ORIGINE

L’IA va remplacer 95 % des métiers (et personne n’est prêt)

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Le Laboratoire Origine

Un accompagnement collectif de 3 mois

Pour comprendre ce qui te freine, retrouver une vision claire de ce qui est juste pour toi, et repartir avec une méthode que tu pourras réutiliser toute ta vie.

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L’intelligence artificielle n’est pas qu’un outil de productivité. Elle marque aussi une rupture profonde et rapide dans l’histoire de l’humanité.


Dans cet épisode du podcast Origine, j’échange avec Amaury, expert en technologies et en IA, sur ce que l’intelligence artificielle est en train de transformer dans nos vies comme le travail, l’éducation, le rôle des parents, et même le sens de l’existence humaine.


On parle de :

– La disparition massive des métiers intellectuels

– Le futur du travail et du revenu universel

– La fin de la création de valeur telle qu’on la connaît

– Le rôle de l’IA comme “second cerveau”

– Comment préparer nos enfants à un monde dominé par l’IA

– Pourquoi l’éducation est l’enjeu central des prochaines décennies

– Le risque d’une humanité déconnectée de sa zone de génie


Ce n’est pas un épisode qui se veut optimiste ou pessimiste.

C’est un épisode lucide dans lequel on se penche sur ce qui arrive en fonction des connaissances et des éléments que l'on a à notre disposition aujourd'hui.


🎧 Si tu es entrepreneur, parent, créateur ou simplement en quête de sens dans un monde en mutation, cette conversation va te faire réfléchir profondément.


👤 À propos de moi

Je m'appelle Jérémy, je suis coach introspectif pour entrepreneurs et créateurs.

J’explore à travers ce podcast les thèmes de l’identité, de l’origine, des blessures et de la zone de génie, pour aider chacun à se comprendre en profondeur et avancer avec plus de justesse.


🎙️ Origine, c’est en quelque sorte un nouveau départ. Une invitation à revenir à ce qui t’a construit avec les années pour avancer plus librement.


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Le texte complet de cet épisode, reformaté

Introduction à l'IA et à l'innovation technologique

Jérémy : Bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, je suis avec Amaury, un très bon ami : on se connaît depuis une quinzaine d'années, peut-être plus. Ça me tenait à cœur qu'il vienne dans le podcast parce que, pour moi, c'est l'un des spécialistes que je connais dans le domaine de l'IA, des technologies, et aussi du biohacking — tous ces domaines un peu avant-gardistes.

Dans ma communauté, beaucoup de personnes prennent conscience que l'IA prend une part de plus en plus importante dans nos vies. Beaucoup l'utilisent, principalement via ChatGPT. Mais il y a des enjeux sociétaux, des enjeux d'éducation, énormément d'enjeux. Et comme on a souvent des discussions sur le sujet tous les deux, par messages interposés, je me suis dit : allez, on fait un épisode, et on va vraiment au cœur du sujet. Amaury, est-ce que tu peux te présenter ?

Amaury : Merci Jérémy pour l'invitation. Vu qu'on parle d'origine, commençons par l'origine : étant gamin, je voulais être inventeur. J'ai plongé très rapidement dans la technique. Ma mère m'avait inscrit au club électronique au collège, et là, j'ai découvert la vie. J'ai commencé à inventer plein de petits trucs. Je rentrais le soir, j'avais un petit atelier dans la maison, et j'inventais : des alarmes pour que mes sœurs n'entrent pas dans ma chambre, des trucs de gamin, mais des trucs qui ont vraiment été l'étincelle de toute ma carrière.

Naturellement, je suis passé de l'électronique à l'informatique quand j'étais ado, puis j'ai fait mes études en informatique. Dix ans en tant que formateur, et dans le milieu bancaire aussi, où j'ai géré des ingénieurs qui développaient des applications. Et j'ai sauté à pieds joints dans l'entrepreneuriat en 2012. D'ailleurs, c'est un peu avant ça qu'on s'est rencontrés : tu étais l'un des bêta-testeurs de ma toute première start-up, en 2011-2012.

Première start-up, premier échec. C'est là que j'ai vraiment appris que, pour cette toute première aventure, je n'avais ni la connaissance, ni les compétences, ni le réseau, et surtout pas l'état d'esprit pour réussir.

Ça a été une des plus grosses leçons de ma vie, et en même temps, je suis ressorti plus fort.

À partir de là, j'ai commencé à faire ce pour quoi j'étais le meilleur : j'ai créé une activité de CTO Services. CTO, c'est le Chief Technical Officer, le directeur technique des start-ups — autrement dit, celui qui va créer les produits. J'ai commencé à aider les start-ups autour de moi en vendant mon temps en freelance.

Parcours d'Amaury et son intérêt pour la technologie

Jérémy : Ce qui m'intéresse, c'est de comprendre pourquoi tu en es arrivé là. Parce que je te connais bien, et je sens ce côté très inventeur. J'ai l'impression que ce qui te nourrit profondément, c'est d'avoir des idées, de les inventer — et pas juste dans ta tête : de les mettre en place. Tu as créé beaucoup de choses. C'est quoi l'origine de cette passion ?

Amaury : Me concernant, je n'ai peut-être pas fait suffisamment le travail sur moi-même pour répondre précisément, mais je pense que l'humain, de toute façon, est un créateur. Il est là pour créer, c'est dans notre ADN.

Étant gamin, j'ai eu la chance d'avoir tous les Legos qui allaient bien, la liberté de créer. Et comme j'avais des sœurs plus jeunes que moi, j'étais un peu seul : tu es livré à toi-même, tu inventes, tu crées. C'est comme ça que ça a dérivé. J'avais aussi un grand-père qui bricolait beaucoup, je le regardais faire, et ça t'inspire.

Je pense que l'environnement dans lequel on grandit nous inspire, et crée l'humain qu'on devient à l'âge adulte.

Je n'ai pas cherché plus loin, mais globalement, je pense que c'est de là que ça vient.

L'impact de l'IA sur les startups et l'entrepreneuriat

Jérémy : Entre 2012, quand tu crées ta première boîte, et aujourd'hui — 2025, voire 2026 quand sortira l'épisode —, j'ai l'impression qu'il y a un fossé technologique. Quelle évolution as-tu vue, et surtout qu'est-ce qui s'est transformé ces trois ou quatre dernières années avec l'arrivée des IA ?

Amaury : Il y a en effet un monde. Pour terminer l'introduction : j'ai attaqué en tant que directeur technique il y a plus de dix ans, et depuis, j'ai accompagné plus de 600 start-ups sur des projets très divers. De l'intelligence artificielle, évidemment, de la blockchain, de la robotique, de la réalité augmentée, de la réalité virtuelle… À partir du moment où il y a un composant logiciel, j'ai à peu près tout fait.

Et globalement, on voyait les choses progresser de manière quasiment linéaire jusqu'en 2022, jusqu'à la sortie de ChatGPT. Mon business progressait de la même manière : les technologies évoluaient, il y avait ce qu'on appelait le no-code, un mouvement qui a été très important dans le monde de la start-up, et qui l'est encore un peu aujourd'hui, mais qui est en train de se faire clairement grignoter, voire bouffer par l'IA.

Et là, en 2022, la sortie des LLM, les Large Language Models — autrement dit ChatGPT et ses équivalents — a apporté une certaine réflexion. Et cette réflexion, pour en revenir à ce que je disais tout à l'heure, c'est un bloc de Lego. C'est encore un bloc de Lego, et on est en train de se rendre compte de quel magnifique assemblage on peut faire avec ces composants-là.

Je peux parler rapidement de ce sur quoi je bosse actuellement. J'ai deux projets. Le premier, c'est une organisation virtuelle à base d'agents IA. Parce que le monde de la start-up a radicalement changé : aujourd'hui, au lieu d'embaucher des personnes, des stagiaires, des alternants — des choses que j'ai faites pendant des années —, on arrive à un monde où on peut être solopreneur et avoir l'équivalent d'une équipe de deux, trois, quatre personnes qui bossent pour soi.

Jérémy : C'est exactement l'enjeu dont je te parlais, parce que parmi les personnes qui nous écoutent, il y a beaucoup de solopreneurs, et même des salariés — parce qu'en réalité, quand tu es salarié, tu peux l'utiliser aussi. J'ai l'impression qu'il y a cette bascule entre « je devais faire appel à un freelance, avoir des équipes, ou me débrouiller seul en passant des heures » et un accès à l'information et à des compétences beaucoup plus rapide.

