8 septembre 2026 · 1:08:26
Fatigue permanente ? Comment relancer ses hormones (avec Emilie Claquin)
Cette vidéo est hébergée par YouTube, un service tiers.
🎧 Écouter en version audio
🔗 Écouter ou partager cet épisode ailleurs
Est-ce normal de souffrir pendant ses règles ? Pourquoi nous sentons-nous parfois épuisées, irritables ou en décalage total avec notre propre corps ?
Dans cet épisode, je reçois Émilie Claquin, nutrithérapeute spécialisée dans l'équilibre hormonal féminin. Ensemble, nous plongeons au cœur de la cyclicité féminine pour comprendre comment les hormones influencent notre énergie, notre humeur et notre vie quotidienne.
Émilie nous partage son parcours inspirant, de son burnout à sa reconversion, et nous explique comment elle aide aujourd'hui les femmes à transformer leur rapport à leur corps.
⚡️ Au programme de cet épisode
• La puissance du cycle : Pourquoi comprendre ses phases change tout.
• Santé hormonale : Le SPM et les douleurs ne sont pas une fatalité.
• Alimentation & Hygiène de vie : Les clés naturelles pour réguler son système.
• Le Mindset : Se reconnecter à sa puissance féminine et à son intuition.
• Le parcours d'Émilie : Du monde de l'entreprise à la nutrithérapie.
Un épisode essentiel pour toutes les femmes qui souhaitent reprendre le pouvoir sur leur santé et pour les hommes qui veulent mieux comprendre les femmes de leur entourage.
💡 Pour aller plus loin sur la connaissance de soi, trouve ta zone de génie en 1h top chrono : https://cours.graouacademie.fr/cours-zone-de-genie-podcast
🎥 Découvre notre échange en vidéo : https://youtu.be/PHAKqih4mz0
❤️ Viens échanger avec moi sur Instagram : https://www.instagram.com/jeremyguillaume/ et direction www.jeremyguillaume.fr pour bosser ensemble.
🌠🌊🌌 Formation ORIGINE -20% avec le code ORIGINE20 : https://graouacademie.fr/cours/origine/
ORIGINE : c'est ma méthode pour comprendre ce qui te bloque profondément et (re)mettre ta singularité au cœur de ton activité (et de tous tes domaines de vie).
👤 À propos de moi et du podcast Origine
Je m'appelle Jérémy et je passe une grande partie de mon temps à me poser des questions sur l'humain. Pourquoi sommes-nous qui nous sommes ? Pourquoi répétons-nous certaines histoires ? Qu'est-ce qui fait que deux personnes vivent la même situation de manière totalement différente ? À travers mon podcast Origine, je partage les réflexions, les outils et les rencontres qui m'aident, chaque jour, à mieux comprendre ces questions.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Le Laboratoire Origine
Un accompagnement collectif de 3 mois
Pour comprendre ce qui te freine, retrouver une vision claire de ce qui est juste pour toi, et repartir avec une méthode que tu pourras réutiliser toute ta vie.
Découvrir le Laboratoire OrigineEnvie de lire plutôt qu'écouter ? Voici l'épisode en texte
Introduction : hormones, cycle et sociabilité
Jérémy : Émilie, on commence direct : tu me disais, à propos de la longueur du podcast, que ça dépendait de la période de ton cycle. Pourquoi ?
Émilie : On rentre tout de suite dans le vif du sujet ! Là, je vais avoir mes règles dans quatre jours. C'est ce qu'on appelle le syndrome prémenstruel, ou la période lutéale. Je pourrais donc être un peu moins sociable, un peu plus irritable, avoir moins envie d'aller vers l'extérieur, moins envie de me confier.
Je pourrais avoir tous ces symptômes-là… si j'avais un déséquilibre hormonal.
Mais ça va. J'ai 41 ans, et les hormones, c'est ma passion. Donc a priori, je n'ai pas un énorme déséquilibre hormonal. Là, je suis sociable, je ne suis pas irritable, j'ai envie de te parler et de partager.
Qu'est-ce qui rend Émilie unique ? La passion de la transmission
Jérémy : La première question que je pose à tous les invités : qu'est-ce qui te rend unique, selon toi ?
Émilie : Je vais choisir l'angle hormonal : c'est cette passion que j'ai développée pour les hormones. Quand je me présente, je vois que, chez les femmes en tout cas, ça crée une envie d'en savoir plus. Ce qui me rend particulière, c'est cette passion et ces connaissances que j'ai envie de transmettre avec rage et force.
Avoir ses règles, c'est beau. Ça veut dire qu'on a une pleine santé, ça veut dire qu'on peut avoir des enfants. Ça peut être positif.
Le déclic : comprendre le cancer et le sens de la maladie
Jérémy : Qu'est-ce qui t'a amenée à t'intéresser aux hormones et à en faire ton activité de cœur aujourd'hui ? Est-ce que l'Émilie de 3, 4, 5 ans s'intéressait déjà à ça ? Est-ce qu'il y avait un fil rouge santé ?
Émilie : À la base, non, pas du tout. Je pense que comme la plupart des nutrithérapeutes et des naturopathes, c'est une reconversion. Et cette reconversion est venue de quelque chose de triste, malheureusement : d'une envie d'en savoir plus sur le cancer hormonodépendant de ma maman. Ce besoin de sens, de comprendre pourquoi elle avait eu ça.
Jérémy : Tu peux expliquer ce qu'est un cancer hormonodépendant ?
Émilie : Comme son nom l'indique, c'est un cancer dépendant des hormones. J'allais dire à cause des hormones, à cause d'un déséquilibre hormonal, œstrogènes, progestérone. Très souvent, ça donne un cancer du sein ou de l'endomètre. Ma mère, c'est ce qu'elle a eu : un cancer de l'endomètre.
Jérémy : Tu avais quel âge ?
Émilie : 30 ans. Ma fille avait un an. C'était très compliqué, parce que quand on a appris le cancer de ma maman, je venais d'être mère. Il y avait cette dichotomie : tu deviens mère et tu apprends que ta mère est malade. Je n'avais même pas mis de mots sur ça. C'est justement une naturopathe assez incroyable, Nathalie Casanova, qui a un institut de formation sur l'équilibre hormonal, et que je consultais en tant que patiente, qui a posé ces mots-là : « C'est dur, ce que vous vivez. Vous venez d'être maman et vous apprenez que votre maman est malade. Et puis ça concerne l'appareil génital. » Tout vient de là.
Jérémy : Donc une dizaine d'années.
Émilie : Oui, j'avais 31 ans quand le cancer s'est déclaré. Après, j'ai voulu en savoir plus, mais j'ai toujours été un peu intéressée par ce domaine. Comme beaucoup de gens, j'avais regardé des vidéos YouTube, sur le fonctionnement du corps humain, sur l'alimentation. J'étais déjà sensible à tout ça. Je mange bio depuis que j'habite seule, depuis mes 20 ans, quand j'avais mon petit appartement à Aix.
Découvrir son propre déséquilibre hormonal : le rôle de la mère
Jérémy : Quand on parle d'hormones, en tant que thérapeute et naturopathe, on parle d'équilibre, d'alimentation, d'hygiène de vie. Est-ce que tu as déjà eu des moments où tu t'es sentie en fort déséquilibre ?
Émilie : Justement, je ne m'en rendais pas compte du tout, mais j'en avais un, bien présent, au début de ma trentaine, après mes accouchements. Ma mère a été malade pendant cinq ans à peu près, mais elle était toujours là, très présente. On avait une relation très fusionnelle, très forte, on s'appelait deux fois par jour. Elle voulait d'ailleurs être là pour mes accouchements.
Jérémy : Ah oui, d'accord, incroyable.
Émilie : C'est magnifique. Et je comprends mon mari, qui voulait être là aussi, donc comment on fait ? Elle l'a compris, au final c'est mon mari qui était là. Mais on en était là : elle voulait partager ce genre de moment avec moi.
