3 juin 2026 · 1:57:29
Le piège de vouloir être différent à tout prix
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Le Laboratoire Origine
Un accompagnement collectif de 3 mois
Pour comprendre ce qui te freine, retrouver une vision claire de ce qui est juste pour toi, et repartir avec une méthode que tu pourras réutiliser toute ta vie.
Découvrir le Laboratoire Origine"Et si chercher sa singularité à tout prix était, finalement, une belle connerie ?"
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Dans cet épisode de podcast, on s'est posé avec mon amie Camille pour une discussion profonde et sans filtre sur une injonction que nous connaissons tous, particulièrement dans l'entrepreneuriat : l'obligation d'être différent, unique, singulier.
Camille partage avec une grande vulnérabilité comment cette quête de "différence" l’a parfois menée à l’isolement et à l’incompréhension. Ensemble, nous explorons pourquoi la "banalité" n'est pas un gros mot, mais peut être une force puissante de connexion et de fluidité.
Au programme de cet échange :
- Le piège de la différenciation : Pourquoi vouloir être unique peut nous rendre marginaux et seuls.
- La force du socle commun : Comment la banalité permet de réellement connecter avec les besoins des autres.
- Singularité vs Blessures : Comment faire la part des choses entre ce qui nous définit vraiment et ce qui n'est qu'une réaction à notre passé.
- Trouver son cadre de référence : Pourquoi l'équilibre se trouve dans l'acceptation de nos points communs avec le reste du monde.
- Une conversation pour tous ceux qui se sentent épuisés par la course à l'exceptionnel et qui veulent retrouver de la sérénité dans leur vie et leur business.
Si cet épisode te parle, n'oublie pas de le partager autour de toi, et t’abonner pour découvrir les prochains épisodes d’Origine.
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👤 À propos de moi
Je m’appelle Jérémy Guillaume et je crois profondément qu'un changement durable n’est possible que dans l’amour de ce que tu es et de ce que tu as été.
Et c'est exactement pour ça que j'aide les entrepreneurs à se reconnecter à leur cœur et à leur singularité en identifiant clairement leurs valeurs et leurs blessures dans le but de se créer un business parfaitement aligné.
On bosses sur la stratégie, sur l'acquisition, la conversion, la délivrabilité, le marketing, la communication, mais toujours avec une approche basée sur la rechercher des causes plus profondes des blocages existants.
Si t'es pas prêt à une introspection profonde, ce n'est clairement pas pour toi.
Viens échanger sur https://www.instagram.com/jeremyguillaume/ et direction www.jeremyguillaume.fr pour bosser ensemble.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Le texte complet de cet épisode, reformaté
Introduction : La quête de singularité, une fausse bonne idée ?
Camille : Est-ce que, finalement, ce n'est pas un peu de la connerie de toujours chercher sa singularité ?
Jérémy : Pourquoi tu penses que c'est de la connerie, toi ?
Camille : Parce que quand on cherche toujours un seul truc, il y a forcément un déséquilibre. Si tu ne cherches pas aussi un peu l'opposé, c'est que tu es polarisé d'un seul côté. Et je me suis rendue compte qu'inconsciemment, j'avais intériorisé cette injonction qu'on trouve beaucoup dans l'entrepreneuriat : « tu as plein de concurrents, donc ta force c'est ta différence. Différencie-toi, différencie-toi. Ma valeur est dans ma différence, personne ne peut me copier, je n'ai pas de concurrent parce que je suis différent, différent, singulier. »
À force d'être différent, tu es incompris, tu es seul. Ça enlève beaucoup de force, de passer son temps dans la différence.
Jérémy : Et ce serait quoi, l'opposé, pour toi ? De se dire « je suis dans mon rôle, je suis banal » ?
Camille : Oui : je suis banal.
L'injonction à la différence dans l'entrepreneuriat
Jérémy : L'impression que j'ai, c'est que sur certains points je vais chercher ma singularité pour avoir une différenciation business, marketing. Mais sur plein d'autres, je suis parfaitement conscient d'être banal. C'est peut-être là qu'est la différence entre nous.
Camille : Moi, je n'ai pas conscience d'être banale sur certains trucs.
Jérémy : Pour moi, l'extrême de la singularité, ce serait de chercher à tout faire sous le prisme d'un truc très différent de tout le monde. Sauf que quand je me filme, je sais que j'ai une lumière basique, courante. Je vais chercher un titre commun, qui va toucher le plus grand nombre.