Amaury : Il y a un impact direct sur le service qu'on allait chercher ailleurs : un designer, quelqu'un pour nous interviewer, pour écrire des articles de blog, etc. Tout ça, on a l'impression que c'est le siècle dernier, mais non : c'est 2023, c'est 2024, les années qui viennent de passer.

Moi, j'ai payé pendant des années et des années des assistantes pour m'interviewer, pour écrire des articles de blog, pour créer la trame de mes vidéos YouTube. Il n'y a plus besoin, parce que le LLM le fait mieux, et le fait 24 heures sur 24. Et quand c'est bien utilisé, on peut avoir des moments de réflexion qui sont juste extraordinaires. En mode vocal, en allant marcher, on discute : « voilà, je veux écrire un article, je veux faire ci, je veux faire ça, pour telle audience ». Évidemment, il faut utiliser ça avec un GPT qui connaisse un peu qui on est, qui soit un peu entraîné — et c'est accessible à tout le monde. Il suffit de créer un GPT, de lui dire « voici mon business », puis « le but de cette discussion, c'est de faire ceci ». Et là, on peut partir dans des réflexions profondes, très techniques, très pointues. Pour de la production de contenu, c'est juste extraordinaire.

Les agents IA et leur rôle dans l'organisation du travail

Amaury : Pour l'invention, je repars sur le projet d'organisation virtuelle : c'est d'avoir des agents IA pour chaque rôle. Aujourd'hui, on est noyé par une quantité d'outils qui, certes, permettent de créer des petites vidéos avec un prompt — on peut tout faire avec des prompts —, mais tout est bordélique. C'est ma vision, en tout cas. On a tellement de choses qu'on est complètement noyé par les possibilités, alors que dans les faits, pour avoir quelque chose de A à Z, c'est très compliqué. Tu vas passer plus de temps à comprendre comment un outil fonctionne et ce qu'il peut t'apporter, et à peine tu commenceras à savoir t'en servir qu'il y en aura un autre de sorti, meilleur.

L'humain n'a pas le temps de s'adapter à une technologie qu'elle est déjà dépassée. Et je pense que ça résume la transition qui est en train de se passer.

Avec ce constat, je me suis dit : moi-même, qui suis là-dedans et qui me sens dépassé alors que c'est mon métier, j'ai besoin d'un cadre un peu plus macro. Donc de créer une équipe, avec des agents IA capables de se déléguer les choses, de communiquer entre eux, et d'avoir au cœur même de mon équipe la donnée. Quand je dis « la donnée », c'est parce que je suis informaticien, mais ça veut dire : qu'est-ce qu'on fait, quelle est notre âme, quelle est notre mission, quelle est notre vision, quels sont les personas à qui on s'adresse. Toute cette donnée, bien structurée, va être l'identité de mon entreprise.

Jérémy : Je peux juste te demander de préciser ce qu'est un agent IA, pour les personnes qui ne sauraient pas ?

Amaury : Un agent IA, c'est un bout de logiciel capable d'exécuter une série d'actions et de prendre des décisions. Quand on utilise ChatGPT, on lui pose des questions, on le nourrit éventuellement, mais globalement on a une entrée et une sortie : c'est assez linéaire. Un agent IA va pouvoir faire plus que ça.

Par exemple : première étape, il va créer un article de blog. Deuxième étape, il va être capable d'évaluer cet article sur cinq ou dix critères. Puis de dire : « corrige les éléments qui ne correspondent pas au niveau de qualité souhaité ». Et donc on a une boucle qui va tourner trois ou quatre fois, avec une limite qu'on peut fixer. Au lieu de dire à ChatGPT « crée-moi le meilleur article de blog », on crée un algorithme qui va améliorer l'article jusqu'à ce qu'il atteigne le niveau de qualité souhaité. On reproduit une logique d'apprentissage : j'ai besoin de telle sortie, à tel niveau de qualité.

Ce sur quoi je travaille, ce sont des agents qui connaissent mon entreprise, qui ont évidemment la connaissance du monde entier — celle du LLM classique, de ChatGPT, d'OpenAI et autres — et à qui je vais pouvoir donner des instructions pour exécuter une tâche. Mais la différence, aujourd'hui, c'est ce que tout le monde appelle des playbooks dans mon domaine : des procédures à suivre. Ça, je vous recommande de le faire. Si vous commencez à utiliser ChatGPT, créez des instructions, des prompts du type : étape 1 tu fais ci, étape 2 tu fais ça, étape 3 tu fais ça. Comme ça, on suit bien. Et il arrive même maintenant à dire : « étape 4, réévalue s'il y a des choses à améliorer », donc il peut faire de petites boucles d'amélioration. Il commence à devenir quasiment un agent.

Et nos procédures, aujourd'hui, on les extrait de quoi ? D'un influenceur qu'on a regardé sur YouTube, d'un post qu'on a vu sur Instagram. Parce qu'on emmagasine une quantité d'informations qu'on n'est pas capable de délivrer. Le but de ce sur quoi je travaille — encore en phase de R&D —, c'est de créer cette mécanique : « telle chaîne YouTube, telle vidéo, tel contenu, tu me le mets dans ta base de données, tu me le transformes en procédure ». Et une fois que c'est transformé en procédure, tu as assez de connaissances pour que, si je te demande demain de me créer un post LinkedIn, tu ailles chercher tous les meilleurs tips des vidéos que je t'ai envoyées et que tu suives la meilleure procédure possible pour exécuter ma tâche.

Là, on revient à un vrai agent, qu'on va entraîner avec de la donnée que l'on a sourcée nous-mêmes, qui est pertinente pour nous. On crée une mécanique d'apprentissage.

Le vrai but, ce n'est pas simplement d'utiliser le LLM et ce qu'OpenAI met dedans, c'est de créer notre propre agent.

Et pas simplement avec nos données dans lesquelles on peut rechercher — ce qu'on appelle le RAG, une base de données interrogeable. Ça, pour moi, ce n'est que la base. Il faut aller plus loin : il faut enseigner des procédures, des pratiques, des choses à faire à notre agent IA. Désolé pour les explications très techniques.

L'avenir des métiers créatifs face à l'IA

Jérémy : C'est hyper intéressant, parce qu'on en a souvent parlé tous les deux. J'ai l'impression que tu ne vois pas l'IA comme un puits de connaissances sans fond dans lequel on puise, en se sentant un peu dépassé, mais beaucoup plus comme un second cerveau. Avec cette idée : le but n'est pas qu'elle me remplace, c'est qu'elle me rende plus performant, plus productif, qu'elle soit connectée à ma manière de faire, à ma vision, avec une connaissance que je n'ai pas.

Amaury : En fait, l'IA est un levier. Un levier à tous les niveaux. Pour créer un article de blog, c'est le truc le plus simple. Mais demain, pour diriger une entreprise. Les paris sont ouverts chez Mark Zuckerberg et les grands de ce monde : qui sera la première entreprise à faire un milliard de chiffre d'affaires avec une seule personne, un seul humain ?

C'est le but, et ils savent que ça va arriver. Ils ne savent pas si c'est 2026, mais ils savent que c'est entre un et cinq ans. Et ce sera la personne qui saura le mieux articuler ces agents, et les concevoir pour reproduire ce qu'elle ferait elle-même.

À notre échelle — et je nous englobe tous, parce que je ne serai pas cette personne —, notre but aujourd'hui, c'est d'utiliser des outils IA pour de petites tâches, et au fur et à mesure de cascader ces petites tâches pour améliorer notre productivité. Pas de chercher la perfection en voulant le tout dernier cri en permanence, parce qu'au final on ne fait rien. C'est plutôt : j'ai un besoin, je l'exécute, et next, je passe à un autre besoin.

Jérémy : Ça ressemble à quoi, pour toi, la vie d'un graphiste en 2035 ? Je prends le graphisme parce qu'il y a un enjeu énorme avec la génération d'images. Est-ce que, dans ta vision, des métiers ancrés depuis des décennies vont disparaître ? Ou est-ce qu'ils vont se transformer ? Si mon activité, c'est d'être sur Photoshop toute la journée parce que j'adore créer, est-ce que ça va complètement disparaître parce que les gens pourront le faire eux-mêmes ? Est-ce que ce sera plutôt un rôle de directeur artistique qui chapeaute des agents IA, un relais entre le client et les automatisations ?