Et en fait, c'est elle, un jour, qui m'a fait me rendre compte que j'étais très irritable avant mes règles. Elle m'a dit : « Ce n'est pas normal, ma fille. » On n'a pas posé le terme « syndrome prémenstruel », mais elle m'a dit : « Ce que tu vis là, ce n'est pas normal. J'avais pareil à ton âge. »
Jérémy : Pourquoi elle te disait ça ?
Émilie : Elle avait remarqué que c'était avant ses règles que ça n'allait pas du tout, qu'elle n'était plus elle-même, qu'elle était irritable ou extrêmement triste, avec des pulsions alimentaires, mais surtout beaucoup de colère et d'irritabilité. Et moi, j'avais ça aussi : je me transformais, je n'étais plus la même à cette période-là. Mais je n'avais pas du tout fait le rapprochement avec mes règles. C'est elle qui m'a dit ça.
Avec cette phrase, elle a déclenché mon parcours professionnel. C'est la deuxième fois qu'elle m'a déclenchée, au final.
Elle m'a dit : « Il doit exister des choses naturelles pour t'aider. À mon époque, il n'y avait rien, mais renseigne-toi. »
Jérémy : Incroyable. Comment elle avait cette conscience-là ?
Émilie : Je pense qu'elle était connectée à son corps, à ses ressentis.
Pourquoi souffrir pendant ses règles n'est PAS normal
Jérémy : J'ai envie de creuser. Pourquoi ce n'est pas normal d'avoir ça avant ses règles ? Je n'y connais rien en hormones, mais j'imagine que sur le plan hormonal, il y a un bouleversement, un nettoyage. Pourquoi ces symptômes, cette irritabilité, ne seraient pas juste normaux parce que le corps est en changement ?
Émilie : Ce que tu dis, c'est que vous, les femmes, vous êtes cycliques. Les hommes aussi, mais différemment : hormonalement, vous êtes plus stables, vous avez moins de variations que nous. Je crois que vous les avez sur la journée, au niveau de la testostérone. Nous, c'est sur le mois, avec les quatre phases du cycle. Donc tu as raison, on est cycliques.
Là où ce n'est pas normal, c'est que ça part dans les extrêmes.
Moi, par exemple, aujourd'hui, quand je suis équilibrée, j'ai toujours cette période lutéale, mais je suis très sociable, très à l'aise. Je n'aurais pas pu faire ça il y a dix ans, vraiment. Je n'avais pas envie de sortir, de voir des gens. Je faisais de la respiration à chaque fois que je devais sortir.
Jérémy : Pour te calmer. Ce n'est pas normal.
Émilie : Non, ce n'est pas normal. Là où ce n'est pas normal, c'est que ce soit extrême, intense. Moi, je suis cyclique : je vais écouter des chansons et les ressentir fois dix. Des chansons d'amour ou des chansons tristes, je vais peut-être avoir la larme, je vais vraiment être dedans. Et ça, pour moi, c'est OK, parce qu'il y a ce côté cyclique : si je les écoute en ovulation, elles ne vont rien me faire. Et à l'inverse, si j'écoute une chanson qui bouge en ovulation, là je vais vraiment la ressentir.
Jérémy : C'est très intéressant, voir comment on réagit intérieurement selon le moment. Donc c'est vraiment une histoire de niveau d'intensité.
Émilie : C'est tout. On est cyclique, mais il ne faut pas que ce soit extrême et que ça gâche la vie. Dans ce cas-là, il y a un déséquilibre hormonal, et on le voit très vite. Ça vient souvent de l'alimentation, des déficits en nutriments, et beaucoup du stress.
Portrait d'une enfant rêveuse et la pression de la « petite fille parfaite »
Jérémy : Comment tu étais, enfant, à quatre, cinq, six ans ? Est-ce que tu t'en souviens ?
Émilie : J'ai toujours été très rêveuse. Je m'en rends compte maintenant, avec ma meilleure amie qui me dit : « De toute façon, tu as tout le temps besoin de rêver de façon positive. » J'ai toujours été une rêveuse, un peu dans mon monde, à me raconter mes histoires. Et j'étais la petite fille parfaite, vraiment l'archétype.
Jérémy : Parce que tes parents poussaient indirectement à ça ? Il y avait une forme d'exigence ?
Émilie : Avec mon point de vue d'aujourd'hui, à 41 ans : je suis arrivée après deux frères très actifs, très toniques, limite hyperactifs, et malades aussi, l'un avait des problèmes de santé. Il y avait déjà un gros stress à la maison. Il ne fallait pas en rajouter. Quand je suis née, mon grand frère avait sept ans, mon autre frère trois ans. Je n'étais pas un bébé désiré : je suis un bébé stérilet. Ma mère, au début, ne voulait pas me garder. Ce n'était pas possible, à l'époque, par rapport à certaines croyances. Elle m'a gardée, mais sur le coup, c'était non. Elle n'a pas regretté après.
Jérémy : Oui, forcément, vu ce que tu disais sur les accouchements.
Émilie : Elle a eu l'honnêteté de me dire tout ça. Et c'est vrai que quand tu cherches un peu, tu te dis que tu n'avais pas ta place. Et que peut-être que toute ma vie, je vais chercher à avoir cette place.
Jérémy : Après, ça ne peut rester que des croyances, des points de vue, des perceptions. En tout cas, c'est assez commun chez les personnes « parfaites » : cette pression extérieure. Parce qu'on est des animaux sociaux, et on se câble par rapport à l'extérieur. Tu as des frères qui prennent beaucoup de place, qui demandent beaucoup d'attention…
Émilie : Exactement.
Jérémy : On le voit souvent dans les fratries. Dès qu'il y en a un qui laisse une place, pour quelque raison que ce soit, l'autre la prend. Nous, on le voit dans la famille avec notre dernière fille, qui a tendance à être un peu sage, discrète sur les trois. Dès qu'il y a plus de place, parce que les grands grandissent, évoluent, sont plus posés, c'est elle qui prend la relève. Ce sont des schémas classiques, des interprétations du subconscient de l'enfant qui voit cette place.
Émilie : J'étais la petite fille toujours souriante, qui dormait bien, qui mangeait tout, toujours positive, sociable, très heureuse de vivre, qui se satisfaisait des petits bonheurs de la vie. J'étais heureuse, en fait.
L'attention aux petits bonheurs : un ancrage dès l'enfance
Émilie : Je me rappelle même d'un moment précis. J'étais chez mes grands-parents, une après-midi d'été. Je regardais par la fenêtre, je voyais l'ombre de l'arbre, il y avait cette ambiance particulière, et je regardais Roxy Rookie à la télé. Moi dans le lit, à regarder l'arbre et son ombre dehors, à me sentir vraiment bien et à conscientiser ça. Je devais avoir sept ans et je conscientisais : « Qu'est-ce que je suis bien là. Une après-midi d'été, il fait chaud, je regarde Roxy Rookie, un peu d'ombre… »
J'étais dans cette attention au petit moment de bonheur de la vie.
Jérémy : C'est hyper intéressant, parce que j'ai cette conviction profonde, qui n'est qu'une croyance, qu'on tend, dans notre métier, dans notre manière de voir le monde, vers quelque chose qui s'est déjà construit dans l'enfance. Et derrière les hormones, il y a le bien-être. Quand tu me parles de la petite fille rêveuse qui regarde par la fenêtre, il y a déjà ce côté : comment on trouve la sérénité, le bien-être en soi, comment on est aligné, comment on se sent bien.
Émilie : À ce moment-là, je pense que je ne pouvais pas être plus alignée. Je sentais un alignement incroyable, un instant présent, un bonheur. Et c'est vrai qu'à cet âge-là, c'est peut-être plus facile : tu as moins de barrières, moins de subconscient. J'ai eu accès directement à ça, et peut-être que je le recherche encore, effectivement, pour moi et pour mes consultantes.
Le rapport au temps et à la mort : se libérer de la peur
Jérémy : J'ai des petites cartes avec dix questions. Choisis un numéro entre 1 et 10.
Émilie : 7.
Jérémy : De quoi as-tu le plus peur de manquer dans ta vie ?
Émilie : L'instant T. Spontanément, je te dirais le temps. Mais je me suis rendu compte que c'est une construction mentale, et que j'ai beaucoup de temps.