Il y a plein d'aspects où je suis conscient que je suis un mouton : je fais comme tout le monde.
Et par contre, il y a des aspects — mon ciblage, ma proposition de valeur — où je me demande : qu'est-ce qui va faire que, sur ce point-là, quelqu'un se dira « ça, je ne l'ai pas beaucoup vu » ? C'est pour ça que je n'ai pas le sentiment d'être polarisé là-dessus.
L'équilibre entre singularité et banalité : l'analogie cellulaire
Jérémy : Je pars du principe qu'on est tous autant singuliers que pas singuliers. Si tu prends une cellule, elle est les deux.
Camille : Elle est les deux, oui.
Jérémy : On a tous notre singularité, parce que j'ai vraiment le sentiment qu'il n'y a pas deux personnes qui se ressemblent. Et en même temps, selon l'échelle où tu regardes — à l'intérieur du corps — on a tous des cellules, on a tous des trucs communs.
Il y a ces deux-là en permanence, et ça dépend surtout de l'échelle où tu regardes.
Sur l'aspect business, je ne cherche pas à être singulier pour être singulier. Je sais qu'il y a plein de trucs communs qui existent, je les vois. Mais sur certains aspects, je me dis : est-ce que je ne pourrais pas mettre en avant un aspect qui m'est propre, par rapport à mon vécu, à mon histoire ? On peut aller loin et dire qu'il y a forcément quelqu'un sur Terre avec une histoire similaire. Mais est-ce qu'il y a quelqu'un qui a les mêmes parents, les mêmes frères et sœurs ? Non. Donc par définition, cette unicité-là existe.
Créer du lien par nos points communs plutôt que par nos différences
Camille : Mais est-ce que tu as déjà entendu quelqu'un dire, dans l'entrepreneuriat : « trouvez vos banalités », « trouvez vos points communs » ?
Jérémy : Non, mais parce que ce qui fait vendre, ce qui fait que tu connectes aux gens, c'est qu'ils reconnaissent un truc en toi.
Camille : Eh bien justement : ils reconnaissent par point commun, pas par différence. S'ils reconnaissent, ce n'est pas de la différence, c'est la même chose. Et personne ne dit comment parler de sorte que tu sois identifiable comme banal. On peut l'entendre en filigrane dans les discours du genre « j'étais banal, je suis devenu ça, si je peux le faire, tout le monde peut le faire ». Mais personne ne dit comment faire.
Nous, on est dans des services d'accompagnement. Or, pour accompagner quelqu'un, j'ai besoin de me mettre à son niveau, de me mettre dans sa peau le temps d'un instant, pour comprendre son champ de vision. Parfois, j'ai l'impression de prendre l'énergie de la personne et presque d'oublier qui je suis. Et seulement là, je reviens vite fait dans qui je suis, et je pose une question qui permet de dire : « ah oui, il y a peut-être une porte de sortie à droite ou à gauche. »
Identifier ses propres banalités comme des forces
Jérémy : Mais est-ce que tu crois vraiment que c'est une force ? Ce serait quoi, ta banalité ?
Camille : J'en ai plein. En tant qu'être humain : je bois, je mange, j'ai des besoins relationnels. Je me suis remise en question plusieurs fois. Je n'ai pas été bien dans mon travail, je me suis reconvertie.
Jérémy : Oui, mais tu peux toujours trouver une singularité là-dedans.
Camille : Et tu peux trouver une banalité aussi.
Jérémy : Le besoin relationnel, par exemple, est plus ou moins marqué selon les personnes. Pour moi, c'est juste une question de niveau, de dosage. De base, on est tous banals : on est de la chair, des cellules, un cœur. Tout le monde est composé plus ou moins de la même manière. Mais selon le niveau où tu regardes, c'est différent : tu es plus grand, plus petit, tu as une énergie différente liée à ton caractère. Et quand tu dis « je bois, je mange », comme tout le monde l'a, j'ai du mal à voir l'intérêt. Parce que le business, c'est répondre à un besoin.
Camille : Oui, mais il faut déjà savoir comprendre les besoins de base. Je pense qu'on ne vient pas du même endroit, toi et moi.
Le poids de l'identité familiale : "On n'est pas comme les autres"
Camille : Moi, je viens d'un endroit où on me dit : on est une famille différente. On m'a toujours dit : on est différents, on ne fait pas comme les autres. On m'a mise dans ce moule depuis toujours. Et quand je commence à faire des choses banales, je vois bien que ça ne plaît pas, entre guillemets. Ça m'a poussée à m'identifier presque à ma différence.