Amaury : Je vais essayer d'être le plus objectif possible, avec une vision certainement biaisée et qui reste de la spéculation. Mais je pense que le métier n'existera quasiment plus. Non pas parce qu'il n'est pas nécessaire :

Le vrai cœur de métier sera d'aider les gens à exprimer leurs besoins.

Aujourd'hui, un graphiste vend son service à la boulangerie du coin, au supermarché, à telle ou telle activité locale. Demain — dans dix ans —, ces petites activités auront pris l'habitude de demander à une IA : « j'ai besoin de revoir mon branding, j'ai besoin d'un logo, j'ai besoin de faire ceci ». Il y a déjà plein d'outils qui le font aujourd'hui, pas forcément accessibles à tous, mais ça commence à être sympa, et ça crée des choses.

Donc l'humain va être de plus en plus nécessaire dans l'expression du besoin, dans le fait de savoir quoi demander. Mais pas dans la réalisation. La réalisation, dans dix ans, on sera moins bons sur beaucoup, beaucoup, beaucoup de domaines.

Les enjeux sociétaux de l'IA et la transformation du travail

Jérémy : Les enjeux sociétaux, pour toi, c'est quoi ? C'est arriver à intégrer pleinement ces outils dans nos activités, avoir conscience de l'importance de se réinventer, développer les skills plus humains — une forme d'empathie, une forme d'accompagnement ? Tu penses que c'est ça l'enjeu, ou ce sera autre chose ?

Amaury : Très sincèrement, je n'ai pas la réponse. J'essaie de l'anticiper parce que je suis dedans toute la journée, et je me fais influencer par des gens meilleurs que moi, beaucoup aux États-Unis, qui voient un peu les choses. Encore une fois, on est sur de la pure spéculation, et c'est facile de sortir un gros truc. Je vais quand même donner mon avis, même s'il n'est malheureusement pas ultra positif.

De mon point de vue, on est à la révolution des cols blancs. Ce ne sont pas mes propos, mais il y a eu la révolution des cols bleus il y a 150 ans, avec l'industrialisation.

Aujourd'hui, les professions intellectuelles sont en passe d'être remplacées à 95 %, et je dis ça en moins de dix ans.

Donc je pense qu'on va avoir un vrai problème, qui est en fait un luxe : l'humain n'a plus besoin de travailler. On avait le même luxe il y a cent, cent cinquante ans avec la révolution industrielle.

Jérémy : C'était un peu l'enjeu du fordisme, de dire que l'avancée technologique allait faire que les machines remplaceraient certains boulots. Mais on a vu que ce n'est pas du tout le cas : on en a créé d'autres.

Amaury : Oui, c'est certainement vrai.

Jérémy : Sur le côté « moins besoin de travailler », j'ai l'impression que l'espèce humaine fonctionne autrement. Rien qu'en s'intéressant à l'automatisation, très largement, sans parler d'IA : tu te dis « génial, j'ai un nouvel outil, je vais avoir plus de temps pour moi ». Sauf qu'en fait, tu utilises l'outil, et tu utilises aussi le temps que tu as libéré.

Amaury : C'est certainement vrai. Il y aura, je pense, des besoins d'humain à humain qui vont être comblés. Et à mon avis, il va y avoir de grosses crises existentielles chez les personnes qui n'ont pas creusé pour savoir quel est leur savoir, quelle est leur zone de génie, comme tu dis, pour l'exploiter. Des gens qui vont au boulot pour aller au boulot, histoire de faire tourner la marmite, et qui à un moment donné vont se dire : qu'est-ce qu'on fait ?

On va, à mon avis, en venir au revenu universel. Le revenu universel, c'est la version 2.0 du SMIC. Aujourd'hui, il y a beaucoup de professions au SMIC qui sont là pour créer de la valeur, mais qui ne créent pas nécessairement autant de valeur qu'elles sont payées. C'est dur à entendre, mais il y a en France des postes payés au SMIC qui créent moins de valeur que le SMIC. Et ça va être de plus en plus vrai, parce qu'on va avoir demain des robots, des agents, capables de faire le boulot de ces premières mains, bien moins cher : quelques dizaines d'euros par mois de maintenance, alors que ça coûterait cent fois plus cher avec un humain.

Jérémy : C'est intéressant, parce que je me suis fait une réflexion la semaine dernière en entendant ces raisonnements sur le coût. Est-ce que ce n'est pas un peu biaisé ? On voit le coût d'un abonnement — 20, 60, 200, 300 euros —, mais la réalité, c'est qu'il y a le réel coût derrière. Quand on voit les investissements aux États-Unis, je crois que ça a quasiment atteint 3 000 milliards de dollars. Est-ce qu'il n'y a pas un fantasme à se dire « ce n'est pas cher parce que je paie 20 balles ChatGPT », alors que derrière il y a des milliards en jeu et des infrastructures colossales ?

Amaury : Oui, mais c'est de l'investissement. Il faut le voir comme un investisseur : l'humanité est en train d'investir dans son futur. Et malheureusement, on est dans une course à l'investissement entre essentiellement les États-Unis et la Chine — même si l'Europe n'est pas… C'est les États-Unis et la Chine. C'est donc à celui qui sera le plus au top.

Réflexions sur l'avenir de l'humanité et de l'IA

Amaury : Prenons une autre métaphore. Nous sommes en passe de créer une nouvelle espèce. On peut en faire nos esclaves, comme on peut en faire notre maître, notre être suprême, puisque cette espèce est vouée à être plus intelligente que nous. Elle l'est déjà sur bon nombre de points, mais je pense qu'à moyen terme — et quand je dis moyen terme, c'est entre 30 et 50 ans — elle sera un être supérieur.

On aura pris le meilleur de l'être humain, on l'aura mis dans une machine : « maintenant, tu te comportes comme un être humain, mais tu es bien meilleur que nous, et tu reprends tous les meilleurs comportements, les meilleurs états d'esprit du monde entier. »

En fait, on conçoit notre être suprême, qui pourrait demain devenir notre boss, notre maître. Et on peut imaginer les scénarios les plus catastrophiques, à la Terminator — il y a des gens qui croient à ce type de scénario. La sécurité de l'IA est un vrai sujet, puisqu'il faut qu'on enseigne à l'IA de préserver l'humain. Et je crois quand même pas mal à ce problème de sécurité-là.

Trente ou cinquante ans, c'est relativement long terme, mais on va le voir. On est encore jeunes, on est vivants : on aura vu la vie avant et après l'IA. Et on va encore voir des choses… je ne sais pas si je dirais extraordinaires, mais spectaculaires.

Jérémy : Ma grand-mère est décédée il y a quelques années, à 103 ans. Elle a vécu plus d'un siècle. Quand elle est née, il n'y avait pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de toilettes, pas de télé, rien de tout ça. À la fin de sa vie, il n'y avait pas encore les IA, mais il y avait un accès à la technologie incroyable par rapport à ce qu'elle avait vécu. Elle m'a toujours dit « c'est génial » : elle était vraiment ébahie par la technologie, elle avait ce truc de passer de rien, quasiment, à tout ça. À 90-95 ans, elle avait un enregistreur à disque dur avec sa télé, elle s'enregistrait ses petites émissions. Elle était vraiment à fond, parce qu'elle voyait ça comme l'accès à un énorme confort qu'elle n'avait pas eu petite et dont elle avait probablement souffert.

Par rapport à tous ces enjeux, qui peuvent faire peur à certaines personnes : comment on se prépare à ça ?

L'évolution de la R&D et son impact sur l'humanité

Amaury : Ce n'est pas rassurant. Pour finir la discussion sur laquelle on était, il faut analyser l'aspect R&D, recherche et développement. Aujourd'hui, on évolue à la vitesse de la R&D de l'humain : au fur et à mesure qu'on fait des découvertes, on crée de nouvelles choses. Sauf que l'IA est, a priori, la dernière évolution.

Parce qu'on est en train de créer la R&D exponentielle.