Jérémy : C'est intéressant, le temps : c'était une de mes grosses problématiques il y a quelques années. J'avais vu une hypnothérapeute qui m'avait dit que derrière le temps, il y avait le rapport à la mort. La peur de mourir : plus le temps passe, plus je me rapproche de ce moment-là, et je n'aurai pas fait tout ce que je veux, je n'aurai pas profité de tout ce que je veux. Il y a ce côté de courir après la montre. Ça m'a fait beaucoup de bien d'entendre ça, de me dire : de toute façon, je vais y aller, on y va tous, je ne sais pas quand, j'espère le plus loin possible, mais je vais y aller. Et de réintégrer que plus je cherche à remplir, à combler, moins je profite du temps présent, de ce qui se passe dans l'instant.
Émilie : Et aujourd'hui, ton rapport à la mort et au temps ?
Jérémy : Depuis l'opération du cœur, mon rapport à la mort, je l'ai bien travaillé, parce qu'il y avait des chances que j'y passe. Si je n'avais pas découvert ça, de toute façon, j'y serais passé.
Émilie : Tu n'as pas fait une expérience de mort imminente ?
Jérémy : Non, parce que j'ai découvert que j'avais ce problème, j'ai été opéré en urgence un mois après, et pendant l'opération, j'étais endormi, donc je n'ai rien ressenti de particulier. Ça s'est bien passé. Mais avant, le mois qui a précédé, j'ai vraiment fait un travail profond de « c'est OK si j'y passe ».
Émilie : C'est beau.
Jérémy : J'ai cette anecdote de la veille de l'opération : l'infirmier arrive, je me souviens de sa tête, avec sa petite boîte, son cocktail, somnifère, antidépresseur, je ne sais pas quoi, il y avait trois ou quatre cachets. Et je lui dis : « C'est bon, je n'ai pas besoin. » J'étais serein.
Émilie : Tu le ressentais vraiment.
Jérémy : Je le ressentais. Ma femme était avec moi dans la chambre, il y avait un petit lit, et j'avais ce truc de : si ça doit se finir aujourd'hui, c'est OK. Et ce qui m'a beaucoup aidé, c'est de me reconnecter à mon grand-père. Je l'ai toujours entendu dire, depuis l'adolescence jusqu'à ce qu'il décède :
« Je peux mourir n'importe quand, j'ai une belle vie, je serai heureux. »
Je me suis reconnecté à ça, et je me suis dit qu'il n'avait pas ce truc de remplir, de faire plein de choses. Si ça arrive demain, ce n'est pas grave, parce que j'ai une belle vie ; si ça arrive plus tard, tant mieux.
Sortir de la victimisation pour redevenir acteur de sa vie
Jérémy : Pour revenir à toi : tu as vraiment peur de manquer de temps ?
Émilie : Non, j'ai fait un shift. Habituellement, je t'aurais répondu ça, mais j'ai fait un shift il y a quelques jours à peine : j'ai du temps, et c'est une perception.
Jérémy : Comment il est venu, ce shift ?
Émilie : Je ne veux pas être dans la victimisation et la plainte. C'est quelque chose que je n'aime pas, surtout chez moi ; chez les autres, je l'accepte. Parce que je pense qu'on est acteur de notre vie, surtout dans notre société actuelle, dans nos conditions. Moi, dans mes conditions : je suis super bien entourée, j'ai un mari aimant qui me soutient, des enfants au top, une sécurité financière. Ce n'est pas pour me mettre la pression, c'est juste que ça me permet d'être plus ancrée dans la réalité et de voir toutes les possibilités qui s'offrent à moi, si je ne fais pas la victime, entre guillemets. C'est un choix. Et je me dis : non, j'ai du temps. Mes enfants sont plus grands, j'ai un métier où je fais ce que je veux, quand je veux. Alors qu'avant, c'était le ménage, les enfants, les devoirs, il faut que je l'emmène ici…
Jérémy : C'est intéressant, la victimisation. Est-ce que tu ne crois pas que parfois, c'est nécessaire de se poser en tant que victime ?
Émilie : Il y a des vraies victimes, oui.
Jérémy : Je te pose la question parce que ça me fait penser à ce que tu disais sur les hormones : le problème, c'est toujours l'extrême. Moi, j'avais cette tendance à dire que je ne voulais surtout pas me poser comme victime. Je ne parle que de mon opération, mais c'est un moment hyper fort dans ma vie : ça m'a contraint à me poser comme victime, dans le sens « j'ai besoin d'aide extérieure ». J'ai pas mal réintégré ce truc : je me mettais aussi une pression à ne jamais demander d'aide, à être parfait, irréprochable. Aujourd'hui, je n'ai pas envie d'être dans le rôle de la victime qui ne fait rien de sa vie, où il ne se passe rien. Mais je pense que c'est aussi important, quand on en a besoin : c'est de l'écoute de soi, être en capacité de demander une aide extérieure.
Émilie : On n'est pas qu'une victime par choix, mais peut-être qu'à certains endroits, je peux être victime d'avoir perdu ma maman très jeune, d'être en deuil à ce moment-là. Je me sens victime, quelque part, d'une injustice, et c'est OK. Mais par rapport au temps, non.
Je suis d'accord avec toi : le statut de victime, il faudrait redéfinir le terme. Mais pour certaines personnes et certaines situations, oui.
Et oui, je peux l'être et demander de l'aide. À la fête des mères, j'ai eu un moment où je n'étais pas au top, où j'avais envie de pleurer, de vivre cette émotion-là. J'avais peut-être un petit côté victime, à définir, encore une fois. Et j'en ai parlé, j'ai demandé de l'aide. On en a justement échangé avec ma meilleure amie, c'est pour ça que c'est frais. Pour certaines situations, ce statut doit être reconnu et accepté, ne pas être négatif. Mais pour le temps, me concernant, non : j'ai du temps, j'ai tout pour moi.
Transformer la douleur en force : le départ de sa maman
Jérémy : Choisis une autre question.
Émilie : La 3.
Jérémy : Si tu pouvais effacer un moment douloureux de ton histoire, ce serait lequel ?
Émilie : Spontanément, j'ai envie de te dire la souffrance de ma maman. Même pas sa mort, parce que ça, ça me concerne directement. La souffrance physique.
Jérémy : Parce que tu l'as vue souffrir ?
Émilie : Oui. Ça a duré cinq ans, son combat. La souffrance physique et psychique. Le combat face à elle-même, intérieurement : elle voulait vivre. Elle n'avait pas ce côté acceptation, « j'ai eu une belle vie ». Elle voulait vivre, pour nous, pour ses petits-enfants, les miens et ceux de mon frère. Ma fille a dormi avec elle alors qu'elle était sous morphine. Ma petite de deux ans dormait avec elle. C'est la souffrance que j'aurais aimé changer. La souffrance chez les autres.
Et peut-être que ça ramène au rapport à la mort aussi. Physiquement, elle souffrait beaucoup, c'était très dur à la fin. Mais la souffrance psychologique, ce rapport à la mort : elle n'avait pas du tout la paix. Pas du tout, contrairement à ce que tu as pu décrire.
Jérémy : Je pense que toutes les histoires sont différentes. Moi, ça faisait dix ans que je m'intéressais à ces sujets de conscience, de connaissance de soi, de comment équilibrer ses émotions, de comment ne pas être dans une dualité malsaine. Donc je n'ai pas de mérite à avoir vécu ça comme ça : c'était le chemin que j'avais commencé.
Émilie : Mais c'est beau, ça t'a empêché pas mal de souffrance. Peut-être que tu en as eu avant ?
Jérémy : Je pense que j'ai souffert pendant 40 ans, et que le mois avant l'opération, et depuis, je me suis beaucoup libéré.
Émilie : Ça doit être bien de se sentir comme ça.
