconnecter à son corps et à son être par le biais de la danse.
Reconnexion à soi à travers le mouvement
Jérémy : C'est ce qu'il y a derrière la question. Souvent, on répond quelque chose de concret. Moi, j'étais urbaniste dans une ancienne vie, et ça ne me parlait pas. Quand je me suis lancé dans la photo, mes séances s'appelaient des séances de reconnexion. Aujourd'hui, avec l'accompagnement, avec le podcast, je n'ai pas l'impression que ce soit différent : le format a changé, je suis passé de photographe à coach, mais le fil rouge, l'essence, reste lié à ce que je veux apporter au monde. C'est pour ça que ça me parle quand tu dis « reconnexion à soi ». On choisit aussi un métier, un média pour transmettre, parce que c'est ce qu'on connaît et qu'on est bon là-dedans. C'est quelque chose que tu fais déjà, aider les gens à se reconnecter à eux.
Carla : Oui, je pense. Comme le dit très justement ta conjointe, tout le monde a quelque chose d'unique à apporter au monde. Dans toutes les relations qui se créent, on s'apporte mutuellement quelque chose, mais on ne s'en rend pas forcément compte tout de suite. C'est peut-être des années après que ça émerge.
Jérémy : Quels sont les meilleurs moments de ta vie ? Si tu devais en garder deux ou trois, en termes de ressenti, d'émotions, de personnes présentes ou symboliquement ?
Carla : Ma retraite de danse initiatique. Ma demande en fiançailles. Et le troisième, c'est la mort de notre chien de famille, il y a un mois. C'est là que je me suis rendu compte que toute ma famille ressentait la même chose au même moment. Il y a eu comme un égrégore. La mort, c'est très douloureux, et pourtant il y a eu beaucoup d'amour dans ce moment-là.
« On est tous là, au même moment, au même endroit, à ressentir la même chose. »
Jérémy : C'est hyper intéressant, parce que tes trois moments parlent tous de ça : la reconnexion à soi et aux autres. La retraite, j'imagine que c'est un moment ultra intense de connexion à toi et aux autres. La mort du chien, c'est « on est tous là ensemble ». Et les fiançailles, c'est une connexion à l'autre qui est extrême.
Carla : Ce serait ça, mes trois moments.
Spiritualité et perceptions invisibles
Jérémy : Est-ce que tu peux me parler de ton rapport à la spiritualité, de comment tu la vis ?
Carla : Ma spiritualité s'est ouverte quand j'étais plus jeune. J'ai commencé à regarder des films d'horreur, sauf qu'à un moment donné, les films d'horreur se sont ancrés dans la matière pour moi. J'ai la capacité de voir et d'entendre l'invisible. Il y a des choses qui viennent à moi pour que je les aide à passer vers la lumière.
J'ai vécu des expériences pas très cool dans mon ancienne maison, qui était chargée : beaucoup de familles y avaient habité depuis le Moyen Âge. Il y avait une âme qui n'arrivait pas à aller vers la lumière, qui restait bloquée par frustration, et qui venait me voir tous les soirs.
Jérémy : Ça se manifestait comment ?
Carla : Tu sais, ce moment entre le sommeil et l'éveil, où tu captes tout ? C'est le moment où le troisième œil, du moins pour moi, est vraiment ouvert. Il venait me parler, me voir. Physiquement, je ne le voyais pas, mais je le ressentais, et je le voyais dans ma tête, comme des flashs.
Et un jour, ça a été la fois de trop : il m'a étranglée dans la nuit. Je l'ai étouffée. C'est mon père qui est venu me réveiller, dans mon ancienne maison, il y avait la chambre de mes parents à l'étage et nos trois chambres au sous-sol. Pour que mon père, qui n'y croit pas du tout, se réveille et m'entende… Il m'a limite mis des gifles pour me réveiller, parce que je ne me réveillais pas.
À ce moment-là, je me suis fait aider par mon énergéticienne. Elle est venue, on a fait le passage d'âme toutes les deux. C'était magnifique.
« Ce n'était pas du tout pour me faire souffrir, c'était un appel à l'aide : aide-moi, je n'en peux plus. »
Jérémy : Et tes parents, tes sœurs, ils ont réagi comment ?
Carla : Fiona est aussi pas mal connectée à l'invisible, comme moi, mais elle a tendance à l'étouffer un peu. Et mes parents, je pense que je les ouvre à ça, je les amène sur ce chemin.
Jérémy : Ils ont vu une différence avant/après cette expérience ?
Carla : Oui, je pense. Ma mère, maintenant, a des oracles, elle tire des cartes, elle me les envoie. Et mon père est de plus en plus ouvert. Je pense qu'ils voient le bénéfice que ça a eu sur moi, sur ma santé, sur mon ouverture et sur la personne que je suis aujourd'hui.
Jérémy : Dans ton quotidien, dans ton boulot actuel, est-ce que tu sens que tu utilises quand même cette connexion-là ?
Carla : Je suis assureur, surtout sur la gestion de sinistres. Donc c'est ce que je te disais : les gens me tendent leurs problèmes et je les prends. J'ai tellement l'habitude de le faire dans mon métier que c'est devenu un automatisme avec chaque personne que je rencontre. Donc oui, c'est ce que je fais, toute la journée.