Jérémy : Et c'est quoi, faire des trucs banals ?
Camille : C'est une vie standard.
Jérémy : Là encore, il y a des niveaux. Pour ta famille, être à ton compte ou trouver un job, ce n'est peut-être pas banal. Mais pour quelqu'un qui construit des fusées, c'est une vie de merde, banale. J'ai l'impression que c'est surtout un truc avec nous-mêmes. De toute façon, tout ce qu'on fait — être entrepreneur, faire du marketing — c'est banal. La question, c'est juste : dans mon message, dans mes valeurs, comment je trouve l'élément qui va me connecter à ce besoin ? Parce que l'entrepreneuriat, c'est répondre à une problématique.
L'opération du cœur : transformer une épreuve unique en message marketing
Jérémy : Par exemple, moi, avec mon opération du cœur, je trouve que ça me rend unique, parce que la plupart des gens n'ont pas vécu ça. Et ça a nourri mon message : j'ai passé une période hyper douloureuse, j'ai appris ce que c'est d'être avec soi-même, de revenir aux fondamentaux. Ce n'est pas une nécessité absolue — il y a plein de gens qui vivent la guerre ou des maladies. Mais dans mon message marketing, pour ma cible d'entrepreneurs, je peux dire : tu ne sais pas où tu en es, tu es perdu, tu as besoin de faire un reset, de remettre les choses à plat. Moi, je l'ai vécu malgré moi et j'ai appris de ça, donc je vais te le transmettre.
Camille : C'est intéressant, parce que, comme tu l'as dit, ça dépend depuis où on regarde. Et depuis où on regarde, ton opération du cœur peut être considérée comme vraiment singulière ou comme banale.
Jérémy : Et dans ce que tu dis, il y a aussi un message qui peut être fort : « parce qu'on m'a dit qu'il fallait être absolument différent, moi je suis capable de voir ce qu'on a tous de simple et de beau en nous, et je vous aide à le voir pour ne pas vous comparer. » Tu pourrais très bien avoir un marketing sur « on est tous pareils, et justement, on va créer des communautés pour être entre gens ».
Le risque de marginalité : quand la différence isole
Camille : C'est exactement là-dessus que j'ai besoin de remettre en question ce truc de la différence, parce qu'à une période, je me sentais très seule. J'étais construite sur ma différence, il n'y avait pas d'adaptation aux autres. Et j'ai un côté très impatient : ça n'allait jamais assez vite, donc je faisais toute seule. J'ai dû me dire : calme-toi, reviens au truc de base. Où est-ce que tu es comme tout le monde, et où est-ce que ça remplit tes besoins à toi, à eux, à tout le monde ? J'ai besoin de retourner dans ma banalité.
J'ai une amie, c'est l'inverse : elle a beaucoup grandi en communauté, donc elle a besoin de créer sa singularité, et ça lui fait quelque chose d'aller chercher ça. Alors que moi, à force d'être considérée comme différente, tu finis par être marginale.
Jérémy : Marginale, tu es seule, tu es incompris. C'est un peu comme les artistes : il y en a qui sont finalement compris, mais sinon tu es dans ton monde tout seul, tu vois plein de trucs et personne ne comprend ce que tu racontes.
Camille : Je pense que ceux qui disent « trouve ta singularité, c'est important », ce sont peut-être des personnes qui, à la base, ont beaucoup évolué à travers leur banalité. Et ceux qui se posent la question dans l'autre sens, comme moi, c'est parce qu'on leur a toujours dit « tu es différent, tu n'es pas comme les autres ».
À un moment donné, c'est douloureux d'être tellement différent. Ce n'est pas si génial.
Jérémy : Même sur ta banalité — je mange, je bois — tu ne manges pas comme tout le monde.
Camille : Non, mais tout le monde est assis autour d'une table, en général. Dans cette culture-là, c'est un moment statique, un moment où je peux partager, discuter. Ou par exemple, j'ai besoin de découvrir de nouvelles choses régulièrement : pour certains, c'est surprenant ; pour d'autres, c'est banal, ils aiment faire tout le temps de nouvelles activités.
Jérémy : Et tu n'as pas l'impression que tous ces sujets de banalité ou de singularité sont liés à nos valeurs, à ce qu'on valorise ou pas ?