Jérémy : Hier, c'est marrant, je faisais mon organisation de la semaine, mes rendez-vous. J'ai marqué quelques trucs et je me suis dit : « Ah, j'ai plein de temps. » Avant, j'aurais rempli, j'aurais eu des tâches toute la journée. Ça me parle quand tu dis que tu te rends compte que tu as le temps. En fait, j'ai le temps ; c'est juste un choix d'en mettre plus pour combler quelque chose. Et là, ce matin, j'ai marqué « repos », et je le vois comme quelque chose de positif. Je me sens reposé, très à l'aise. Je l'ai noté à plein d'autres endroits, hier soir, et ça m'a fait du bien.
Mission : faire en sorte que les femmes aiment leurs règles
Jérémy : Par rapport à cet événement douloureux, la perte de ta maman, j'imagine que ça a grandement contribué à faire ce que tu fais aujourd'hui. C'est quoi ta conviction profonde ? Pourquoi tu fais ça ?
Émilie : J'en ai beaucoup. Déjà, que le déséquilibre hormonal et ces maladies ne sont pas une fatalité. Et que le premier axe, c'est la connaissance : la connaissance de notre corps de femme, de notre cyclicité, de nos hormones, de nos règles. La première chose, c'est vraiment connaître son corps.
Et je voudrais, ça peut paraître bizarre quand je le dis, que les femmes aiment leurs règles.
Mais d'abord, pour aimer ses règles, il faut qu'elles ne soient pas douloureuses, ni trop abondantes, qu'elles ne créent pas d'anémie. Donc il faut commencer par rééquilibrer. Mais je veux que les femmes aiment leurs règles, aiment leur corps, et soient connectées à leur cyclicité. C'est une force d'être cyclique. C'est magnifique.
Les 3 piliers de l'accompagnement : physiologie, stress et mindset
Jérémy : Tu fais un travail sur l'aspect hormonal, mais aussi sur l'aspect psycho-émotionnel avec les personnes que tu accompagnes.
Émilie : Oui, parce que pour moi tout est totalement lié. Il y a ce côté rééquilibrage hormonal, je ne suis pas médecin, c'est une approche naturelle, en complémentarité de la médecine. Ça, c'est la base : être en équilibre et avoir des connaissances. Et ensuite, j'utilise la gestion du stress, et beaucoup le subconscient et la relation à soi, pour être la meilleure version de soi. Mon accompagnement, c'est l'intersection de plusieurs piliers : la physiologie, la gestion du stress, et un terme que je n'aime pas trop parce qu'il est galvaudé, le mindset. Subconscient, mindset.
Ces trois piliers, ça donne une femme qui s'assume, qui sait qui elle est, et qui prend place. Un positionnement aligné à qui elle est.
Mais j'ai besoin de ces trois piliers.
Jérémy : C'est trop intéressant, Émilie, parce que moi, j'étais photographe, je me suis lancé en 2011-2012. Je fais ce travail-là, puis j'accompagne des photographes, je développe des programmes plutôt business, un peu technique. Et jusqu'à mon opération du cœur, ça avait commencé avant, avec les photographes, je prends conscience que le changement vient vraiment de l'intérieur, avec ce côté qu'on pourrait appeler mindset. Moi non plus, je n'aime pas trop le terme : disons l'apprentissage, la compréhension de soi, la connaissance de soi.
Et je me suis beaucoup posé la question : c'est un travail très mental, émotionnel aussi. C'est pour ça que je garde les séances photo reconnexion, parce que c'est un peu ce que tu dis : il y a ce côté revenir à soi, revenir à son corps. Des photos très nature, des personnes dans la rivière, à hurler, à vraiment extérioriser. Ce côté : je prends vraiment possession de l'être entier, de qui je suis dans mon entièreté, et je sors. Quand tu viens dans le corps, avec les hormones, avec les règles, tu ne peux plus être seulement dans tes pensées : tu viens forcément dans ce que je ressens à l'intérieur de moi, comment j'exprime les choses. Donc ça me parle beaucoup.
L'influence des hormones sur notre identité et nos émotions
Émilie : Il faut avoir conscience de l'influence d'un déséquilibre hormonal sur qui on est. Parce que parfois, on ne sait plus qui on est : si on a un véritable syndrome prémenstruel, qu'on devient hyper irritable, et que dès que les règles arrivent, tout va bien, je supporte tout… on se dit « je suis folle ». C'est pour ça que la connaissance est super importante, tout part de là.
Jérémy : Connaissance physiologique, scientifique, de comment on fonctionne, et connaissance de soi. Parce que je me suis rendu compte à quel point les schémas mentaux, les phrases qu'on se répète de façon inconsciente, vont avoir une influence sur ce qu'on mange, sur qui on est, sur le fait qu'on va faire du sport ou pas.
Émilie : C'est pour ça que j'aime beaucoup travailler avec les neurosciences : c'est un outil incroyable pour se connaître, pour savoir qui on est, et pour voir que l'un influence l'autre. C'est intéressant de se connaître psychologiquement et physiologiquement.
La vie est belle. C'est très prétentieux, mais encore plus quand on est une femme : c'est beau d'être cyclique.
Les dangers de la contraception linéaire : se reconnecter au vivant
Émilie : Pour revenir à ta question de tout à l'heure, un autre combat que j'ai, c'est d'arrêter de couper la femme de ses émotions et de ses cycles avec certains moyens contraceptifs, qui la rendent linéaire. On n'est pas linéaire. Je ne suis pas contre certains contraceptifs, et pour certaines personnes c'est obligatoire.
Jérémy : Ça rend forcément linéaire, la contraception ?
Émilie : Ça dépend duquel, et je ne veux pas aller plus loin, mais tu es coupée de tes hormones. Et il faut savoir que les hormones ont des liens avec les neurotransmetteurs : le GABA, la dopamine. C'est ce qui fait que tu vas être mal ou pas avant tes règles. C'est ce qui fait aussi, côté positif, qu'au moment de l'ovulation tes œstrogènes sont au top. Et ta sérotonine aussi.
Jérémy : C'est comme les femmes enceintes qui sont au taquet.
Émilie : C'est ça, les hormones sont liées. Prendre certains contraceptifs bloque justement ces hormones, pour parler de façon très triviale et rapide. Les œstrogènes, par exemple, sont assez diabolisés, mais c'est magnifique : c'est magnifique pour ta peau, pour tes os, pour ton cœur. Il y a beaucoup de problèmes cardiaques après la ménopause, notamment à cause de la baisse de ces œstrogènes, qui sont importants pour le cœur. Et puis pour ta libido, pour se sentir vivante, au moment de l'ovulation.
Beaucoup de femmes ont été coupées de leurs hormones. J'ai été cette femme-là aussi, coupée de mes hormones par une contraception, alors qu'il n'y avait pas d'autre indication médicale. Je fais la parenthèse : pour certaines femmes, ça va être vraiment nécessaire pour des raisons médicales.
Mais pour tout ce qui est contraceptif, c'est dommage d'être coupée de qui l'on est. De ta nature profonde.
Moi, j'ai 41 ans et ce qui m'attriste le plus… je ne me vois pas vieillir. Je me sens très bien dans mon corps, dans ma peau, j'ai toujours autant d'énergie, on dit qu'à 40 ans on est fatiguée, non, je suis au taquet. Mais j'ai peur de ne plus avoir mes règles. Dans quelques années, je suis dégoûtée. J'aime trop être cyclique.
Jérémy : Tu ne penses pas que quand on n'a plus ses règles, il reste d'autres cycles, que ça se transforme ?
Émilie : Si, j'ai confiance en la vie, en la nature. Là aussi, je travaille sur moi pour être moins extrême. Je pense que la ménopause est une belle période, si on est équilibrée, encore une fois, où il faut accepter de prendre quelques kilos. Et c'est normal, pourquoi ? Parce que dans les cellules adipeuses, dans le gras, tu formes des œstrogènes. Ce sont les œstrogènes que tes ovaires ne fournissent plus : ils sont compensés. Donc prendre des kilos à la ménopause, je veux le dire à toutes les femmes : c'est OK si c'est raisonnable, parce que c'est biologique et que ça a un intérêt pour ta peau, pour ton cœur.