Jérémy : C'est intéressant de voir que même si ce n'est pas le métier qui te fait le plus kiffer, tu utilises quand même tes dons. Parfois, ça peut être une charge de se dire « je ne fais pas ce que j'aimerais faire ». Je l'ai eu pendant des années. Mais avec du recul, je me dis que je ne le faisais pas comme je voulais le faire, et pourtant j'utilisais déjà ce que j'aime comme outil. Je trouve que ça permet de se rattacher à quelque chose. Tu veux une autre question ?
Carla : 5.
Jérémy : Quel est le regard des autres porté sur toi qui t'a le plus marqué ?
Carla : Quand je danse. Beaucoup de gens sont venus me voir en me disant : « Tu vis. Tu vis vraiment le mouvement. » Et quand ça fait 21 ans que tu danses et que tu as ce genre de compliments, c'est hyper gratifiant. Sinon, en tant que personne, je dirais loyale. Je suis quand même très loyale.
Le pouvoir du silence dans son quotidien
Jérémy : Une autre fiche, pareil, entre 1 et 10.
Carla : 9.
Jérémy : Quel talent ou savoir-faire aimerais-tu transmettre à tes enfants ?
Carla : Je dirais le silence. Parce que quand tout s'éteint autour de toi, ça te permet de te rendre compte des choses qui sont nécessaires et essentielles au bien-être. Il n'y a plus à remplir son quotidien de bruit, à remplir sa tête. Même écouter de la musique, j'en écoute tout le temps, ça fait du bien, à un moment donné, tu es connectée à ce que tu ressens avec la musique, et pas à ton ressenti à toi.
« Sans rien autour de toi : juste toi et la vie. »
Jérémy : Et c'est quelque chose que tu arrives à mettre en place dans ton quotidien ?
Carla : Chaque soir, quand je rentre du travail. Je purifie tout : je fais brûler de l'encens, je me nettoie. Je nettoie mon énergie de la journée, parce que je sens que j'ai beaucoup pris de choses qui ne m'appartiennent pas. Je nettoie aussi mon appartement, je m'assois tranquillement et je ne pense à rien.
Jérémy : Et tu y arrives ? Je te pose la question parce que beaucoup de personnes me disent que derrière le silence, il y a l'idée de passer un temps avec soi-même, et qu'au bout de dix secondes, c'est inconfortable. On est tout le temps diverti de nous-mêmes toute la journée, on n'est jamais en présence.
Carla : C'est dur. Et c'est vraiment ce que j'ai mis sur ma to-do list 2026 : réussir à être dans ma présence. Même si c'est dur d'y être 24 heures sur 24, au moins après ma journée, me dire : « OK, là, je vis pour moi. J'ai fait une journée au service des autres, maintenant c'est mon moment. Souffle. »
Jérémy : Tu as toujours eu ça ?
Carla : Non, c'est depuis récemment. Un ou deux mois que je l'ai vraiment mis en place. Et je sens la différence.
Jérémy : Tu me disais tout à l'heure, en off, que c'était parfois dur dans ton quotidien de trouver des personnes avec qui avoir des conversations introspectives, un peu inspirantes. Je vois la fille de ma femme, l'aînée : elle pourrait avoir la même problématique, parce qu'elle évolue beaucoup plus vite que les gens de son âge. Elle est plus consciente, elle se pose des questions qu'une adolescente ne se poserait pas. Toi, tu as toujours été comme ça ?
Carla : Non. J'étais très superficielle avant, et très matérialiste aussi. Je me suis rendu compte que ce n'était pas forcément la clé du bonheur. Aujourd'hui, c'est plutôt avoir un environnement essentiel à ton bien-être, que tu construis par rapport à toi. Moi, j'ai trois chats et je ne pourrais pas vivre sans : ça m'apaise vraiment et ça me rend heureuse.
Et je me suis rendu compte que pour être heureuse, il fallait déjà être bien. La santé avant tout. Se lever chaque matin et se dire : je suis sur mes deux pieds, je vois, je ne suis pas aveugle, j'entends, je peux me connecter à toutes ces sensations que la vie peut m'offrir dans une journée. Rien que ça, c'est waouh. Parce qu'on le trouve normal, comme respirer.
Jérémy : J'écoutais un podcast récemment où la personne disait qu'on ne se rend pas compte de la beauté du réel. Parfois, on part dans des trucs complexes, alors qu'il disait : « Tu te demandes comment l'eau peut rentrer dans une pâte pendant la cuisson pour la faire gonfler ? » Des choses très basiques, très terre-à-terre. Il disait : « Je n'ai pas le temps de m'intéresser à autre chose, le réel est tellement beau, il y a tellement de belles choses à voir dans son quotidien, sous nos yeux. » Et parfois, il y a cette course à toujours plus, alors qu'on a déjà…
Carla : On a l'essentiel. L'essentiel, c'est déjà nous. Ensuite, c'est notre foyer, les gens avec qui on est. Et surtout, avoir conscience que pour être vraiment heureux, parce qu'au final, on cherche tous à être heureux, c'est déjà en nous, et dans ce qui est juste à proximité.
Évacuer la colère et retrouver sa présence
Jérémy : Quand tu ne vas pas bien, à quoi tu te connectes pour aller mieux ? Est-ce que tu acceptes de ne pas être bien, déjà ?