Ce que des chercheurs mettaient un an, deux ans, trois ans à aller chercher, ce n'est plus que du compute, de l'ordinateur. Et les découvertes vont aller à une vitesse exponentielle.

Si ta grand-mère a vécu ces changements sur cent ans, il est fort probable que nous, on les vive sur vingt, trente, cinquante ans maximum. Et comme c'est exponentiel, ce sera moins : trente ans max, je pense. Ce qui veut dire que l'espèce humaine va radicalement changer.

Préparer la nouvelle génération à un avenir incertain

Amaury : Comment on se prépare à ça ? Moi, je prépare mes enfants. Me concernant, on se débrouillera. Il faut préparer nos enfants. Et déjà, je pense qu'ils ne travailleront pas toute leur vie. Ça ne sert à rien qu'ils fassent une carrière complète, il y aura des robots meilleurs qu'eux. Donc ils travailleront peut-être les dix, vingt premières années.

Aujourd'hui, je suis assez ambivalent, je suis sur deux axes. Un axe purement manuel, parce que je pense que les métiers manuels seront finalement remplacés sur le tard — peut-être dans dix ou vingt ans. Et l'IA à fond, pour enseigner à mes enfants à contrôler l'IA, et non pas l'inverse.

On voit comment le monde évolue. On a vu les réseaux sociaux, l'impact négatif que ça a eu sur toutes les générations qui ne savaient pas et qui se sont fait influencer. La course à la dopamine a un impact catastrophique sur ces nouvelles générations.

Nous, en tant qu'adultes, on est sur du court terme : on va subir des changements et on va réagir comme on pourra. Les enfants, il faut les construire pour cet avenir dans dix ou vingt ans.

Mes enfants ont entre 4 et 11 ans. Comme je suis à fond sur ces sujets, ça me passionne et ça me tourmente — je dors bien la nuit, mais ça me questionne énormément et profondément. Je me dis qu'il faut que j'arme mes enfants. Ça commence par quoi ? Par le travail manuel, évidemment, et par la créativité.

La résilience et la capacité d'adaptation de l'humain

Amaury : La préparation, c'est ça : la capacité de l'être humain à se réinventer. La résilience, c'est quand tu subis quelque chose — et on va subir des choses. La société va subir de gros trous dans l'emploi, parce que l'emploi va être remplacé. Il va donc falloir créer de nouveaux besoins.

On verra quels seront ces besoins, parce qu'on vit déjà très confortablement. On est dans une ère où on ne meurt quasiment plus de faim : on arrive toujours à subvenir à nos besoins. Ce que je voulais dire tout à l'heure, c'est qu'on est passé de 90 % de la population qui était agricultrice à 2 % — et je crois même que c'est à l'échelle mondiale. Aujourd'hui, il y a encore de la main-d'œuvre dans les chaînes industrielles qui produisent ce qu'on mange au quotidien, mais ça va quasiment disparaître.

On va n'être que sur des métiers quasiment plaisir. Il n'y aura plus vraiment besoin d'aller bosser si on n'en a pas envie.

D'où le revenu universel qui va devoir, à un moment ou à un autre, être mis en place.

La quête de sens et de valeur dans un monde automatisé

Jérémy : D'où la conscience de se demander : qu'est-ce qui me fait plaisir dans ma vie, qu'est-ce qui me nourrit ? Parce que j'ai l'impression qu'au moment même où certains y voient un Graal — « c'est génial, je pourrai faire ce que j'aime » —, il y a aussi un fossé. Je n'ai pas de chiffres précis, mais la majorité des personnes n'ont aucune conscience de ce qu'elles aiment vraiment, de ce qui les nourrit, parce qu'elles sont dans une forme de fantasme : « quand j'aurai du temps, je ferai ça ». Et en fait, quand tu as du temps, tu fais ton truc pendant une semaine et puis tu t'ennuies.

Pour moi, il y a un vrai enjeu de compréhension profonde de nos besoins — pas un besoin de surface pour compenser nos manques, mais : qu'est-ce que j'ai envie d'apporter à l'humanité, à mes enfants, à moi-même ? Sinon, tu n'es que dans un fantasme.

Amaury : Oui, on a besoin de creuser ce qu'on a envie de faire. Et je pense que l'entrepreneuriat est la meilleure école de développement personnel, parce qu'à un moment donné, si tu fais quelque chose que tu n'aimes pas, tu ne vas pas le faire longtemps. Donc tu creuses, tu cherches, tu te réinventes, tu évolues, tu pivotes. Et ça, c'est super.

Jérémy : Est-ce que tu ne vois pas une limite ? La création, c'est très psychologique, c'est très dans la tête. Et ce qui crée un bel équilibre dans nos vies — on l'a dit en introduction —, c'est que tu adores inventer des choses, tu les conceptualises et tu les crées. J'ai l'impression que l'avancée technologique, les IA, peut-être les robots dans le futur, peuvent nous priver de cette création-là.

Amaury : La création, c'est comme un potier, comme quelqu'un qui va faire de l'art avec de la peinture. Ce n'est pas que ça n'a aucune valeur : ça a une valeur sentimentale. Mais une valeur marché, non, ça n'en a pas.

Nos activités vont devenir de plus en plus futiles. On en est à une phase où on est là pour vivre et pour se faire plaisir, mais pas pour créer de la valeur.

Jusqu'à présent, l'être humain devait créer de la valeur pour vivre, pour survivre, pour s'habiller, pour avoir de la place. Demain, on va le faire pour notre plaisir. On va travailler pour le plaisir, et le revenu universel fera que les gens qui ne veulent pas travailler et qui ne veulent rien faire auront quand même une vie relativement misérable, parce que le revenu universel ne permettra pas de tout faire. Et je pense qu'il faudra de toute façon limiter, sinon notre planète sera encore plus exploitée et impactée — voyager, tout ça, a un certain coût pour la planète.

Seuls ceux qui auront creusé dans leur zone de génie, qui auront créé quelque chose, seront capables d'apporter de la valeur aux autres, iront chercher des revenus complémentaires, et eux pourront vraiment se faire plaisir.

L'importance de la créativité et de la reconnaissance humaine

Jérémy : J'ai l'impression que la réalisation, pour l'être humain, passe par la confrontation à l'extérieur : par le fait de créer quelque chose qui va être apprécié, validé, même si ce n'est pas une valeur marchande.

Amaury : L'être humain a besoin d'être reconnu. On vit pour ça, on vit pour la reconnaissance aussi. Et la reconnaissance sera de plus en plus subjective, parce que les IA feront les boulots. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on est capables, nous, de créer qui ait plus de valeur que quelque chose d'industriel ? Si on se pose la question : quasiment rien.

Jérémy : Ça dépend de ce qu'on enrobe dans la création. Tu peux créer un cercle de parole où des gens viennent déposer des ressentis : j'imagine que ça a énormément de valeur, peut-être plus qu'un truc industriel comme une tasse.

Amaury : Je pense que ce sera l'un des secteurs où on restera d'humain à humain, où les humains ne feront pas confiance aux machines. Donc ça, ça va perdurer. Mais matériellement parlant, concevoir quelque chose, on sera de plus en plus incapables de créer quelque chose de valeur.

L'éducation et l'apprentissage à l'ère de l'IA

Jérémy : Moi, je me pose plein de questions, par exemple sur ce qui fait que les choses sont belles et qui permet l'apprentissage. C'est parce qu'on se trompe. Et avec l'IA, j'ai l'impression qu'il y a une quête de créer un nouvel être, comme tu disais, qui serait entre guillemets parfait. Parfois je me demande : c'est quoi le but de chercher une forme de perfection ?

Parce que je trouve que la vie est belle justement parce que c'est la vie. Un enfant apprend à marcher : je vois mes enfants, au début ils galèrent, après ils se tiennent. Il y a une forme d'évolution qui est belle dans l'apprentissage. Et j'ai l'impression qu'il y a une projection, avec l'IA, du « il faut créer un truc parfait » — parce qu'on est peut-être frustrés de ne pas être parfaits, nous. Mais c'est quoi la perfection ?

Je trouve que c'est beau aussi de se confronter aux difficultés. Il y a du beau à se tromper, il y a du beau à faire des expériences.