Jérémy : C'est trop intéressant. En moyenne, les clientes qui viennent pour des séances photo ont entre 35 et 45 ans, max. Je pense qu'après, elles n'osent plus. Il y a ce côté : je prends un peu de poids, j'ai des enfants, je n'ai plus le temps, je me sens moins bien dans mon corps… Alors que c'est justement à ce moment-là que la féminité se révèle, qu'il y a ce besoin de revenir à soi.
Émilie : Qui est encore plus fort à ce moment-là.
Trouver son énergie dans l'alignement et la mission de vie
Jérémy : Je prends une autre fiche, tu peux choisir entre 1 et 10.
Émilie : On va faire 2.
Jérémy : Qu'est-ce qui te donne le plus d'énergie dans ta vie ?
Émilie : Je ne me suis jamais posé cette question.
Jérémy : Cette fiche-là porte sur notre singularité. La singularité, pour moi, on pourrait aussi l'appeler zone de génie : ce truc très naturel, très facile. Et j'ai cette conviction que ce qui nous apporte de l'énergie, c'est toujours des choses très naturelles, très connectées à quelque chose de fluide en nous. Probablement des valeurs hautes, quelque chose du domaine de la ressource.
Émilie : Quand j'échange avec les femmes sur ce sujet, ça me donne de l'énergie. J'ai l'impression d'être à ma place, d'être alignée, de faire prendre conscience de choses super importantes. Si je devais le relier à des valeurs, je ne sais pas lesquelles ce serait.
Jérémy : Je trouve ça hyper parlant : pourquoi tu es alignée quand tu es avec ces femmes ? Parce que tu as l'impression d'être dans ta mission.
Émilie : Voilà, je suis à ma place.
Jérémy : De ce que tu m'as dit de ton enfance, ce côté enfant parfait, un peu discret, a probablement créé une sensibilité à l'extérieur. Parce que l'enfant cherche toujours à se connecter à l'autre.
Émilie : Oui, c'est la connexion à l'autre.
Jérémy : Et quand tu es avec tes clientes, il y a cette connexion à l'autre, et probablement aussi ce lien à la mère, à ta mère. D'œuvrer pour que les femmes ne vivent pas…
Émilie : Oui, tu la sauves. On ne va pas aller loin.
Jérémy : Pour moi, les valeurs, c'est ça : l'échange profond avec l'autre, la connexion, le lien que tu crées. C'est ce qui fait que tu te sens à ta place et que cette énergie vient, parce que c'est parfaitement juste.
Émilie : Je suis à ma place, j'ai cette énergie forte, et c'est facile pour moi.
C'est ma mission de vie, ça, je le sens au plus profond de moi.
Après, est-ce que c'est égotique ? Est-ce que c'est l'ego, pour ce sentiment d'accomplissement, le fait d'intéresser les gens ? Parce que j'intéresse les gens avec ce sujet. Je vais loin dans ma réflexion, mais on sait que dans la pyramide de Maslow, l'accomplissement de soi est très important. Mais au-delà de ça, non, pour moi, c'est les relations avec les gens.
Jérémy : L'ego… Pendant longtemps, j'avais ce discours qu'on entend souvent : l'ego, ce n'est pas bien. Aujourd'hui, je suis plus en mode « bas les couilles » : je suis qui je suis. Et si j'ai de l'ego parce que je crois en ce que je fais, eh bien oui, c'est bien. C'est comme pour les hormones : le problème, c'est les extrêmes. Si l'ego te rend sûre de toi, te donne de l'énergie, des convictions, te permet d'être impactante dans ton message, c'est génial. Pourquoi s'en priver ?
Émilie : J'assume d'avoir été bien formée, de savoir de quoi je parle, et d'être passionnée par ça. D'aider les gens et d'être à ma place. Le terme que j'aime beaucoup en ce moment, et que j'utilise pour moi et mes consultantes, c'est l'alignement. Ce sentiment d'être à la bonne place te permet énormément de choses : ça te permet de savoir dire non, d'avoir confiance en toi, de savoir qui tu es.
Parcours de dirigeante et burn-out : devenir sa propre ressource
Jérémy : Tu as le sentiment d'avoir été alignée toute ta vie ?
Émilie : Non, pas du tout. Mais c'est très classique.
Jérémy : C'est quoi les moments les plus désalignés que tu as vécus ?
Émilie : Justement, pour être la petite fille parfaite, je n'ai jamais fait de grosses bêtises. C'est peut-être ma personnalité aussi, mais par exemple, j'ai fait mes études à Aix : mes amis faisaient la fête jusqu'à cinq ou six heures du matin, et moi, à minuit, le taxi me ramenait. Ce n'est pas un désalignement total, mais je pense que c'était dû à cette petite fille parfaite que je voulais rester pour mes parents.
Et peut-être les études aussi. J'ai fait de longues études, j'ai un master de gestion des établissements sanitaires et sociaux. Avant d'être nutrithérapeute, pour reprendre ta question du départ, d'où je viens, j'ai géré plusieurs structures médico-sociales : maison de retraite, services d'aide à domicile, foyer logement, accueil de jour Alzheimer. Et là, j'étais totalement désalignée. Pourquoi ? Parce que j'étais cadre, manager, et que je n'avais aucune autorité naturelle. C'était très dur pour moi, le désalignement était là. Et je tenais. Je tenais, j'essayais d'imposer certaines choses, mais je n'y croyais pas au fond.
J'avais juste envie d'envelopper les gens d'amour, de compréhension, d'empathie. Et non, il fallait que je sois le manager.
Jérémy : Pourquoi tu avais choisi ces études ? Ça me fait penser aussi à un secteur d'aide à la personne.
Émilie : C'était ça, à la base. Je me suis dit : j'ai des capacités cognitives, donc autant être cadre dans le social. Je voulais aider les gens, je fais ce master, comme ça je peux encore plus les aider. Sauf que non : je répondais juste aux services qui étaient au-dessus, j'étais entre les deux, et c'était dur.
Jérémy : Qu'est-ce que ces expériences t'apportent aujourd'hui pour ton activité ?
Émilie : C'est central, parce que même si ce n'est pas sur ce thème, j'accompagne des dirigeantes, et j'ai été dirigeante, et j'ai eu les problématiques qu'elles rencontrent : j'étais au bord du burn-out. Je pensais n'avoir le temps pour rien, je ne savais pas quoi manger, je ne savais pas quoi faire pour être cette femme dirigeante alignée. Je me tournais vers les médecins, qui me proposaient juste un arrêt maladie parce que j'étais vraiment épuisée. Dans chacun de mes métiers, j'étais épuisée. La pharmacienne me donnait des compléments un peu au hasard, j'allais voir le psy, différentes personnes, et il ne se passait rien, à part des arrêts maladie de quelques jours où je culpabilisais énormément. Et j'étais toujours épuisée.
En fait, j'ai créé ce que j'aurais aimé avoir : quelqu'un qui s'intéresse vraiment à la personne.
Avec mes accompagnées, on est main dans la main. Je leur dis : je suis ta personne ressource, je cherche pour toi et je tends vers ton équilibre. J'aurais aimé avoir cette personne qui s'occupe de mon corps et de mon esprit, et qui m'aide à avancer, parce que j'avais beaucoup d'ambition professionnelle à l'époque.
Jérémy : J'ai le sentiment que le métier qu'on choisit, en tout cas quand on commence à avoir un certain âge, un certain recul, est très lié à ce qu'on ne veut plus, à ce qui nous a fait souffrir, à ce qui nous a mis au pied du mur. Je revois souvent ce schéma-là. Toutes les personnes qui me disent se sentir profondément alignées dans ce qu'elles font ont connu une forme de souffrance, ou en tout cas des difficultés, un moment où elles ne se sentaient pas à leur place, où c'était laborieux, douloureux.
Émilie : J'étais en combat.