Carla : Ça m'énerve de ne pas être bien, surtout que c'est souvent pour des futilités. La vie est trop courte pour se prendre la tête pour des âneries. Je suis impulsive, donc je m'énerve, et après je redescends direct.
Jérémy : Impulsive, c'est-à-dire qu'il y a un truc qui te gonfle et tu pètes un câble ?
Carla : Je pète un câble, mais pour rien. Je suis aussi un peu impatiente, et je pense que la corde est touchée rapidement. Sinon, pour me détendre : je danse beaucoup. Tous les soirs, quasiment, après le travail, je vais danser.
Jérémy : C'est une échappatoire. Ça te procure quoi, la danse ?
Carla : Ça permet à mon corps de s'exprimer, et à mon corps de se reconnecter à mon esprit. Je me sens entière. Quand je danse, il n'y a que ça, il n'y a que ça qui compte.
Jérémy : Dans ces moments-là, tu n'es pas en mode « je suis pressée », « je suis en colère », « je suis agacée ».
Carla : Par le biais de la danse, tu peux transmettre des émotions, comme la colère, mais tu décides de les intégrer dans un mouvement.
Jérémy : J'ai toujours l'impression que ces moments où on est irrité, en colère, agacé, ce sont des indicateurs qu'on n'est pas dans notre nature profonde. C'est en surface. Parce que dans les moments où on se sent profondément bien, à sa place, ça n'arrive plus. Moi, je suis quelqu'un d'assez calme en général, mais le truc qui me faisait péter un câble, c'était d'être toujours pressé. Aujourd'hui, je suis beaucoup moins pressé, j'arrive à prendre mon temps. Ma vie n'a pas changé du tout au tout, mais ma perception des choses et le choix de ce que je fais ou non, ça, ça a changé. Et j'ai l'impression d'être beaucoup plus à ma place, donc je n'ai même plus besoin d'être en colère : il n'y a plus la place pour ça.
Carla : C'est surtout la vie en société qui fait qu'on est tout le temps en train de se divertir, donc on n'est plus dans notre présence. L'énervement vient à un moment donné parce que, de manière hyper inconsciente, on en a marre d'être à cette place-là.
« Revenons à nos bases : avant, on était des animaux, on vivait dans la forêt, et notre but c'était manger, se reproduire, dormir. »
Jérémy : C'est marrant, dans le dernier épisode avec Émilie Claquin, elle parlait de ça. Elle a 40 ans et elle avait le sentiment d'avoir vécu une première partie de vie très animale : j'ai subvenu à mes besoins, j'ai survécu, je me suis reproduite, j'ai eu des enfants. Et là, elle rentre dans une seconde phase : quelle femme je suis, qu'est-ce que j'ai envie de créer, où j'ai envie d'aller. J'ai l'impression qu'il y a souvent ce truc très instinctif, peut-être câblé en nous, et qu'à un moment la conscience prend le pas : qu'est-ce que je veux vraiment pour ma vie ?
Carla : Je pense qu'à un moment donné, selon notre temps d'évolution, notre moi profond vient et il toque. « C'est maintenant que tu vas vivre ce que tu as envie de vivre, c'est pour ça que tu es venu sur Terre. » Et le déclic peut être dur à accepter, parce que c'est sortir de sa zone de confort, déconstruire tout ce qu'on a construit.
Jérémy : Ça peut être violent.
Carla : Mais quand on a vraiment pris du recul, parce que tout est une question de perception, on se dit : « Pourquoi je ne suis pas moi depuis le début ? »
Jérémy : Tu penses qu'on peut trouver son moi profond ?
Carla : Oui. Je pense que ça demande beaucoup de temps et beaucoup de patience.
Jérémy : J'ai écouté un autre podcast où la personne disait que la vie n'a pas de sens, hormis le sens qu'on veut bien lui donner. Ça m'a questionné, parce que je suis dans cette quête du moi profond, de sa véritable nature. Et quand je te pose la question, il y a l'idée que c'est peut-être juste une quête qu'on décide d'avoir, un chemin, et que le plus important c'est le chemin, qu'on ne le trouvera peut-être jamais. Quelqu'un d'autre pourrait te dire : « C'est de la connerie, il n'y a pas de moi profond. » Je n'ai pas de réponse, je suis en train de cheminer là-dessus.
Carla : Je pense que c'est déjà quelque chose de très subjectif. Je peux donner une définition du moi profond qui est totalement différente de celle de tous les autres êtres sur Terre. Il n'y a pas de définition générale. Mais pour moi, le moi profond, ce serait un état : être tout le temps dans sa présence et tout le temps en accord avec soi-même.
Jérémy : Tu penses que c'est possible ?
Carla : C'est compliqué de l'être tout le temps. Mais si on arrive à s'accorder au moins un moment dans la journée où on est dans notre présence et en accord avec nous-mêmes, c'est déjà bien.
Mettre de la distance face au regard des autres
Jérémy : J'ai l'impression qu'on connaît tous plus ou moins notre moi profond, qu'il demande à être affiné, creusé, mais qu'il est déjà là. Sauf qu'on est des animaux sociaux, et ce sont les interactions qui nous éloignent de ce « je me sens bien ». Quand je suis avec moi, je me sens bien ; mais il y a un connard qui te fait une queue de poisson sur la route, et tu ne te sens plus bien parce que tu te dis « c'est dangereux, il y a mes enfants ». C'est là qu'est la difficulté de monter en conscience : arriver à se dire « OK, ce n'est pas grave, c'est ce qui s'est passé », avoir ce recul.