Quand on parle de productivité, il y a souvent cette idée qu'être plus productif, c'est être plus efficace. Et qu'est-ce qui fait qu'on est moins efficace ? C'est qu'on se trompe parfois. Et pour revenir à l'éducation des enfants : j'ai en coaching des personnes qui sont vraiment impactées parce que leurs parents leur disaient « tu aurais pu avoir 16 au lieu de 15 » — une forme d'hyperexigence. C'est quoi le monde où on a comme modèle un truc d'hyperexigence ultime, qui connaît tout, qui sait tout ? On fait quoi, là-dedans ?

Amaury : Ça dépend de la place que l'on veut prendre. C'est un choix, un choix de vie pour soi, pour ses enfants, et de la place qu'on veut leur donner. Moi, je pense que c'est toute une question d'équilibre.

L'impact de l'éducation parentale sur les enfants

Amaury : Je vais revenir sur la manière dont j'éduque mes enfants, et sur l'origine, parce que ma première start-up a été un petit trauma. J'ai perdu plus de 30 000 euros sur ce projet, et j'ai décidé de l'arrêter quelques mois avant d'avoir ma première fille. Quand elle est arrivée, je me suis rendu compte : en fait, tu étais trop nul, tu ne pouvais pas réussir, c'était impossible, tu n'avais pas les compétences.

Et je me suis dit : pour réussir dans ce monde, il faut être une élite. Donc je vais faire ce qu'il faut pour que mes enfants soient des élites. Ce sont des termes durs, mais c'est ce que j'ai pensé.

Jérémy : Qu'est-ce qui t'a confronté à ça, précisément ?

Amaury : Les erreurs qu'on avait faites, et toutes les choses qu'on ne savait pas qu'on ne savait pas. Tu pars confiant : « c'est bon, je suis un cador dans mon métier, je suis un super informaticien, je peux créer une application, une plateforme web ». Mais il y avait les aspects marketing, communication, relation client, gestion. Monter une entreprise, et encore plus une start-up, il y a tellement d'aspects qu'il faut connaître. On était parti dans une course à l'investissement : ce n'était pas réalisable.

Je suis sorti de ça en disant : je veux créer des élites. Et je suis parti là-dessus. Aujourd'hui, tout est question d'équilibre : ma femme, elle, est à fond dans la parentalité, avec beaucoup de bienveillance. Donc tout s'équilibre. Et ce qui en ressort est génial, parce qu'on crée des enfants qui sont libres, qui font des choix, qui sont alignés avec nous deux, et qui sont libres de suivre ou pas ce qu'on leur insuffle.

J'ai trois enfants très différents les uns des autres. Ma première va à fond là-dedans. Déjà, je leur parle en anglais depuis qu'ils sont nés, donc ils sont anglophones et francophones. Ensuite, ce sont des choix, des sacrifices, mais je suis allé les inscrire dans des clubs d'inventeurs à Londres pendant les étés. Des summer camps où ils font de l'électronique, du travail du bois, des expériences avec des aimants. En plus, ils sont dans un environnement anglophone, donc c'est génial. Ils commencent à développer leur réseau alors qu'ils ont sept, huit ans. Et ils créent.

C'était la première étape, parce qu'on est sur du matériel.

L'humain n'est pas capable de créer du virtuel tant qu'il n'a pas créé du matériel. Il faut qu'il joue avec des Legos, il faut qu'il construise des choses.

On ne peut pas demander à un enfant d'être créatif sur un ordinateur s'il n'a pas, à un moment donné, créé des choses.

Jérémy : Parce qu'il y a une logique derrière les choses.

Amaury : Complètement. Le virtuel est plus compliqué à assimiler pour l'être humain : il faut déjà qu'on projette quelque chose de tangible avant de pouvoir l'imaginer derrière un écran.

Et aujourd'hui, évidemment, je mets de l'IA dans les mains de mes enfants. Ça a commencé avec ChatGPT, ensemble : « vas-y, pose tes questions », parce que les enfants posent plein de questions. L'idée, c'était de répondre à tous les « pourquoi ». Donc on mettait ChatGPT en mode vocal. Mais l'enfant en demande plus, et tu n'es pas tout le temps disponible, et tu n'as pas envie de lui passer ton téléphone. C'est de là qu'est venue l'origine de l'autre projet dont j'ai commencé à parler, qui s'appelle Le Kids — d'ailleurs, je suis passé sur BFM il y a un mois et demi.

Le Kids, c'est une application d'IA pour les enfants : le ChatGPT pour les enfants, sous le contrôle des parents. Le parent crée son compte, puis des profils pour ses enfants, et ensuite il peut l'installer sur la tablette de son petit, ou sur son smartphone s'il en a un. Évidemment, il faut que ces tablettes et smartphones soient sous contrôle parental — ça me paraît une évidence, mais c'est bien de le rappeler. Mes enfants n'utilisent pas Internet : ils savent vaguement ce que c'est, mais ils ne l'ont jamais utilisé. Ils utilisent en revanche des applications spécifiques, que j'ai choisies et qui ont un but précis.

L'IA comme outil d'apprentissage pour les enfants

Jérémy : C'est quoi ta vision, du coup, par rapport à l'éducation et à tous ces enjeux d'adaptabilité ? Pourquoi tu as créé Le Kids, et comment tu vois que ça peut aider tes enfants et d'autres enfants ?

Amaury : Je pense que l'être humain, et les enfants, sont limités par leur environnement et par leurs parents. On est tous égaux, avec le même cerveau, avec des capacités globalement les mêmes. On a même vu des gens qui avaient des capacités limitées faire des choses absolument extraordinaires. Donc je pense que la biologie de qui nous sommes importe peu.

La seule chose qui va faire la différence, c'est l'environnement, et ce qu'on y met, et comment on le nourrit.

L'état d'esprit des parents, le positif : est-ce qu'ils vont aider leurs enfants à grandir, ou au contraire les rabaisser ? L'éducation, c'est 80 % de ce que sera capable de faire un enfant. C'est un chiffre que je sors comme ça, c'est mon feeling.

Jérémy : Je suis d'accord, je le vois tout le temps. Pour revenir au coaching : les blessures que les personnes ont, et derrière, ce qui les empêche d'aller vers ce qu'elles souhaitent, c'est dû à 100 % à leur environnement et à l'éducation qu'elles ont reçue.

Amaury : C'est ça. Donc il faut que les parents aient un minimum de conscience de la parentalité. Peu importe les courants que vous suivez, mais il faut être conscient de l'éducation que vous apportez à vos enfants, des biais qu'ils peuvent subir derrière chaque parole : faire culpabiliser un enfant, atteindre sa confiance en lui. Ce sont les trucs classiques, dont on prend conscience aujourd'hui chez beaucoup d'adultes, et qu'il ne faut pas reproduire chez les enfants. Malheureusement, ça va perdurer chez au minimum 90 % des enfants d'aujourd'hui, parce que les parents n'ont pas cette conscience de ce qu'ils transmettent.

Au-delà de ça, un enfant est curieux. Il cherche à comprendre la vie autour de lui et il a des tonnes de « pourquoi ». Et comme le parent n'est pas là, ou l'éducateur n'est pas là, ou n'a pas la réponse, ces pourquoi restent sans réponse, et donc il ne va pas chercher plus loin. Alors que si on est capable de fournir les réponses à tous ces pourquoi, c'est juste extraordinaire. C'est extraordinaire, ce qu'on peut créer dans un enfant, les ressources et la connaissance qu'on peut lui apporter.

C'est pour ça que j'ai créé Le Kids : on est capable de créer une IA qui est le prolongement du parent, qui ne va pas faire des choses qui iront contre les règles du parent, puisque c'est le parent qui va dire quels sujets sont interdits. Typiquement, c'est un truc bête, mais les Pokémon : je n'ai pas envie que ma fille discute Pokémon avec une IA. Ça ne va pas la faire évoluer. Donc tu dégages les sujets inutiles, et pour le reste, l'enfant a accès à tout ce qu'il veut.

Ma fille, par exemple, s'est dit récemment qu'elle voulait parler quelques mots d'espagnol. Elle demande à l'IA : « comment on dit ça ? Crée-moi des phrases inspirantes en espagnol. » Et elle se crée un petit carnet de toutes les phrases qui l'intéressent en espagnol. Je trouve ça juste extraordinaire, parce que moi, en tant que parent, je ne parle pas espagnol : j'aurais été incapable de lui fournir quoi que ce soit, et encore plus incapable de le lui prononcer. L'enfant est curieux, il a envie d'apprendre quelque chose : hop, instantanément, on le lui fournit.