Camille : Moi, je pense que c'est plus lié à d'où on vient. Et c'est surtout de l'ordre de la croyance : on se croit différent ou on se croit banal, mais on ne l'est ni dans un sens ni dans l'autre.
Jérémy : Tu as un exemple ?
Camille : Dans ma famille, on disait qu'on était différents parce qu'on voyageait beaucoup. C'est vrai qu'avant, il y avait moins de gens qui voyageaient, mais il y en avait quand même. C'était peut-être différent par la fréquence ou la façon de voyager — ce n'était pas du grand luxe, c'était très route. Mais des millions de personnes font ça. Et quand j'ai voyagé seule plus tard, j'ai vu des familles qui font le tour du monde. Nous, on partait en vacances, on ne s'est pas expatriés. Donc quelque part, on se croyait différents. C'est une croyance.
L'expression de soi au travers du regard de l'autre
Jérémy : J'ai l'impression que le sujet de la différence est important surtout par rapport à qui est l'observateur. Si je dis « trouve du sens à ta vie, trouve ta singularité, reviens en toi, découvre tes valeurs, ce qui t'animne profondément », quelqu'un qui n'a pas fait ce travail va trouver ça génial. Quelqu'un qui l'a déjà fait, ou qui n'a pas besoin de sens dans sa vie, va dire : c'est de la merde, c'est basique.
J'ai vraiment l'impression que c'est l'expression de soi au regard de qui observe.
Camille : Exactement, et en fonction du besoin de la personne, de l'intégration qu'elle a. Et du coup, les gens qui sont dans la quête du toujours différent, toujours plus, ont peut-être besoin de retrouver leur côté basique. Parce que tu te compliques pour rien. Revenons au fondamental : j'ai besoin de manger, de boire, de dormir, de repos. Ça devient un rejet de la banalité, une sorte de « tout sauf comme les autres ».
Jérémy : Après, ce dont on parle là, c'est aussi le cadre du commerce. La base du commerce, c'est : viens acheter ce truc que tu n'as pas. C'est pour ça que la route des Indes existait, que les marchands d'épices étaient très riches : ils avaient un truc que, sur place, il n'y avait pas. Dans la vente, il y a un côté très lié à ça.
Camille : Oui et non. Si on parle de psychologue, par exemple. J'ai un copain qui cherchait un psy, il en a testé deux ou trois, il disait « c'est de la merde, les psys ». Finalement, il en a trouvé une spécialisée dans le TDAH, elle est incroyable. Et ça, c'est sa singularité : elle a eu beaucoup de patients comme ça, elle s'est formée, elle a une vision des choses sur cet aspect-là, et ça lui répond. Mais pour moi, c'est juste un besoin. Prends le coiffeur : tu choisis ton coiffeur avec beaucoup de précision ?
Jérémy : J'en ai fait plusieurs. Il y en a un qui me coupait trop mal. Soit ils ne sont pas sympas et je n'ai rien à leur dire, soit l'ambiance du salon n'est pas ouf, soit ce qu'il m'a fait ne me convient pas. Et celle que je vais voir, c'est dans mon village : elle est super sympa, on discute, elle me fait la coupe, c'est hyper rapide, elle fait un truc simple et propre. C'est une forme de singularité : c'est un truc simple, et c'est ça, sa différence.
Définition de la singularité : une simple démarcation, pas une complexité
Jérémy : J'ai l'impression que tu classes la singularité comme quelque chose de compliqué, alors que pour moi, c'est juste une démarcation. Une différence, mais qui n'est ni plus ni moins. Prends deux personnes qui travaillent sur le business : l'une va être très business, motivationnelle ; l'autre dans un truc très psychologique, « je ne vais pas te motiver, il faut que tu ailles à ton rythme ». Pour moi, c'est leur singularité, mais ce n'est pas mieux ou moins bien. C'est en fonction de qui a besoin et qui vient.
Camille : Ce n'est pas forcément mieux ou moins bien, mais c'est plus ou moins compliqué. Moi, j'ai l'impression que différent égale compliqué. Différent égale original. Et original, c'est compliqué.
Jérémy : Pourquoi ce serait plus compliqué ? Tu te démarques, tu achètes une chemise jaune : ce n'est pas plus compliqué que d'acheter une blanche. Tu vas dans le magasin, tu choisis la jaune.
Camille : J'ai quand même beaucoup plus de chances de trouver une chemise blanche dans la plupart des magasins.
Jérémy : Mais reviens dans les années 80, c'était peut-être l'inverse.