Carla : Il y a un philosophe, je ne sais plus si c'est Sartre ou Spinoza, qui disait « l'enfer, c'est les autres ». Et c'est vrai. J'ai rencontré quelqu'un depuis peu qui est tellement dans sa présence qu'il a beau croiser un connard, c'est OK, c'est son problème. C'est ça : arriver à mettre de la distance, à faire le tri entre ce qui te concerne et ce qui ne te concerne pas. Moi, j'ai tendance à tout prendre à cœur, et ça me dessert.
« Si la personne est énervée, c'est qu'elle a un problème et qu'elle le projette parce qu'elle ne va vraiment pas bien. Il ne faut pas le prendre pour soi. »
Jérémy : Ce n'est pas contre toi.
Carla : Pas du tout. C'est avoir la capacité de se dire : « Je m'en fous », et que ça ne t'atteigne pas. Plus on va dans ce sens-là, l'autre a son problème, il le gère, je ne le prends pas, je ne l'aide pas, mieux c'est. C'est ça qui est dur, aussi. Mais je pense que pour survivre dans ce monde de fou, il faut réussir à mettre de la distance avec tout.
Jérémy : C'est une histoire de gestion émotionnelle. La distance, c'est : est-ce que l'événement t'impacte peu ou pas, ou est-ce que tu arrives rapidement à faire la part des choses ? Nos réactions, nos blessures, c'est très émotionnel.
Carla : Ça fait remonter et résonner des choses en nous qu'on a soignées, et on n'a pas envie que quelqu'un vienne défoncer la porte et les faire ressurgir à tout moment.
Jérémy : Dans les accompagnements, je vois souvent des personnes qui ont de vraies charges, de vraies blessures sur un sujet, et c'est précisément ce qui va les déclencher. C'est pour ça que le travail sur soi est fondamental. J'ai une personne en tête qui a une problématique d'injustice : dès qu'elle voit quelqu'un doubler au supermarché, elle est dans sa blessure, « ah, ce connard ! », ça l'enflamme. Et pour moi, l'enjeu n'est pas de dire qu'il ne faut plus d'injustice, parce que c'est utopique, l'injustice existera toujours : le fait de donner à manger à tes enfants est injuste, parce que tu ne vas peut-être pas donner à manger à des enfants à l'autre bout du monde. L'enjeu, c'est de voir d'où elle vient, ce qu'elle te procure, pourquoi tu as ce sentiment, et d'accepter que l'injustice existe. Tu choisis une autre question ?
Carla : 3.
Jérémy : Dans quel moment tu te sens la plus alignée avec toi-même ?
Carla : Quand je danse.
Jérémy : Encore la danse. Elle serait comment, ta vie, si tu ne pouvais plus danser ?
Carla : Triste. Si je n'ai pas d'autre solution, j'essaierai de combler ça. Mais danser, ce n'est pas forcément faire des pirouettes. C'est déjà respirer, être consciente de toutes les parties de notre corps et juste les sentir. Ce n'est pas forcément faire un spectacle.
Jérémy : Ce n'est pas la représentation. On entend bien dans ce que tu dis qu'il y a des personnes qui font quelque chose pour ce que ça leur procure indirectement : « je danse parce que j'ai besoin de reconnaissance, de faire un spectacle pour qu'on me dise super. » Toi, j'ai le sentiment que c'est vraiment quelque chose d'intérieur.
Carla : C'est libérateur. Il y a des fois où je fais des chorégraphies où je ne ressens rien, et je n'ai même pas l'impression de danser. Danser, c'est vraiment être connectée, que tout ne fasse qu'un : l'invisible, ton esprit, tes émotions, tes sensations, et ton corps, la matérialité. Les deux ensemble, c'est une explosion de bonheur.
L'expérience d'une retraite initiatique
Jérémy : Est-ce que tu peux me parler un peu de la retraite dont tu parlais dans tes trois moments forts ?
Carla : C'était une retraite de femmes, on n'était pas beaucoup. Elle s'appelle Autoportrait. Je ne peux pas tout te dire, parce que c'est secret.
On fait pas mal de danse initiatique : danser sur des fréquences et des sons sur lesquels la maîtresse de stage a travaillé, justement pour faire ressortir des choses et qu'on rentre vraiment en nous. Elle nous guide. Et danser, c'est juste se mouvoir comme ça. Juste faire bouger son corps et être dans son corps, c'est danser. Tu fermes les yeux, et tu peux avoir des ressentis, des messages. Tu peux arriver à un endroit où tu te dis « je suis un peu triste, mais qu'est-ce qui se passe ? », et essayer de comprendre pourquoi il y a des blocages dans le corps, cellule par cellule.
Jérémy : C'est important ce que tu dis, parce que je l'ai vécu assez récemment, cette capacité à aller à l'intérieur de soi. Pendant des années, on me disait « va à l'intérieur de toi », et je ne comprenais pas : « Je suis là ! » La première fois que je l'ai vécu, c'était avec une amie avec qui j'ai aussi un podcast, qui était prof de yoga à l'époque et qui fait de la somatothérapie aujourd'hui. Elle m'a fait ressentir mon corps, mes organes, les fascias. Je n'avais jamais ressenti ça, alors que c'est tout le temps là. À part dans la douleur : tu sens ton ventre parce que tu as mal au bide. Mais aller ressentir consciemment tes poumons, ce n'est pas facilement accessible dans notre société.