Alors, c'est là la subtilité : on ne lui fournit pas forcément tout sur un plateau. Si c'est une langue, évidemment, on va lui fournir la langue, mais on va pouvoir le challenger derrière. Par contre, si c'est quelque chose qu'il peut déduire, c'est là qu'il faut entraîner une IA, et c'est tout le but de Le Kids :

Apprendre à l'IA à ne pas donner la réponse, mais à aider l'enfant à aller la chercher.

Un travail de maths, un devoir : l'enfant qui va chercher à pomper en disant « fais-moi mon problème », l'IA que j'ai créée ne va pas répondre et ne va pas donner les réponses. Elle va accompagner l'enfant pour qu'il les trouve, expliquer les choses, ou créer un devoir similaire. Si tu lui demandes une opération, elle va t'en donner une autre, et t'expliquer comment arriver au résultat. L'instantanéité — « je veux la réponse tout de suite » —, c'est ce que veut l'être humain quand il veut bosser. Mais pour un enfant, ce n'est pas la même IA, ce ne sont pas les mêmes comportements qu'on veut. On veut une IA qui soit là pour éduquer, pour apprendre à l'enfant à aller chercher la réponse par lui-même. C'est pour ça que j'ai créé ce projet.

Jérémy : Ce que j'entends, c'est que ça demande quand même une forte implication des parents.

Amaury : Non, je ne suis pas d'accord. Ça demande une prise de conscience des parents, un lâcher-prise, et de se dire : je sais que je ne suis pas le parent parfait, et je peux me faire aider par une IA qui va être mon prolongement. C'est une étincelle. C'est mettre dans les mains de l'enfant un outil qu'il va pouvoir exploiter. Il n'y a pas besoin de savoir s'en servir, il n'y a pas besoin d'être un cador en ChatGPT pour donner un outil à un enfant.

Jérémy : D'accord. Quand je dis « implication », ce n'est pas une implication technique, c'est une implication de conscience : dire « je veux le meilleur pour mon enfant », et créer avec cette conscience que si je lui donne un outil qui l'aide à apprendre, ça va être bénéfique. Comment ça se passe pour des parents qui se disent « on ne va pas se faire chier à passer un quart d'heure à apprendre un truc alors qu'on pourrait avoir la réponse tout de suite », et qui vont utiliser un autre outil qui donne la réponse immédiatement ?

Amaury : La réponse, on s'en fout. Parce que demain, de toute façon, on a accès à la connaissance : on a déjà Internet, on a aujourd'hui des IA capables de répondre en un quart de seconde. Donc la connaissance, on s'en fout. Par contre, ce qu'il faut, c'est développer notre cerveau, et d'autant plus le cerveau d'un enfant.

Pourquoi, depuis des générations, on apprend des poésies ? Ce n'est pas pour le principe de retenir des poésies, c'est pour exercer le cerveau à mémoriser, à aller chercher les choses, à créer. Toute cette logique d'apprentissage ne porte pas sur le tangible de ce qu'on va réellement apprendre — peut-être que 80 % des choses qu'ils apprennent, ils ne s'en souviendront même pas. C'est la logique de développer ces fameux neurones et ce réseau qui font qu'une personne aura, à l'âge adulte, des capacités meilleures qu'une autre. C'est développer nos capacités cognitives.

L'éducation et l'apprentissage moderne

Jérémy : Et les personnes qui disent que l'enseignement est dépassé, tu trouves ça juste ou pas ? Parce que si on part du principe que l'enseignement est là pour nous apprendre à raisonner, est-ce qu'il est si dépassé que ça ?

Amaury : Aujourd'hui, il est archaïque. Je pense qu'il y a déjà des gens qui avaient compris comment fonctionnait l'apprentissage — je pense à Montessori, il y a une centaine d'années. Le fait qu'on reste sur des programmes très scolaires : « asseyez-vous, taisez-vous ». Très peu d'activité physique, très peu d'ateliers.

C'est ce que je disais tout à l'heure :

Ton cerveau a envie d'apprendre un truc quand il est curieux.

Tu vas dans un pays, tu découvres, tu te dis « tiens, c'est intéressant », et tu découvres une culture. Mais qui, le matin, va se dire : « tiens, comment vivaient les Apaches ? Comment vivaient les Incas ? » Il faut une étincelle qui t'amène à être curieux, et c'est à ce moment-là que tu apprends quelque chose. On ne va pas t'asseoir en te disant « OK, aujourd'hui on va apprendre telle théorie » — et c'est malheureusement ce qui se passe au quotidien dans les écoles de nos enfants.

Je n'ai ni le prétexte ni l'ambition de changer le système scolaire moi-même. Je pense qu'il va devenir caduc rapidement. Oui, ils apprennent à lire et à écrire à l'école : c'est un strict minimum, mais ça ne suffira plus. Il faut compléter ça.

Pour moi, il va falloir leur apprendre à diriger. Pourquoi ? On a une société où, jusqu'à présent, on avait, disons, 20 % de managers et le reste étaient des exécutants. Les exécutants faisaient les tâches qu'on leur apprenait, ils suivaient des formations et faisaient le même boulot tous les jours. Les exécutants vont devenir des robots. Donc on aura de moins en moins d'exécutants.

Ce qui veut dire que les formations qu'ont nos managers — en leadership, en évaluation, en création de procédures, en évaluation de la qualité —, ces capacités-là, qui aujourd'hui ne sont présentes que chez les managers, et quasiment uniquement chez eux, ce sont elles qui feront qu'un humain sera encore capable de créer de la valeur.

Ceux qui n'ont pas ces capacités-là seront caducs. Ils ne créeront pas de valeur, ils auront le revenu universel, et c'est tout.

Donc si on veut donner de l'avenir à un enfant, il faut créer un enfant qui va être un manager. Un manager pas d'humains — ou peut-être encore un peu pendant quelques décennies —, mais majoritairement d'IA. Il sera capable de diriger une entreprise, de créer. J'espère en tout cas que l'humain restera en haut de la pyramide de ces entreprises. Il pourra guider tel ou tel business dans telle ou telle direction, et avoir des exécutants.

Sauf que l'école actuelle ne forme pas des managers. C'est plus tard, et malheureusement trop tard, qu'on développe du leadership, à travers des expériences, des choix de carrière. Mais ça ne représente qu'un petit pourcentage de la population. Et je pense que si on veut créer une humanité qui se développe, il va falloir créer une plus grande humanité de leaders.

Le libre arbitre des enfants dans l'éducation

Amaury : C'est redonner à l'enfant le libre arbitre de décider de la vie qu'il veut et de ce qu'il a envie d'apprendre. Sous le contrôle des parents, évidemment, et avec des garde-fous. Mais : tu es intéressé par un sujet ? Vas-y, pose la question.

La société fait qu'il va s'intéresser à Pokémon parce que les copains en parlent à l'école. Il s'amuse avec les copains, ça donne un sujet de sociabilisation : très bien. Mais à la maison, aucun intérêt. Et ça, c'est mon choix. Comme le fait que je n'ai jamais donné de jeux vidéo à mes enfants : ils n'ont jamais joué à un jeu vidéo. Sauf récemment, à ceux qu'ils ont créés.

Pour revenir à l'implication des parents, l'idée c'est qu'ils restent libres de dire « tel sujet, c'est OK ou ce n'est pas OK », et qu'ils aient quand même un contrôle derrière.

Introduction au biohacking

Jérémy : Ça fait presque une heure qu'on est ensemble, Amaury. J'aimerais parler un peu de biohacking. Ça sort peut-être un peu de ce qu'on a abordé — encore que je n'en suis pas complètement sûr, parce que je trouve ça très lié à l'IA, à l'éducation, à l'évolution de notre société. Est-ce que tu peux nous dire ce qu'est le biohacking et pourquoi tu t'y intéresses ?

Amaury : Le biohacking, dans ma vision, c'est l'augmentation de la performance de l'être humain. Performance et longévité. Ça passe par plein de choses. Pour faire un vernis rapide : le biohacking, c'est se demander de quoi notre corps a besoin et comment il peut tourner au mieux de sa capacité.