Camille : C'est pour ça qu'on disait que ça dépend d'où, et de quand.
Jérémy : Toi, quand tu penses à « original », tu penses à quoi ?
Camille : Extravagant. Attends, je regarde l'étymologie... comme je n'ai pas de réseau, ça marche bien.
Appartenance à un groupe et besoin viscéral d'innovation
Jérémy : Et comment tu en es venue à te poser cette question ?
Camille : C'est une réflexion par rapport au job de Bruno. Lui, c'est du marketing relationnel, et il y a quelque chose de l'ordre du « on fait tous pareil ». Au sein même de la communauté, ce qu'il fait est original. Mais moi, j'ai toujours du mal, j'ai vite une angoisse d'appartenir à une communauté. Je pense que c'est parce que j'ai un besoin d'être originale, différente, qui est presque viscéral. Dès que je suis trop dans un groupe, je finis par faire des allers-retours.
Je ne suis pas un pilier de groupe, je suis celle qui fait évoluer le groupe.
Jérémy : Tu es un pilier de bar.
Camille : Non, mais c'est vrai : dans un groupe, tu en as toujours deux ou trois qui sont là, sur qui tu peux compter. Et moi, je vais être la novatrice. Et l'innovant ne peut pas être à 100 % dans le groupe, sinon il n'a plus d'inspiration ailleurs, parce qu'il ne regarde que le groupe. C'est comme ça que je me suis posé ces questions : j'avais l'impression que tous ces gens avaient le même modèle business, mais qu'ils le vivaient différemment à l'intérieur. Et je me demandais : elle est où, ta liberté, là-dedans ?
Jérémy : Tu choisis un modèle. Et il y a aussi l'illusion de croire qu'on est différent. C'est tout l'enjeu des IA aujourd'hui : je crois que c'est Anthropic qui étudie les émotions chez les IA, et on se rend compte que les émotions humaines, c'est un truc qui peut être régi plus ou moins par un algorithme. Tu as un stimulus, tu déclenches telle émotion. Il nous reste peut-être la chimie du corps, mais la chimie, ça reste de la science, des molécules qui interagissent.
J'ai l'impression que tout est prédictible, dans l'absolu.
Mindset et sécurité intérieure face à l'instabilité du business
Camille : En termes de statistiques, tu as des personnes pour qui c'est une chance sur cent de réagir comme ça, et d'autres une chance sur mille. C'est ça, le truc, dans l'histoire des différences.
Jérémy : Je ne crois pas, en fait. Je crois que ça dépend des connaissances ou des paramètres que tu as.
Camille : Dans certaines situations, tu vas avoir un pourcentage de gens qui réagissent d'une façon et un autre pourcentage qui réagit autrement. Là, c'est encore faire des catégories de gens. Si on parle d'entrepreneuriat versus salariat : dans certaines situations, une personne salariée va certainement réagir pour répondre à un besoin de sécurité en premier.
Jérémy : Et l'entrepreneur, c'est pareil ? Ça dépend, ça peut être la sécurité, ça peut répondre à d'autres besoins. Parce que quand tu dis sécurité, moi j'entends sécurité intérieure.
Camille : Non, moi je te parlais de sécurité financière.
Jérémy : C'est pour ça que je te parlais des valeurs tout à l'heure, parce que pour moi c'est très lié : qu'est-ce qui fait que tu es OK ou pas OK par rapport à une situation ? Être instable financièrement de mois en mois, je suis OK avec ça, parce que c'est le jeu de l'entrepreneuriat.
Camille : Je ne dirais pas que c'est le but. C'est un paramètre accepté, intégré. Quand tu as une activité saisonnière, si tu es restaurateur, il y a des jours avec, des jours sans.
Jérémy : Et ce qui fait que tu vas dans l'entrepreneuriat, c'est que tu as des valeurs plus importantes : la liberté, l'indépendance, l'autonomie, ou changer le monde, qui font que malgré les contraintes, tu y vas à fond. Alors qu'un salarié, c'est peut-être la valeur de sécurité financière.
Camille : Derrière la valeur, il y a aussi le fonctionnement de la personne. Et il y a plein de gens qui, en nous entendant discuter de ça, vont se dire que c'est de la masturbation intellectuelle. Mais pourquoi ça nous intéresse, nous ? Pour ma part, ce n'est pas une valeur, c'est un besoin : un besoin de comprendre, beaucoup, beaucoup de choses. Et j'ai des personnes autour de moi qui aimeraient se lancer à leur compte, mais qui ont du mal à accepter les contraintes. Ce n'est pas qu'une histoire de valeurs, ça peut être une histoire de régulation émotionnelle : la fluctuation financière, comment tu la gères émotionnellement ?