Carla : Je pense que ce sont des choses qu'on devrait nous apprendre, rien que le fait de respirer, l'importance de la respiration. Quand tu commences ce genre de thérapie, on axe beaucoup sur la respiration, comme le yoga. Et rien que sentir que l'air fait un chemin circulaire dans tout ton corps, c'est une sensation incroyable. Après ça, qu'est-ce que tu te sens bien.
« Tu permets à ton corps d'exister. Ton corps se rend compte que tu as conscience de lui, et que tu en prends soin. »
Jérémy : Tu n'as pas l'impression qu'on est dans une société où le corps n'est plus qu'une enveloppe corporelle, à qui on n'attribue plus la présence et l'importance qu'il devrait avoir ? Quand tu réfléchis à tout ce que notre corps fait…
Carla : Il évolue toute notre vie, il se régénère, il nous permet de marcher, de voir. Sans corps, on n'existe pas. C'est pour ça qu'il faut en prendre soin. Et effectivement, on voit tous un corps comme une enveloppe esthétique. Alors que la beauté, c'est subjectif. Cette société qui dit qu'un corps parfait, c'est ça… Non : un corps parfait, il est parfait quand il est en bonne santé.
Et ensuite, il y a l'importance d'en prendre soin : si on a la possibilité d'aller se faire masser, d'aller chez l'ostéo, c'est hyper important. Même si on n'est pas sportif, il faut se remettre en place. Parce que quand on est très sédentaire, on a tendance à mal se placer, du coup on compense, on se crée des douleurs, ça nous irrite, et on devient un connard.
Jérémy : La boucle est bouclée ! Et puis le corps est un messager formidable : il nous envoie des messages toute la journée.
Carla : Tout le monde devrait apprendre à écouter son corps. On ne le dit pas assez, c'est encore tabou.
Jérémy : C'est la clé. Pour l'alimentation : s'arrêter de manger quand on n'a plus faim, s'arrêter de faire du sport quand on n'a plus d'énergie. Écouter sa tête aussi, quand on commence à avoir trop de charge mentale, et aller décharger. Donc, dans la retraite : la danse, et quoi d'autre ?
Carla : On mange ayurvédique. Beaucoup de graines, rien d'origine animale, vraiment végétarien. J'ai goûté des choses que je n'avais jamais goûtées. C'est trop bien, parce que ton corps n'est pas pollué par tout ce qu'on peut trouver dans l'industrie alimentaire.
Jérémy : Ce sont des aliments bruts, sains.
Carla : Exactement, et ça permet à ton corps d'être beaucoup plus à l'écoute de tout ce que tu vas lui faire faire. On fait des randonnées, beaucoup de cercles de parole de femmes. Dans la plupart de nos interactions en société, on reste en surface, c'est rare de discuter de choses profondes. Là, on discute vraiment en profondeur : « Aujourd'hui, je ressens ça. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais j'ai envie de l'amener. »
Jérémy : C'est intéressant, en ce moment j'expérimente des choses là-dessus, parce que j'avais cette frustration : dans le podcast, on est là pour ça, c'est génial ; et dans mon quotidien, j'étais trop souvent confronté à des échanges qui me semblaient chiants. Avant-hier, j'ai testé : j'ai mangé quelque part et, à la fin, au lieu de juste dire merci et au revoir comme d'habitude, j'ai demandé à la responsable du restaurant depuis combien de temps elle faisait ça, pourquoi elle avait voulu ouvrir ce restaurant, si ça avait été difficile. On a parlé dix ou quinze minutes, et j'ai vraiment eu un sentiment de profondeur. Parfois, je me dis qu'on est fautifs : j'avais ces attentes-là, mais je ne le faisais qu'avec certaines personnes, ou ici dans le podcast. En fait, c'est quelque chose qu'on peut faire tous les jours : tu vas acheter du pain, tu t'intéresses à la personne, « vous avez l'air fatiguée, ça va en ce moment ? » Je pense qu'on peut initier un mouvement comme ça.
Carla : Carrément. Et surtout, ça nous permet d'exister, de dire profondément ce qu'on ressent dans l'instant. Ça nous prouve qu'on est vivants. Et du coup, le corps entend le message.
Se réconcilier avec son ventre et sa féminité
Jérémy : Ça t'a procuré quoi, la retraite ?
Carla : Quand j'en suis revenue, j'étais vraiment transformée. Ensuite, la société, le quotidien font que tu reviens à ton état d'animal en société. Mais j'ai vraiment pris conscience, encore plus qu'avant, des choses qui sont nécessaires, essentielles. Et je me suis vraiment reconnectée à mon corps.
Jérémy : C'est quoi, se reconnecter à son corps ?
Carla : J'ai senti que je me reconnectais à mon corps parce que, depuis que je suis avec mon conjoint actuel, j'ai ce rejet d'avoir un enfant, donc d'être une femme. J'ai toujours peur d'être enceinte. C'est une peur que je me suis créée, je ne sais pas pourquoi, et du coup je me suis créé des kystes aux ovaires, des maux de ventre. Au rejet d'avoir un enfant, indirectement au rejet d'être une femme, répond un problème au ventre.