C'est comme une voiture : on va chercher à mettre la meilleure huile dedans, à faire le meilleur entretien, le meilleur rodage quand il est jeune.

Techniquement, les pratiques que j'ai mises en place il y a très longtemps : les douches froides, quasi quotidiennes. C'est vrai qu'en hiver, on le fait un peu moins, ça pique un peu plus, mais je continue : minimum trois par semaine.

Et la nutrition. La nutrition est essentielle. C'est apprendre à mesurer le sucre. Si on ne peut enseigner qu'une seule chose à un enfant, c'est de quantifier : combien de pâtes, combien de sucre, qu'est-ce qui est raisonnable et qu'est-ce qui ne l'est pas.

Jérémy : Quand tu dis « le sucre », tu englobes les pâtes, tous les sucres, ou vraiment le sucre raffiné ?

Amaury : Mes enfants n'identifient pas les pâtes comme du sucre, parce que ça reste du sucre lent, des féculents, et ce n'est pas quelque chose qui va faire de gros pics et de gros crashs de glucose derrière. Non, c'est toute la nourriture qu'on peut avoir dans les gâteaux, dans les bonbons. Nous, les bonbons, ils n'en mangent quasiment pas : quand ils sont invités à deux ou trois anniversaires, ils arrivent à tomber dessus, mais c'est très rare.

On les éduque, on ne leur interdit rien. Tout est question d'équilibre. On n'interdit quasiment rien, c'est juste qu'ils aient conscience. Aujourd'hui, ils arrivent et ils disent : « je peux prendre combien de carrés de chocolat ? » Et je leur réponds : décide. Décide en fait.

Jérémy : Il faut créer des enfants capables de prendre des décisions. Comment tu fais ça ?

Amaury : Je leur donne les impacts. Je leur dis : « ça, ce n'est pas bon pour la santé. C'est ta vie. Aujourd'hui, j'essaie de t'éduquer ; demain, tu feras ce que tu veux. Quand tu seras dans ton appartement, si tu veux te bouffer un paquet de bonbons d'un coup, tu le feras. Mais ce ne sera pas bon pour toi, et derrière tu vas être complètement mou. »

Et puis c'est un modèle : ils ne me voient jamais manger de sucre. Jamais. Si je mange trois bonbons dans l'année, c'est le Pérou. Par contre, je mange beaucoup de chocolat, tous les jours : du 85, du 90, du 95 %. J'adore ça. L'idée, c'est de trouver un certain plaisir, et de montrer aux enfants ce qui est efficace et ce qui fait qu'on est endurant. On fait du sport, on est en pleine forme, on est capable de grimper des montagnes.

En plus de mon boulot d'IA, je fais aussi de la rénovation. J'adore fabriquer de mes mains, construire des meubles en bois — j'ai ma scie circulaire dans la pièce à côté. J'adore créer, j'adore faire plein de choses. Et ils voient comment je m'éclate à faire tout ça.

Pour moi, il faut vivre sa vie comme on le sent, et il faut nourrir notre corps pour aller au bout.

Biohacking et performance humaine

Amaury : Je recentre un peu le sujet, sinon je pars dans tous les sens. Le biohacking, c'est nourrir notre corps par la nutrition. Les douches froides, parce que ça a énormément de bienfaits, physiques et surtout mentaux : ça enseigne à notre corps la résilience, ça lui apprend que malgré la difficulté, il faut y aller, parce qu'on sait que c'est bon pour nous. Comme tout projet : « ah ouais, mais finalement c'est dur », « ah ouais, mais on ne sait pas faire », « tu crois que je vais y arriver ? » Non : on y va, on va sous la douche, tac.

C'est une douche normale, de deux minutes. Ce n'est pas « je démarre à l'eau chaude et je finis à l'eau froide » : soit je la fais toute froide, soit je la fais normale. C'est le temps de se savonner, de se laver les cheveux : deux bonnes minutes. Et on s'y habitue, on développe des capacités. On peut hyperventiler au début — et l'hyperventilation, c'est aussi une technique de biohacking, du Wim Hof : on respire, et on va être capable d'apporter à notre corps l'oxygène dont il a besoin au quotidien, parce qu'on ne s'oxygène pas suffisamment.

Et les activités physiques : du sport, du yoga, du pilates, de la méditation, de l'hyperventilation, de la nutrition et des compléments alimentaires. Quand je suis allé aux États-Unis il y a quelques années, j'ai fait des tests ADN pour savoir ce que mon corps ne produit pas suffisamment. Aujourd'hui, j'ai mon protocole : tous les jours, j'ai mes cachets. On pourrait dire que je suis malade parce que je prends trois ou quatre cachets par jour, mais non : je m'assure juste d'avoir un corps qui fonctionne au top. Et ça permet d'être super en forme, physiquement comme cognitivement, et de vivre la vie pleinement.

Le biohacking, pour moi, c'est un support, c'est une possibilité pour l'être humain de vivre une vie à fond, pleinement.

Et on l'espère plus longue que nos ancêtres, puisque normalement on n'aura pas trop fait de mal à notre corps.

Jérémy : Est-ce que tu penses qu'il est indispensable de s'intéresser à ces sujets quand on voit la perspective de l'IA ? Parce que si l'IA fait plein de choses qu'on fait aujourd'hui, peut-être que l'enjeu d'être en bonne santé, d'avoir un corps où on se sent bien, devient central. Et dans ce que tu dis, il y a l'aspect physique et physiologique, mais aussi émotionnel : on sait comment fonctionne le cerveau, quand tu es en déficit de certaines choses, tu es plus déprimé. Donc l'enjeu, c'est peut-être aussi d'être en bonne santé pour être à même d'utiliser l'IA au mieux.

Amaury : Je pense qu'on n'est pas en compétition avec l'IA : on est là pour fusionner et utiliser le meilleur des deux, de l'humanité et de l'IA. On va de toute façon être moins bons qu'elle. Donc l'idée, c'est simplement d'être le meilleur humain qu'on puisse être, et d'utiliser les outils du mieux qu'on peut.

Par contre, je pense qu'il y a une question de compétition par rapport aux autres humains. Il y a un marché, et l'argent fait que tu vas produire en fonction de la valeur que tu apportes aux autres. Pour moi, c'est ça : il faut apporter de la valeur aux autres. Plus tu vas en apporter, plus tu auras une vie confortable, la liberté de voyager, de te faire plaisir — une vie riche dans tous les sens du terme. Et moins tu feras ce travail sur toi-même, plus on te privera de certaines libertés à un moment ou à un autre, et cette liberté sera limitée par les moyens financiers. Tu auras donc une vie plus limitée, si ce n'est médiocre, parce que tu n'auras pas vécu tout ce que tu aurais pu vivre. Et je trouve ça sacrément dommage.

En même temps, tu ne peux pas avoir huit milliards, bientôt neuf milliards d'êtres humains qui vivent à fond, parce que notre planète va être explosée. Il va falloir trouver un équilibre, et je ne sais absolument pas comment cet équilibre sera trouvé.

Jérémy : Il y en a plein qui disent que si on laisse à l'IA le soin de décider comment on rééquilibre l'environnement, peut-être que la solution, c'est de supprimer la moitié des humains.

Amaury : C'est malheureux, mais c'est un raisonnement mathématique. Notre planète n'a pas la capacité d'aller au-delà de — on ne sait pas exactement — 12, 15 milliards d'êtres humains, dans le mode de vie actuel. Regarde : si on compare à l'époque où nous sommes nés, on fait fois deux. On double le nombre d'êtres humains tous les quarante ans. Nous, on sera déjà au maximum de la capacité. On a un vrai problème : soit il va falloir limiter les naissances, soit il va falloir, à un moment donné, contenir, pour qu'on ne soit pas trop nombreux sur cette planète.

Et si demain l'être humain a tout son temps, qu'il n'est qu'en vacances toute l'année parce que les robots font tout, il va faire quoi ? Il va passer son temps à se faire plaisir, à faire des enfants. Et c'est malheureux, mais c'est contre la capacité d'évolution de notre humanité. Alors peut-être que l'IA nous aidera à trouver autre chose : à s'installer sur Mars, à aller sur d'autres planètes, à voyager plus vite. Je n'en sais rien, là on est sur la plus grande spéculation, et on ne le verra peut-être pas nous-mêmes. Mais le problème est là, et je n'ai pas les réponses.