Jérémy : Et au fur et à mesure du temps, tu prends plus confiance. Tu développes aussi — c'est ma vision — plus de foi, au niveau spirituel.
Camille : C'est l'expérience, aussi.
Jérémy : Et tu te dis : quoi qu'il advienne, il y aura toujours une solution. Si tu as la conviction profonde que quoi qu'il arrive tu t'en sortiras dans la vie, tu es beaucoup moins en PLS d'être à ton compte que si tu penses que la vie c'est galère et que tu vas te planter.
Camille : Donc quelque part, c'est du mindset : j'ai confiance qu'il peut y avoir l'apocalypse autour, je trouverai toujours une solution pour survivre, et idéalement dans des conditions pas trop dégueulasses.
La posture du salarié vs celle de l'entrepreneur : valeurs et éthique
Camille : Est-ce qu'on est singuliers parce qu'on a décidé de s'intéresser à ces sujets-là, et que c'est ça qui crée cette confiance ?
Jérémy : Pour nous, c'est cette confiance-là. Mais un salarié qui n'est pas dans cette confiance est peut-être dans sa confiance à lui, sur un autre aspect, là où nous ne le serions pas, parce que ce n'est pas notre besoin.
Camille : Pour avoir été salariée, le plus dur dans le salariat, plus que tout le reste, c'était de courber l'échine. De penser quelque chose différemment mais, à cause de la hiérarchie, de ne pas aller au front et de dire OK. De faire parfois des choses dont je n'ai pas envie, jusqu'à ce que mon corps dise non, stop. Ma limite, ça a toujours été l'éthique : si on me demande quelque chose et que je ne suis pas en phase, soit je le fais, soit je ne le fais pas, et là ça devient dérangeant. La difficulté, c'était de ne pas prendre le lead, parce que je ne suis pas en place de le prendre. Et il y a des salariés qui savent hyper bien faire ça.
Le truc de « soyons corporate », ça me donne la nausée. C'est ce « soyons conformes » avec lequel j'ai vraiment de la difficulté.
Ne serait-ce qu'avoir un nombre d'heures fixes, sur des jours toujours les mêmes : en gros, j'ai cinq semaines différentes dans l'année si j'ai de la chance, sinon je sais que de 9 h à 17 h j'ai mes fesses posées sur cette chaise, face à cet ordinateur, avec ce collègue.
Jérémy : Pour moi, c'est exactement ça, la singularité : tu as un socle commun, le travail, qui est commun à tout le monde. Et dans le travail, tu choisis comment tu veux travailler. Il y a des salariés, des indépendants, des indépendants qui bossent 90 heures par semaine, des salariés qui ont un métier avec plein de déplacements parce qu'ils ont envie de se déplacer. Tout le monde est singulier dans sa façon de travailler. C'est comme un arbre : ça reste un arbre, sauf qu'il n'aura pas le même nombre de feuilles que son copain, ou trois fleurs en plus.
Plus c'est macro, plus c'est banal.
Quand tu te compares aux milliards d'êtres humains, ton histoire est probablement banale. Mais si tu te compares à ta communauté de quelques centaines ou milliers de personnes, pour eux ce n'est pas banal, parce que c'est un truc auquel ils n'ont pas accès.
Déconstruire la notion de travail et le rapport à l'argent
Camille : Si je déconstruis la notion de travail : le travail répond à un ensemble de besoins — appartenance, accomplissement, apprentissage, impact. Mais tous ces besoins, hors financier, tu peux les remplir sans travail. Donc la question devient : comment je fais pour générer de l'argent ? Et qu'est-ce qu'on appelle « travail », derrière ? Quelqu'un qui est rentier va te dire « je ne travaille pas ».
Jérémy : Alors qu'un salarié dira que ce gars travaille pour se pencher dans la vie.
Camille : Aujourd'hui, l'air est gratuit, heureusement. Mais malheureusement, la nourriture, s'habiller, le logement, ça ne l'est pas. Donc toutes les personnes sur cette planète sont censées trouver une façon d'obtenir de l'argent.