Je suis surtout allée faire cette retraite pour ça. J'avais pour objectif de réussir à me soigner, à réintégrer ce ventre qui, certes, n'est pas parfait, tu vois, là encore je suis un peu méchante avec mon corps, mais qui me permet d'être là.
« Le ventre, c'est la base des émotions, c'est tout pour une femme, ça porte la vie. C'est exceptionnel, un ventre. »
Donc soigner, reconnecter, reconstruire, et redonner de l'amour à cet endroit-là de mon corps.
Jérémy : Et tu sens que ça a eu cet effet-là ?
Carla : Instantané, direct. Au début, c'était compliqué de me connecter, parce que bien sûr, je dansais : je faisais des chorégraphies. Et elle m'a dit : « Ma chérie, non, ce n'est pas ça du tout. »
Jérémy : C'est du mouvement du corps, plus que de la danse.
Carla : Et c'est beaucoup plus dur. On pense que c'est simple, mais non. C'est un travail tout en conscience, beaucoup de visualisation. Et puis il y a le fait de parler avec des femmes plus mûres que moi, d'avoir leur expérience : tu apprends de tout le monde.
Jérémy : Tu étais la plus jeune du groupe ?
Carla : J'étais la plus jeune. Sur ce genre de retraite, je suis souvent la plus jeune, ce n'est pas grave. J'ai 25 ans, et je me sens très à l'aise avec des gens qui ont le double de mon âge. Je ne sens aucune différence.
Jérémy : Ça rejoint ce qu'on disait tout à l'heure : l'âge physiologique est une chose, mais il y a aussi nos perceptions. Il y a des personnes de 50 ans qui ont l'impression d'en avoir 30.
Carla : L'âge, ça ne veut rien dire. C'est une barrière, encore une case qu'on se met, un aspect social. Ça donne un ordre de grandeur pour la temporalité, mais c'est tout.
Jérémy : Qu'est-ce que vous avez fait d'autre ?
Carla : On a fait de la peinture, des représentations de notre énergie, de comment on se voyait. Moi, je me voyais colorée : les couleurs prédominantes, c'était le violet, le vert et le bleu. Je ne sais pas pourquoi, c'était comme ça. Au début, j'ai eu du mal avec ce portrait, je me suis dit que c'était un peu un ovni. Et puis finalement, quand on a toutes regardé le portrait de chacune, on voyait vraiment ce que chacune avait dessiné. C'est fou. Ils étaient tous hyper différents. C'était magnifique.
Jérémy : Tu n'as jamais eu envie d'organiser tes propres retraites, tes propres événements ?
Carla : À un moment de ma vie, avant de me dire que la danse était aussi possible pour moi, j'avais très envie de monter un lieu où il y aurait du yoga, des personnes qui parlent entre elles, juste une échappatoire pour se retrouver.
Jérémy : « Une échappatoire pour se retrouver », c'est une belle métaphore. Et c'est probablement ce que tu sais le mieux faire, parce que tu l'as fait pour toi et que tu en vois les mécanismes. Dans le podcast Origines, c'est aussi ça : mettre en lumière ces schémas. On se rend compte que notre vie, si on prend les fondamentaux, est assez simple. Pour toi, c'est la reconnexion à soi, le rapport au corps, créer un espace pour revenir à soi. Avec ces trois éléments, tu peux monter plein de projets qui vont te nourrir, parce qu'ils sont basés sur ta nature profonde, sur ce que tu aimes, sur ce que tu sais faire facilement, qui te demande peu d'énergie.
Carla : Et ce n'est pas un travail.
Jérémy : C'est dans notre société. Le premier énorme switch que j'ai eu dans ma tête, c'est quand je me suis lancé dans la photo. J'avais cette image qu'un travail devait être laborieux, qu'il fallait que ça rapporte de l'argent, qu'on ne fait pas ça pour le plaisir. J'avais même de la culpabilité : « Je me lance dans un truc que je fais pour moi, donc si je ne gagne pas trop bien ma vie, j'ai déjà la chance de faire quelque chose pour moi. » Et le switch, je l'ai eu quand j'ai compris que l'essence de sa place, c'est justement que plus tu es à ta place, plus c'est fluide, moins ça te demande d'énergie, plus c'est facile, et plus ça a de valeur, parce que ça vient du cœur. Pour moi, la vraie valeur de ce qu'on propose, ce n'est pas ce qui est laborieux ou compliqué, c'est ce truc très instinctif. Instinctif, pas au détriment des compétences, mais ce truc que tu as en toi, où tu es bon naturellement parce que tu l'as appris avec les expériences et le temps.
« C'est ce truc-là que chaque être humain devrait commercialiser. »
C'est peut-être utopique, mais j'ai vraiment le sentiment que si tout le monde avait son activité, ou même un travail salarié, basé sur le lien profond à qui il est et sur cette singularité, cette zone de génie, tout serait beaucoup plus fluide. Il n'y aurait pas de connards.
Carla : Peut-être.
Jérémy : On est toujours le connard de quelqu'un d'autre, mais il y en aurait peut-être moins. Parce qu'au fond, qu'est-ce qui fait que tu es un connard ? Tu es frustré, tu n'es pas en accord avec toi-même, tu es fatigué, tu vas bosser le matin dégoûté parce que ça ne te plaît pas, tu ne peux pas voir tes gosses, tu n'es pas épanoui.