Jérémy : Et aujourd'hui, ce combat, tu le connais tellement bien parce que tu l'as vécu, que c'est ta force. Du coup, tu es forcément la meilleure personne pour accompagner des gens qui vivent la même chose, avec les formations que tu as. Je dis ça aussi pour les personnes qui cherchent où aller, quoi faire : peut-être se reconnecter à ce qui a été difficile, douloureux, à ce que j'ai réussi à lâcher, à ce que j'ai dépassé. Et ensuite se demander de quelles ressources j'ai besoin, si j'ai besoin de me former dans un domaine, pour aller vers cet alignement. Sur le papier, ça paraît logique : tu fais des études, tu veux une bonne situation, tu choisis quelque chose connecté au bien-être, à la santé, à l'aide aux autres… et ça ne se passe pas comme tu veux. Et finalement, aujourd'hui, tu te réalignes parce que tu connectes plein de petits trucs vécus dans quelque chose qui a beaucoup plus de sens.
Émilie : Donc ça revient à faire confiance à la vie.
Jérémy : Tu as raison.
Émilie : Il n'y a pas de hasard, je ne sais pas s'il y a du hasard ou pas, mais dans ce sens-là, non. On fait confiance aux expériences, ça te permet d'être la personne que tu veux être. On dit souvent qu'à 40 ans, on se redécouvre.
Jérémy : J'ai l'impression qu'on dit ça à chaque âge : à 30 ans, à 50, à 60…
Émilie : Oui. En tout cas, tout ce parcours, moi, je lui donne du sens.
Quel est le but de la vie ? Instant présent et héritage biologique
Jérémy : C'est quoi le but de la vie, tu penses ? Est-ce que la vie a un but ?
Émilie : J'ai envie de te dire : retrouver constamment ces moments de bonheur que j'ai eus quand j'étais petite. Être simplement bien là où tu es. Ça revient au concept de l'instant présent, d'amour : ce bonheur-là, tu es juste bien. Le ressentir le plus souvent possible, ce serait ça.
Jérémy : Pour moi, le but de la vie, il est maintenant, pas après. Il est dans l'instant présent, dans les relations.
Émilie : Et puis, en tant que femme, allons sur le côté biologique et animal. Ça peut être mal perçu, mais je pense qu'il y a ce côté reproduction dans le but de la vie, au niveau physiologique, et que parfois on peut avoir atteint un certain but en ayant des enfants, en étant mère. C'est dur de dire ça par rapport aux femmes qui n'en veulent pas ou qui n'arrivent pas à en avoir, c'est juste ce que je ressens, je ne veux blesser personne. Mais je pense qu'il y a ce deuxième but, d'être mère. Moi, j'ai l'impression d'avoir réussi ma vie, et ça y est. Et ce que je veux, c'est continuer à les accompagner le plus longtemps possible.
Jérémy : C'est hyper intéressant, parce que j'ai écouté un podcast récemment où la personne disait qu'il n'y a pas de sens à la vie dans l'absolu. C'est très animal, comme tu dis : biologique, survie de l'espèce, des mécanismes ancestraux, on se reproduit. Et ça m'a fait réfléchir, parce que l'espèce humaine n'est pas identique à un chat, j'ai des chats, : il y a, j'ai le sentiment, une conscience différente, des capacités différentes. Ce qui était intéressant, c'est qu'il disait que la vie n'a pas de sens, mais qu'en tant qu'espèce humaine, on se met un sens à la vie.
La vie n'a pas de sens, mais en tant qu'espèce humaine, on se met un sens à la vie.
Et je trouve hyper intéressant ce que tu dis sur ces deux phases : d'abord une phase reproduction très animale, où le but est la pérennité de l'espèce, quelque chose de très archaïque. Et ensuite, peut-être, le sens de la vie, intérieur, par rapport à notre vécu, notre histoire, notre parcours, nos expériences, notre environnement, les choses qui nous touchent. Là, il n'y a plus de sens dans l'absolu de la vie physiologique, mais il y a un sens à : qu'est-ce que j'ai vraiment envie de faire, pourquoi je veux œuvrer, qu'est-ce que j'ai envie de mettre en lumière, de transmettre, de changer un petit peu dans le monde.
Émilie : Je n'y avais pas forcément réfléchi, à part au moment de la mort de ma maman, bien sûr, là on se pose des questions sur le sens de la vie. Mais je te rejoins : il y a peut-être plusieurs sens à différents moments. Ce côté un peu animal au départ, où on cherche à se reproduire, à être la meilleure version de soi pour trouver le bon partenaire. Il y a cette chasse effrénée, et c'est un but, quelque part : se marier, avoir des enfants. Et après, passé un certain âge, une fois que ce but est coché, c'est la mission de vie, la connaissance de soi, le fait d'être à sa place.
Jérémy : Ça m'ouvre plein de perspectives, parce que dans ma vision des choses, j'ai cette conviction qu'il y a des choses qui se créent dans l'enfance, la petite enfance, l'adolescence, dans des moments de vie importants, comme pour ta maman, qui viennent marquer les choses plus tard. Et il y a ce schéma où, à un moment, on décide consciemment d'en faire quelque chose. Mais je n'avais jamais relié ça à un côté plus cyclique, hormonal, à un moment de vie qui peut arriver plus ou moins tôt selon les personnes, selon leur histoire.
L'hyper-empathie : une sensibilité transformée en outil de compréhension
Jérémy : Choisis une autre question.
Émilie : Allez, 4.
Jérémy : Quelle qualité as-tu développée grâce à une difficulté vécue ?
Émilie : L'empathie, j'ai envie de te dire directement, par rapport à ma jeunesse. J'ai toujours été hyper empathique, c'est un truc de fou. Mais au point de faire mal.
Jérémy : Comment ça ? Te faire mal à toi ?
Émilie : Oui, ça me fait mal à moi, tellement je me mets à la place de l'autre et que je ressens la douleur de la personne, ou de l'animal, à un point assez extrême. Mais j'ai l'impression que ça s'est un peu coupé avec ma mère, parce que c'est trop dur, trop douloureux.
Jérémy : Elle vient d'où, cette empathie, tu penses ? Tu t'es déjà posé la question ?
Émilie : J'allais dire de mon signe astrologique, parce que c'est souvent ce qu'on dit, mais je n'y connais rien.
Jérémy : C'est drôle que tu dises ça, parce que cet après-midi, j'enregistre un second épisode avec quelqu'un qui fait de l'astrologie.
Émilie : Moi aussi je suis poissons.
Jérémy : Ma femme s'intéressait un peu à l'astrologie : c'est le dernier signe, et il y a apparemment ce côté du poisson qui se faufile un peu partout, une histoire de connaissances universelles dans le zodiaque. Et de mon vécu, je pense qu'il y a ce truc d'essayer de comprendre. Et du coup l'empathie, l'hyper-empathie, l'hypersensibilité : il y a un truc de connexion profonde, ce n'est pas pour rien que je fais ce podcast. Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qui se joue, cette compréhension. Et j'ai l'impression qu'en appui de ton histoire du « il faut être parfaite », ce sont des interprétations, tu me dis si ça ne te parle pas, qui dit parfaite dit peut-être une position un peu en retrait, et ça développe une empathie encore plus importante : une sensibilité aux micro-détails, à toutes ces petites choses.
Émilie : Le terme de sensibilité est totalement adapté au côté empathique, ça va ensemble. Il y a cette sensibilité aux gens, aux animaux, aux situations, mais qui me permet aussi de vite capter les gens et les contextes, de vite comprendre où ils veulent en venir. Cette sensibilité-là est aussi une force.
Jérémy : Tu vois si quelqu'un essaie de manipuler ?
Émilie : Je le vois, je le sens. Et je ne trouve pas ça forcément négatif : je me dis qu'il doit avoir ses raisons, et j'essaie de comprendre pourquoi la personne voudrait manipuler.
Jérémy : Ça vient d'où, ce truc ? Je sens que tu es très inclusive : si tu sens que quelqu'un est dans la manipulation, tu ne partes pas du principe que c'est négatif, tu te dis qu'il le fait pour une raison. Je trouve ça sage.
Émilie : J'allais dire spontanément un truc peut-être extrême, mais…
Je suis amour. On est amour.
Alors pas tout le temps, je suis humaine avant tout. Et je trouve ça un peu perché et prétentieux de le dire, mais je l'ai dit.
Jérémy : C'est dit, et c'est enregistré !