Jérémy : Tu peux faire la manche. Tu peux avoir un travail et échanger ton temps et tes compétences contre de l'argent. Tu peux faire la même chose en tant qu'entrepreneur. Tu peux être rentier — tu es tombé dans la bonne famille, mais tu pourrais aussi refuser ton héritage. Tu as toujours le choix, quelque part. Et pourquoi il y en a qui s'infligent de bosser des dizaines d'heures par semaine pour un petit revenu, et d'autres qui bossent moins pour un gros revenu ?
Camille : La dernière fois que je t'entendais parler de ça, c'était la qualité des questions que tu te posais : qu'est-ce que tu veux dans la vie ?
Jérémy : Il y a mille et une façons de générer de l'argent : il y en a qui vont te demander beaucoup de temps, d'autres beaucoup de compétences. Mais dans ce panel, il n'y a quasiment jamais personne qui vient te faire un mind-mapping. Donc bon an mal an, tu expérimentes et tu testes. En tout cas, moi, je suis dans la team « je teste, j'avance ».
Et sur la singularité : toutes les personnes qui sont à fond dans le spirituel et qui te disent que c'est ta X millième vie, tu peux pousser le raisonnement. Si la singularité est définie par toutes les vies que tu as eues avant, à quel point est-on vraiment tous singuliers ? Moi, je me dis que sur Terre, à part la première cellule, le premier organisme vivant qui s'est démultiplié, il n'y a que lui qui était réellement singulier, parce qu'il était le seul. Tous les autres sont le fruit de ce truc-là. Par rapport à cet individu premier, rien n'est singulier. Mais si tu regardes toi et moi, on voit bien qu'on est singuliers.
Camille : En tout cas, on croit qu'on ne se ressemble pas.
La singularité comme point de connexion profond
Jérémy : Ça m'a fait réfléchir : c'est quoi, le problème d'être singulier ?
Camille : Pour moi, le problème d'être singulier, c'est la solitude.
Jérémy : Moi, je vois l'inverse. Je vois dans la singularité le fait de pouvoir connecter avec des gens justement parce que tu as cette singularité. Nous deux, d'ailleurs : c'est parce que tu es singulière et que tu te poses des questions existentielles.
Camille : Mais c'est banal de se poser des questions existentielles, selon d'où tu regardes.
Jérémy : C'est à la fois banal, et à la fois, si on prend mille personnes autour de nous, je pense qu'on fait partie de celles qui s'en posent le plus. Dans dix ans, si tu changes d'environnement et qu'autour de nous il n'y a que des gens qui se posent des milliards de questions, ce sera différent.
Camille : Donc on a connecté à la fois sur une singularité et sur un point commun. Une différence au regard d'un groupe d'appartenance, et un point commun d'être singuliers.
Jérémy : C'est pour ça que je le vois comme un truc qui connecte, alors que tu disais que ça éloigne. Les personnes auxquelles j'adhère le plus, je les perçois comme ayant quelque chose de rare : « putain, cette personne, elle a compris un truc, elle voit le monde d'une façon que je n'ai pas encore captée. » Peut-être que quelqu'un qui n'en a rien à foutre dirait « c'est de la merde ».
Cette singularité-là, c'est ce qui fait que j'ai envie de connecter à l'autre.
Camille : Moi aussi, j'ai tendance à être attirée par la singularité, mais je pense qu'il y a des personnes à qui ça fait peur. Je fais attention à ce que je partage : là, on peut parler de physique quantique, déblayer et aller sur plein de sujets sans que tu prennes peur. Mais avec d'autres, je fais des petits pas de côté sur des terrains inconnus, je sens qu'il n'y a plus trop de répondant et que ça les insécurise. Et je peux comprendre : si on m'aborde sur des sujets très pointus, en science par exemple, une fois, deux fois, trois fois, je vais me sentir stupide, pas comprise, pas connectée. Mon cerveau va se détourner, la personne ne va plus m'intéresser.
C'est une histoire de tolérance à la différence : une singularité, mais jusqu'à un certain niveau. Trop singulier, tu n'en as rien à faire. C'est vraiment une histoire de seuil.
Jérémy : En même temps, quelqu'un de trop banal, tu n'en as rien à faire non plus.
Le seuil de tolérance à la différence dans les relations
Camille : Quelqu'un de banal, pour moi, c'est quelqu'un qui va passer sa journée sans trop réfléchir, qui subit un peu son quotidien — et même ses années.
Jérémy : Mais il est singulier par rapport à quelqu'un d'autre qui n'est pas comme ça. Pourquoi la singularité serait toujours de notre côté et les autres seraient banals ?