Carla : Complètement, je suis d'accord avec toi.
Jérémy : Je m'enflamme, là ! Mais je pense que c'est la clé de beaucoup de choses.
Poser ses limites et apprendre à être seule
Jérémy : Carla, je change de fiche. Choisis entre 1 et 10.
Carla : 10, tiens.
Jérémy : Qu'est-ce que tu as compris récemment sur toi et que tu aurais aimé comprendre un peu plus tôt ?
Carla : La conscience de revenir à l'essentiel pour être bien. Ce que je te disais : au-delà d'être bien dans la danse, juste être en silence avec moi, et avoir un dialogue avec moi, sans rien qui vienne polluer mes ressentis et ma spontanéité.
Jérémy : Et tu l'as découvert comment ?
Carla : Un jour, je suis rentrée du travail… Je ressens plus ou moins quand j'ai trop de choses qui ne m'appartiennent pas : généralement, je dors mal. Au début, j'étais très énervée de faire des insomnies, parce que j'ai besoin de ma dose de sommeil. Et je me suis dit : « Carla, si tu fais des insomnies, c'est pour une raison. Et tu as le temps de penser : tout le monde dort, il n'y a rien à faire. » C'est là que je me suis posé les bonnes questions, et que la réponse est venue : je fais une insomnie à cause de ma journée, à cause de ce que les autres m'ont fait subir, et c'est moi qui ai autorisé qu'ils viennent.
Jérémy : C'est une histoire de limites, aussi.
Carla : Exactement. Ça a d'abord été de poser mes limites, et ensuite de me dire : « OK, mes limites sont posées, maintenant je peux être avec moi. » Et ça, c'est incroyable. Avant, je ne faisais jamais rien seule, j'étais toujours accompagnée d'une copine.
Jérémy : Tu avais peur ?
Carla : Pas peur, mais j'avais besoin de quelqu'un. Une anecdote typique : on part à Londres pour l'anniversaire d'une de mes meilleures amies, et on n'est pas à côté dans l'avion. Et là, je me dis : « Je m'en fais un monde, je me crée moi-même le problème, je me crée la peur. C'est quoi ? Une heure, une heure et demie. Tout va bien. » Les filles me disaient : « Carla, on ne peut pas changer les billets, ce n'est pas grave. » On était toutes les trois vraiment séparées. Et je me suis dit : « OK, ça va être un exercice que la vie me met. » J'étais trop bien : mes écouteurs, ma musique, je discutais un peu avec les gens.
Jérémy : La capacité, face à un événement, de se dire « je n'ai pas envie de ça, ça me fait peur, mais qu'est-ce que je peux en voir de positif ? », ou au milieu de la nuit de se dire « je ne dors pas, c'est quoi le message ? », ce n'est peut-être pas accessible à tout le monde. Tu as toujours eu ça ?
Carla : Non, ça vient. Plus tu es ouvert et plus tu te donnes de l'importance à toi, plus tu vas savoir t'écouter, et donc plus tu vas pouvoir accéder à des réflexions que tu ne pouvais pas avoir avant. Plus tu es connecté et dans ta présence, plus tu peux aller vers des chemins où, avant, tu te disais : « Jamais de ma vie je n'aurais pensé prendre l'avion seule. » Et maintenant, qu'est-ce que je kiffe passer des moments seule.
Jérémy : Tu partirais en voyage seule ?
Carla : Oui, de plus en plus. Parce que pour moi, la retraite, c'était un voyage seule. Même si c'était en France, c'était seule, avec des inconnus, dans un environnement inconnu, à faire des choses inconnues.
Jérémy : C'est l'aventure.
Carla : On a toujours ce stéréotype du voyage où tu es obligé de prendre l'avion et d'aller à l'autre bout du monde. Mais le voyage, tu peux déjà le faire en toi. Si tu n'arrives pas à le faire en toi, tu vas aller le chercher ailleurs, à l'autre bout du monde, en te disant « je vais me trouver ». Mais en France ou à Bali, tu ne changes pas. C'est l'environnement qui change.
Jérémy : Après, l'environnement peut aussi être bénéfique pour réussir à faire une introspection. Je l'ai souvent vu : des gens qui, le fait d'être à l'étranger, ailleurs, sans leur quotidien, sans leur environnement, leurs parents, leurs frères et sœurs, leur conjoint, se permettent d'être eux-mêmes et d'explorer un espace auquel ils n'ont même pas accès dans leur quotidien, parce qu'ils n'ont pas cette place-là.
Carla : C'est ça, et ça peut vraiment aider.
Jérémy : J'ai vu aussi des personnes qui sont dans la fuite : il faut toujours partir voyager, parce qu'il y a ce truc de « je suis mieux ailleurs » et « je ne suis pas bien à l'intérieur de moi quand je suis chez moi ». Et là, ce n'est pas positif.
Carla : Ça revient à se divertir. Ce n'est pas le faire pour les bonnes raisons.
Ne rien regretter et s'ouvrir aux opportunités
Jérémy : Tu choisis une dernière question ?
Carla : 1.
Jérémy : Tu as pris les deux extrêmes. Quand tu regardes ton parcours, qu'est-ce qui relie tous les grands tournants de ta vie ?