Émilie : J'ai ce côté-là naturellement, au fond de moi, depuis toujours, je pense. Et toi, tu as quelle croyance ? Est-ce que tu penses que notre caractère se forge dans l'enfance, par rapport à notre environnement, ou est-ce qu'il y a quelque chose d'inné ?
Jérémy : Inné, acquis.
Émilie : Voilà. Moi, j'ai aussi fait des études de sociologie à la fac, donc honnêtement, je pense qu'il y a les deux. Autant d'inné que d'acquis. Et que plus le temps passe, moins l'inné est important : c'est l'acquis et les expériences de vie.
Jérémy : Parce qu'on se coupe de l'inné, ou parce que c'est juste comme ça ?
Émilie : Parce qu'il y a de plus en plus d'acquis. Je n'ai pas analysé plus que ça, mais je pense qu'il y a les deux. Il y a un certain déterminisme, dû aussi au contexte, à là où on vit, à l'entourage. C'est important.
L'importance vitale du cocon amical et de la sororité
Jérémy : Tu fais attention à ton entourage ?
Émilie : J'ai envie de dire pas vraiment, parce que je connecte vite avec les gens. Mais j'ai de belles amitiés, très fortes, très profondes. Je suis très bien entourée, et surtout de femmes. J'aime les femmes, j'ai besoin d'elles, encore plus maintenant que j'ai perdu mon double. Je n'ai pas de belle-mère non plus, partie de la même maladie, à peu près. Je n'ai pas de sœur. Je me sens parfois un peu malchanceuse de ce côté-là, parce que j'aime les relations avec les femmes. Du coup, je me suis fait un cocon : j'ai des amies incroyables, qui sont là depuis toujours, qui me portent, qui ont confiance en moi, qui me tirent vers le haut. Et je fusionne vite avec les gens.
Jérémy : Je vois très bien, je suis un peu comme ça.
Émilie : Parfois j'essaie de mettre de la distance, mais il faut que j'arrête de faire ça. Il y a quelques mois, je me disais : « J'ai trop de gens dans ma vie. » Mais en fait, non.
Jérémy : Quand je dis entourage, il y a aussi le côté : est-ce que tu te dis « ces personnes-là ne m'aident pas à aller où j'ai envie d'aller, donc je vais m'en éloigner » ?
Émilie : Pas de calcul business, pas du tout, ça non. Mais si je ne sens pas la personne, là oui, elle sort de ma vie.
Jérémy : Pourquoi les femmes, pourquoi autant ?
Émilie : Parce qu'elles me manquent, je pense. Maintenant, quand je pars en vacances, il y a mon mari, mes enfants, et souvent on y va avec mon beau-père, mon père et mon frère. Je suis la seule femme, et je trouve ça dommage : cette présence féminine me manque. Heureusement, une de mes meilleures amies, Isabelle, part très souvent en vacances avec nous, avec ses enfants : on est allés en Corse, en Italie, sur la côte basque.
J'ai un beau cocon. Pour mes 40 ans, j'ai été gâtée, c'est incroyable. Ma meilleure amie, Anaïs, m'a offert une semaine sur le chemin de Compostelle.
Jérémy : Incroyable.
Émilie : Et au-delà du cadeau, le fait de l'avoir préparée… Je sais ce que ça lui a coûté en termes de temps, justement, parce qu'elle n'en a pas : elle a cinq semaines, elle doit gérer ses enfants. Le fait d'avoir pris ce temps pour moi, cette reconnaissance, et de partir une semaine comme ça à marcher, ça m'a chamboulée.
Je suis très gâtée par les femmes autour de moi, que je connais depuis que j'ai 4 ans. Des amitiés qui durent. Elles me soutiennent, elles croient en moi, elles allaient voir ma mère à l'hôpital. C'est un beau noyau dur.
Jérémy : Je trouve ça fascinant, parce que souvent, quand il nous manque quelque chose, certaines personnes restent dans l'histoire qu'elles se racontent, dans le manque, un peu ce que tu disais sur la victimisation. Et elles ne se rendent pas compte que ce sont toujours des vases communicants : d'un côté, tu n'as pas la figure maternelle, ni ta belle-mère, mais en fait ça se compense avec des amies que tu dis incroyables.
Émilie : Elles sont incroyables.
Les moments les plus vivants : maternité et connexion profonde
Jérémy : J'ai une autre carte, avec des questions un peu plus approfondies. Choisis un numéro entre 1 et 10.
Émilie : 5.
Jérémy : À quel moment de ta vie t'es-tu sentie la plus vivante ?
Émilie : L'image qui me vient spontanément, c'est tellement ça : les accouchements, ou l'allaitement, quand j'allaitais mes enfants.
Jérémy : Pourquoi ?
Émilie : Là, on parle d'instant présent plus plus plus. De bonheur, d'alignement, de vie, de connexion. Plus en termes de connexion à l'autre, à un enfant que tu allaites. Là, on répond de façon très spontanée, pas réfléchie, et spontanément, ce sont mes enfants qui me sont venus en tête. L'allaitement a été magnifique, une expérience incroyable. Je recommande à toutes les femmes d'allaiter.
Jérémy : Tu as bien vécu tes grossesses, donc. Parce que j'ai déjà discuté avec des amies : beaucoup de femmes peuvent mal vivre leur grossesse, à cause du dérèglement que ça procure, du changement corporel, ou même l'allaitement, avec une impression de perte de soi, de sacrifice vis-à-vis de l'enfant. Comment tu as vécu les choses, toi ?
Émilie : Ma première grossesse, pour moi, c'était juste incroyable, de porter la vie. À chaque fois que j'allais travailler, en partant de chez moi, je voyais au loin la Bonne Mère, Marseille, et je me souviens de ces moments : je me disais « c'est incroyable, j'ai la vie en moi ». Donc je le vivais très bien. J'ai été stressée, par contre, parce que je les aimais déjà trop, mes enfants. Dès que j'ai su que j'étais enceinte, j'étais stressée et heureuse en même temps : stressée parce que trop d'amour, peur de les perdre.
La deuxième grossesse a été un peu plus compliquée, puisqu'on a appris la récidive de ma maman quand j'étais enceinte de mon fils. Ça a été dur, encore une fois. Mais les accouchements se sont super bien passés. Naturels, très douloureux, mais incroyables, magnifiques. Ce sont des moments dont je ne me remets pas.
Et les allaitements se sont bien passés parce que je les ai anticipés. Je suis quelqu'un de ponctuel, avec peut-être un côté stressé et rigide qui ne transparaît pas mais qui est là. J'ai bien préparé mon allaitement : j'ai consulté une conseillère en lactation, j'ai pris des cours d'allaitement avant d'accoucher. Du coup, après, c'était facile, je savais comment faire. Et c'était une personne ressource, j'aime bien ce terme, que je veux être aussi pour les femmes que j'accompagne. Elle était là, disponible sept jours sur sept jusqu'à 22 h : si tu avais un souci de crevasse, d'engorgement, elle était là. Et je faisais aussi des réunions d'allaitement : j'invitais des dames dans mon salon, on était toutes là avec nos bébés, et on parlait.
Jérémy : C'est fou : tu as pris tous les moments les plus kiffants de ta vie…
Émilie : Et j'en ai fait des rencontres.
Jérémy : Et aujourd'hui, c'est ce que tu fais, ce que tu transmets.
Émilie : Oui, parce que je fais aussi des conférences, pour parler de l'énergie du cycle. Et dans ces moments-là, ce que les femmes apprécient le plus, c'est de parler de leur expérience, de leur rapport au corps, au cycle, aux règles. C'est nécessaire. Avant, je le faisais avec l'allaitement, et c'était merveilleux.
Apprendre à dire non et accepter son imperfection
Jérémy : Je choisis une autre question. Quelle part de toi as-tu longtemps rejetée, mais que tu commences à comprendre, à accepter aujourd'hui ?
Émilie : J'ai l'impression d'avoir toujours été assez consciente de moi, de qui je suis et de toutes mes parts… Attends, il y a des choses qui viennent : la part de la femme pas parfaite, et qui dit non. Accepter de ne pas être parfaite, tant que je suis moi-même, tant que je suis alignée.