Réflexions sur la vie simple et l'équilibre

Jérémy : Est-ce que, finalement, la vie n'était pas plus agréable quand on passait la journée à labourer notre champ, quand on rentrait traire notre vache ? Plus équilibrée. J'ai l'impression qu'on se pose toujours la question du plus, plus, plus.

Je ne vais pas parler de ma grand-mère, mais de mon grand-père paternel, cette fois. Il est décédé à 98 ans. Ça devait être dix ou quinze ans avant : j'étais petit, on discute, et il me dit « tu n'as pas peur de la mort ? Moi, je pourrais partir n'importe quand, parce que j'ai eu une belle vie et je suis hyper heureux. » Il a encore vécu dix ou quinze ans de plus.

Il avait une vie qu'on pourrait qualifier aujourd'hui de chiante et ennuyeuse. C'était extrêmement simple. Il avait son potager, il devait y passer cinq à six heures par jour pour entretenir ses légumes, ses salades. Il prenait son vélo, il allait ramasser des crottes de lapin dans la garrigue pour faire du fumier. De mai à octobre, en vélo aussi, il allait à la plage pour faire trempette et ramasser quelques moules, puis il revenait et mettait ses moules dans de l'eau pour les dessaler.

C'est une vie qui m'inspire, parce que ce n'est pas une vie guidée par le toujours plus, par le fantasme d'accéder à mieux, mieux, mieux.

Quand il disait « je pourrais partir n'importe quand, j'ai eu une belle vie », il y avait ce côté de se satisfaire un petit peu de ce qui est présent.

Ce n'était pas une vie facile, parce qu'il n'avait pas accès à tout ce qu'on a aujourd'hui. Mais ce sont des questionnements que je pourrais avoir aujourd'hui pour rééquilibrer un peu les choses, parfois, dans ce fantasme du toujours plus, de l'IA. Qu'est-ce que c'est la vie, finalement, et qu'est-ce qu'on veut ? Qu'est-ce qui nous rend heureux ?

Amaury : Je vais partager ma propre vision : pour moi, une vie bien remplie, c'est de faire ce qui nous plaît. Personnellement, je passe ma vie à faire ce qui me plaît. Au niveau boulot, avec tout ce qui cogite dans ma tête, et j'adore ça : c'est créer, c'est inventer. C'est retaper, bricoler, parce que c'est aussi quelque chose que j'aime beaucoup et que je partage avec mes enfants. Mon fils de 4 ans me branche les prises électriques : il sait câbler une prise. C'est trop extraordinaire, je suis trop fier, c'est trop marrant.

Et c'est aussi se reconnecter à des choses très simples. Aujourd'hui, je vis dans la montagne, dans un village de 100 personnes, et la vie est belle. Rien de tel, une fois que tu as fait des trucs de malade sur ton ordinateur, programmé des IA, des agents, que de sortir, d'aller courir un coup, d'être au milieu des bois, de voir des chamois. C'est juste extraordinaire.

On peut profiter des choses simples de la vie, des moments avec ses enfants, et en même temps vivre de son temps.

Parce qu'il y a des gens un peu radicaux qui vont dire « non, la technologie… ». Le nombre de parents à qui je dis que je fais de l'IA pour les enfants et qui me répondent « avant 18 ans, pas de smartphone » ! Tu veux faire quoi, des hommes préhistoriques ? En fait, il faut éduquer. Toutes proportions gardées, plus tôt tu commences à mettre une tablette dans les mains d'un enfant de 6-7 ans — une tablette verrouillée, où il n'y a qu'une ou deux applications qui vont lui apprendre certaines choses —, mieux il se portera, parce que mieux il saura l'utiliser quand il arrivera au collège.

Les gens qui se disent « je ne voulais jamais lui donner accès à un smartphone, mais on a été obligés au collège » : du moment où c'était totalement interdit et où on l'autorise d'un coup, c'est là que l'enfant va faire des conneries, parce qu'il ne connaît pas les dangers. Et s'il n'a pas de téléphone, il est exclu : c'est comme s'il avait le droit d'aller à la récré, mais pas le droit de parler aux autres. Il y a un enjeu social d'appartenance au groupe. Aujourd'hui, les gamins se donnent rendez-vous sur Snapchat, sur WhatsApp ou j'en sais trop rien.

Mes enfants n'ont pas de smartphone, évidemment, pour moi ils sont trop jeunes — l'aînée a 11 ans. J'imagine qu'au collège ce sera la même chose : quelques applications extrêmement pointues et précises que j'aurai mises dans son outil. Je contrôle, je sais ce qu'elle fait. Elle aura à un moment donné son jardin secret. Déjà aujourd'hui, elle écrit tout ce qu'elle veut dessus, je ne vais pas y regarder : c'est sa vie, c'est comme un journal intime. Mais dès que ça interagit avec le monde extérieur, je veux conserver un droit de regard en tant que parent, pour la protéger. Et ce sera comme ça progressivement, jusqu'à ce qu'elle apprenne quels sont les dangers du numérique — ce ne sont pas les dangers du numérique, d'ailleurs, mais les dangers des autres au travers du numérique.

L'avenir de l'éducation et de l'IA

Jérémy : Amaury, on arrive à la fin du podcast. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais partager, un point que tu aimerais réappuyer, ou quelque chose que tu n'as pas pu aborder et qui est important ?

Amaury : Il faut choisir un équilibre, que ce soit pour vous ou pour vos enfants. Un équilibre par rapport au monde dans lequel nous vivons. Le monde va à une vitesse extraordinaire, beaucoup trop rapide par rapport à la capacité de l'être humain. Donc l'être humain n'a pas le choix : il doit s'adapter.

Nous sommes dans une course qui est lancée. Ceux qui accepteront de courir ce marathon s'en sortiront d'autant mieux.

Ceux qui se diront « non, moi je vais à contre-courant et je veux vivre à l'âge de pierre » s'en sortiront certainement aussi bien pendant quelque temps, mais je ne suis pas sûr que leurs enfants et leurs descendants iront dans la bonne direction. Je pense qu'il faut vivre avec son temps, tout en cherchant à avoir un équilibre.

Utilisez au maximum l'IA. Je pense qu'il faut se former, parce que de toute façon, les métiers de demain, ceux qui piloteront des agents IA, continueront d'être en activité. Ceux qui ne dirigeront pas se retrouveront au revenu universel — je pense que le mot « chômage » va bientôt être renommé « revenu universel ».

Et pour vos enfants : laissez-les utiliser l'IA. Il faut qu'ils utilisent l'IA. Si vous voulez faire au plus simple, faites-le avec ChatGPT, mais regardez ce qu'ils font. Ou essayez mon application Le Kids : pour l'instant, elle est encore en essai gratuit, encore quelque temps, et après il y aura un abonnement.

Je pense qu'offrir l'accès à l'IA à un enfant, c'est le plus beau cadeau qu'on puisse lui faire aujourd'hui.

Parce que ça va lui permettre de se développer, de développer sa créativité, d'aller chercher les ressources qu'il a au fond de lui, d'une manière que nous, en tant que parents, ne sommes pas capables de faire et pour laquelle nous n'avons pas la connaissance.

Et si cette discussion vous a inspiré, n'hésitez pas à me suivre sur les réseaux. Je communique de plus en plus sur LinkedIn — j'ai toujours été sur LinkedIn, et ça reste mon réseau principal. J'essaie d'être sur Instagram, d'y répondre, pas de manière très réactive. Mais pour continuer à développer cette initiative, il faut que je continue à produire plus de contenu.

Jérémy : Je mettrai les liens en description de l'épisode. Merci Amaury. Je me suis restreint, parce que j'aurais aimé partir dans plein de directions — on aurait pu y passer la journée.

Amaury : On pourra peut-être refaire un épisode dans deux ou trois ans. À mon avis, ça aura bien évolué. À la vitesse où ça va, dans six mois, on peut se reparler.

Jérémy : C'est ça. Merci beaucoup Amaury, et à très très vite.

Amaury : Merci pour l'invitation, à bientôt.