Carla : C'est dur… Je ne sais pas.
Jérémy : Moi, ma lecture, c'est ce qu'on a commencé à dire : à chaque fois que tu as eu des prises de conscience, j'ai l'impression que c'est un moment de reconnexion à quelque chose d'essentiel, à toi.
Carla : Je dirais la capacité à ouvrir de plus en plus mon esprit, à accepter l'autre dans toutes ses caractéristiques. Ce serait vraiment l'ouverture, je pense.
Jérémy : Tu es curieuse de nature ?
Carla : Oui, sinon je ne serais pas là.
Jérémy : Elle vient de quoi, cette curiosité ?
Carla : Aujourd'hui, j'ai envie de ne passer à côté de rien dans la vie, d'essayer de ne pas avoir de regrets. Parce que c'est horrible, les regrets.
« Il n'est jamais trop tard pour faire les choses : si demain tu as envie de changer de vie, tu changes de vie. »
Jérémy : Tu te verrais, dans les mois à venir, prendre conscience que ta vie ne te va pas et te dire : je déménage, je vais vivre ailleurs, je change de boulot, je change de mec ? Tu t'en sens capable ? Parce que souvent, ce qui fait que les gens ne bougent pas, c'est que changer de relation, d'environnement, de travail, c'est une forme de lourdeur. Ils préfèrent rester dans quelque chose de lourd mais qu'ils connaissent, plutôt que d'explorer autre chose. Et j'ai l'impression que toi, tu as la capacité de dire : si je ne suis vraiment pas bien, je peux tout mettre à plat.
Carla : C'est ça, je l'ai déjà fait. J'ai déjà changé plusieurs fois de trajectoire professionnelle, j'ai changé d'environnement. Donc oui, c'est quelque chose que j'ai déjà réfléchi à faire plusieurs fois. Et si j'ai la chance de pouvoir enseigner la danse à côté de mon activité, ou de n'en faire que ça, je changerai du jour au lendemain sans hésiter.
Je pense que c'est aussi une question d'opportunités, et de moments : l'univers vient et il te met les choses quand tu es prêt. Il te dit : « Tiens, regarde, la porte est ouverte. »
Jérémy : Quand tu as déjà fait le chemin nécessaire. C'est hyper important, je voulais rebondir là-dessus tout à l'heure, quand tu disais que tu avais raté le concours à un point près : parfois, ce n'est pas le moment, et c'est frustrant. Je fais beaucoup de travaux à la maison, et parfois il y a des choses qui traînent sans que je sache pourquoi. Sur le papier, j'aurais pu le faire il y a six mois. Sauf qu'au moment où je finis le chantier, c'est le moment où ça a suffisamment cheminé inconsciemment : j'ai la bonne idée, j'ai les bons outils, ça se fait de manière fluide, facile. La difficulté, quand on est pressé comme nous, c'est d'accepter cette temporalité : les choses viendront quand ce sera juste.
Carla : Et je pense qu'il ne faut surtout pas être dans l'attente, parce que plus tu attends et tu manifestes, plus c'est contre-productif. Si ça ne vient pas, c'est qu'il y a une raison : avant d'aller là où tu veux aller, tu dois expérimenter autre chose pour être hyper solide dans tes appuis au moment où ton projet naît.
Le message de Carla : aimer et écouter son corps
Jérémy : Carla, est-ce qu'il y a un sujet que tu aurais aimé aborder, un message que tu as envie de transmettre, quelque chose dont tu te dis qu'on ne peut pas couper les caméras et les micros sans en avoir parlé ?
Carla : Ne prenez pas les choses à cœur. Si quelqu'un vous en veut, ce n'est pas forcément votre faute : ne vous rendez pas malade à cause de quelqu'un.
Et comme je l'ai dit plusieurs fois : prenez conscience de votre corps et chérissez-le, vraiment.
« Sans notre corps, on n'existe pas. C'est ce qui nous permet d'être sur Terre, de vivre nos journées, de faire les activités qu'on aime, d'être auprès des gens qu'on aime, de sentir, de ressentir. Et c'est ça, je pense, l'essentiel. »
Jérémy : Derrière le corps, il y a aussi toute la partie sensorielle : toucher des matières, toucher l'autre.
Carla : Exactement. Pouvoir serrer quelqu'un dans ses bras, il faut en profiter, parce que rien ne dit que demain la personne sera encore là, ou que tu pourras encore te lever pour la sentir. On ne se rend pas compte de pouvoir se lever, respirer, être là. Même être là, c'est un cadeau. Avoir un corps en bonne santé, c'est un cadeau. Le chérir, et se lever le matin avec cette bonne humeur. Quand on dit « je », J-E… ça serait bien de mettre un « je » à notre corps aussi.
Jérémy : J'adore. Le podcast s'appelle Origines : ça t'évoque quoi, le mot origines ?
Carla : Commencement. Commencement, et origines du grand tout.
Jérémy : C'est beau. Les personnes qui veulent discuter avec toi, te voir danser, échanger, elles peuvent aller où ?
Carla : Elles peuvent me contacter sur Instagram.
Jérémy : Je mettrai le lien vers ton Insta. Merci beaucoup Carla, j'ai passé un super moment.
Carla : Merci à toi, ça m'a fait trop plaisir. À bientôt.