Jérémy : Ça, pendant longtemps, tu ne l'as pas accepté ?
Émilie : Toujours avec cette hyper-empathie : par peur de faire mal aux autres, je me faisais du mal à moi. Si je n'avais vraiment pas envie de sortir, fatiguée, et j'étais tout le temps fatiguée quand j'étais cadre sup, tout me paraissait une expédition, prendre la voiture ou autre, j'y allais quand même, pour être loyale.
Jérémy : Pourquoi tu t'appliquais ça ?
Émilie : Parce que je voulais être parfaite, aux yeux des autres surtout. Être loyale : j'ai dit un truc, donc je le fais. Maintenant, ce n'est plus le cas, et si je dois être rejetée, je suis rejetée, c'est OK.
Jérémy : Ça m'intéresse de comprendre la transition. Quand tu voulais être parfaite, qu'est-ce que tu attendais ? De l'amour ? De la reconnaissance ?
Émilie : Je pense que c'est le besoin d'être aimée.
Jérémy : Et comment tu es passée à « maintenant je m'en fous » ?
Émilie : Je pense que je me suis rendu compte de la valeur que j'avais et de tout l'amour que j'avais autour de moi. Ce sont des preuves : la présence de mes amis, de mon mari aussi, à quel point il a confiance en moi, à quel point il croit en moi, en tout ce que je fais, à quel point il me soutient. Et mes amis, c'est pareil, ils me tirent vers le haut.
Donc j'ai cet amour, je l'ai. Plus besoin d'aller en chercher ailleurs.
Jérémy : C'est le sentiment de te sentir, à un moment, suffisamment comblée pour qu'il n'y ait plus rien à aller chercher.
Émilie : Je sais qui je suis et ce que je vaux, maintenant.
Jérémy : Ça me parle, j'ai eu ça après l'opération : j'ai eu une vague d'amour inconditionnel comme je ne pensais pas qu'il pouvait exister. Et ça a eu cet effet : avant, quand j'allais chercher les enfants à l'école, si j'avais fait des travaux ou du sport, je mettais un coup de lingette, je me changeais. Maintenant j'y vais, je suis comme je suis, et je n'en ai vraiment rien à foutre de ce que les personnes vont pouvoir dire ou penser. Quand tu sens que l'amour est déjà là et que tu n'as plus besoin de le rechercher, que tu es comblé… et en fait, c'est le cas pour tout le monde.
Émilie : Et je sais ce que je vaux, je sais qui je suis, je ne me remets plus en question. J'ai perdu une amie, et je ne sais pas pourquoi. Ça va faire trois ans : plus de nouvelles, et je ne sais pas exactement pourquoi.
Jérémy : C'était une amie très proche ?
Émilie : Très proche, vraiment. Ça a été, je crois, le deuxième traumatisme après ma mère, parce que pour moi les amis, c'est super important. Je n'ai pas compris, je n'ai pas d'explication, et je n'en aurai plus maintenant. J'ai été en souffrance pendant des mois, en véritable souffrance, en remise en question. Et aujourd'hui, je m'en fous. Je ne lui souhaite pas de mal, mais au-delà de « je ne la connais pas », elle est transparente maintenant, parce qu'elle m'a fait beaucoup de mal, sans que je sache pourquoi. Et je reste quelqu'un qui a une fierté, qui sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas. Ça, je n'en veux plus. Ça a été gratuit. Je ne suis pas parfaite, comme si je voulais l'être, mais quand même, je connais le savoir-vivre. J'ai beaucoup donné. Je sais ce que je vaux, et stop.
Message final : la cyclicité est un pouvoir, pas une fatalité
Jérémy : Émilie, on arrive à la fin de l'interview. Est-ce qu'il y a un sujet, une thématique, quelque chose que tu aimerais aborder, où tu te dis : « Je ne veux pas partir d'ici sans avoir transmis ce message » ?
Émilie : Encore une fois, c'est sur cette féminité. C'est magnifique d'être une femme, et j'ai envie de le crier sur tous les toits : être une femme connectée à toutes les parties de son corps, vraiment à son esprit et à ses hormones. Je veux que les femmes se disent qu'avoir mal pendant les règles, souffrir, ce n'est pas une fatalité. Il y a des choses à faire.
Jérémy : Ce n'est pas normal.
Émilie : Ce n'est pas normal. Il y a vraiment des choses à faire, et je veux que les femmes soient un peu plus connectées à qui elles sont.
Parce que c'est un pouvoir d'être cyclique. C'est un pouvoir, c'est une chance.
Jérémy : C'est un pouvoir qui apporte quoi ?
Émilie : De la confiance en soi, de l'énergie, de la motivation. Je vais jusque-là, parce que ce cycle menstruel est lié aux neurotransmetteurs, donc ça apporte beaucoup. Il faut qu'on arrête de nous couper de tout ça, c'est juste inadmissible. Pour le plaisir de certaines personnes, je ne sais pas… Être une femme, c'est beau ; avoir ses règles, c'est magnifique ; être cyclique est une force, et je voudrais que les femmes le conscientisent un peu plus.
Je voudrais que, comme moi, les femmes se disent que le premier jour des règles, c'est comme un 1er janvier ou un 1er septembre. Moi, quand mes règles arrivent, je suis trop contente : pour moi, c'est un nouveau mois qui commence, une nouvelle année, avec ses différentes phases d'énergie. Dès le premier jour, je sens que ça commence à monter, je commence à être requinquée. Et je veux que toutes les femmes ressentent ça, ressentent chaque sensation du corps, parce que ce sont des messagères puissantes.
Jérémy : J'ai l'impression que tu arrives à être beaucoup dans le corps. C'est un truc que je vois souvent dans les épisodes avec mes invités : à un moment, il n'y a pas d'autre choix que de revenir au corps, de revenir à soi. Quand tu parles de « je sens, je ressens », tu fais le geste et ça part de toi. Tu as toujours été connectée à ton corps ?
Émilie : Non, pas du tout, justement. Et ce sont des années perdues, je le regrette. Je me dis que ma fatigue venait peut-être de là aussi : un contraceptif qui n'était pas adapté à moi et qui me coupait de mes émotions. Alors que les émotions, moi, j'aime les émotions.
Jérémy : Est-ce qu'on peut ressentir ses émotions, ressentir son corps, avec un contraceptif qui nous en coupe ?
Émilie : Différemment, je pense. Je ne suis pas médecin, je ne sais pas exactement jusqu'où ça va. Et encore une fois, pour certaines personnes, c'est ultra nécessaire, pour des pathologies, l'endométriose, etc. Je laisse les médecins gérer ça. Mais être cyclique nous permet de belles émotions.
Les émotions, c'est ça qui change tout, et qui fait que tu as envie de vivre et que tu as de l'énergie.
Donc je veux que toutes les femmes soient reconnectées à elles. C'est ce mot-là : c'est l'amour pour les femmes.
L'origine : aller au fond des choses pour se trouver
Jérémy : Le podcast s'appelle « Origines ». Ça t'évoque quoi, le mot « origines » ?
Émilie : Spontanément, aller au fond des choses, et c'est ce qu'on a fait, là, plus ou moins. Ne pas rester en surface et aller à l'origine de qui on est et de pourquoi.
J'ai envie de dire que l'origine, c'est qui et pourquoi. Pourquoi on fait certaines choses.
C'est super intéressant. Moi, je me suis sentie très à l'aise, en fait. Et je le savais, que ça allait bien se passer, que ça allait se dérouler. Alors merci.
Jérémy : Merci à toi, Émilie. Les personnes qui veulent te retrouver, voir ce que tu fais, peut-être prendre des consultations pour travailler sur l'aspect hormonal, psycho-émotionnel, elles vont où ?
Émilie : Sur Instagram ou LinkedIn, simplement « Émilie Claquin », et vous me trouverez. Ce sera avec plaisir : j'aime beaucoup échanger et partager des informations primordiales sur la femme en général.
Jérémy : J'adore. Merci beaucoup, Émilie.