Camille : Parce que je viens de là. Je viens d'un endroit où je me pose des questions mais où il n'est pas bien vu de s'en poser, et où très peu de personnes reçoivent mes questions. Donc j'essaie de faire comme si j'étais quelqu'un qui ne se pose pas de questions, qui fait boulot-dodo, dont le projet est d'acheter une maison, d'avoir des enfants, de se marier, et la vie s'arrête là.
Jérémy : En même temps...
Ta recherche de vouloir être commune, c'est être singulière de ta famille.
Camille : Oui, tout à fait.
Jérémy : Tu veux absolument être basique, mais tu cherches à te démarquer de gens qui sont singuliers pour être singuliers.
Camille : J'aimerais bien y arriver, et j'ai l'impression qu'on commence à le faire dans cette discussion.
Jérémy : Je pense que chaque personne a un endroit juste, selon où tu regardes, où elle est à la fois très singulière et à la fois très banale. Et avoir ça en conscience, c'est là la zone d'équilibre.
Camille : Parce que « trouve ta singularité » dans le business, pour moi, ça voudrait dire que je vais réinventer tous les systèmes de business qui existent, réinventer le marketing. Non, je ne vais pas tout réinventer. Donc : comprends les banalités, les trucs basiques qui te conviennent, prends les recettes toutes faites qui sont déjà OK pour toi, et fais aussi tes propres recettes.
Business : faut-il réinventer les recettes ou suivre les fondations ?
Camille : C'est un juste équilibre. Si demain j'ai envie de manger des pâtes, honnêtement, je ne vais pas expérimenter mille temps de cuisson. Je vais suivre le truc. Peut-être que je vais faire une sauce un peu originale, mais je prends quand même la base. Et peut-être que la fois suivante, je modifierai autre chose.
Jérémy : Parce que la base, c'est de l'acquis : il y a un socle commun qui dit que ça fonctionne.
Camille : C'est pareil dans l'entrepreneuriat, avec les méthodes marketing. Et là, ça vient sur la notion de confiance : comme j'ai de la difficulté à être dans la banalité, faire confiance au fait que tel système fonctionne, arrêter de tout remettre en question... Parfois c'est de l'impatience — ça devrait marcher dans la seconde, non ? Mais si tel système fonctionne, tu n'y touches plus. Donc « trouve ta banalité », c'est un peu « trouve tes fondations ».
Jérémy : Moi, je dis exactement la même chose, mais en disant « trouve ta singularité ». Parce que pour moi, ces fondations ne sont pas universelles : ce sont des fondations qui vont te correspondre à toi.
Camille : Tu prends quand même des briques qui ont été faites par l'universel.
Jérémy : C'est pour ça qu'il y a toujours une histoire de niveau. Si tu reviens au niveau le plus bas, oui, c'est commun à tout le monde. Mais quand tu montes, c'est singulier à chacun. Pour que ton business se développe, il faut une audience : c'est banal. Pour avoir une audience, il faut créer du contenu : c'est banal. Mais dès que tu rentres dans l'opérationnel — YouTube, Instagram ou LinkedIn ? Vidéos longues, vidéos courtes, podcasts ? Quels sujets ? — tu as toujours une strate banale, parce que tu ne vas rien réinventer. C'est comme la nourriture : c'est banal, mais tu peux être végétarien, ne manger que du poulet. Et plus on monte, plus la question devient : c'est quoi ton niveau de satisfaction personnelle, à quoi ça répond, quels besoins ? C'est là que tu deviens singulier, parce que c'est juste une histoire de quel choix je fais pour me sentir bien.
Camille : Ce que tu dis là, c'est la même chose que moi, sauf que tu appelles ça la banalité. Et là, il peut y avoir une frustration — et un gros ego. Par exemple, on me dit : il faut que tu construises une communauté, sinon ça ne va pas marcher. Moi je réponds : ah bon ? Écoute, je pense que ça peut marcher sans communauté, juste avec des connexions.
Jérémy : Des connexions instantanées, oui : tu vends un truc dans la rue, c'est un service rapide, en deux secondes la personne paye, bonne journée, elle a passé un moment sympa, fin de l'histoire. Ton business n'est pas basé sur une communauté. Mais ce sera singulier dans la stratégie que tu utilises par rapport à quelqu'un qui n'utilise pas ça.
Camille : Je suis d'accord, mais la difficulté, c'est de savoir quelle est toute la palette de briques de base possibles et imaginables, celles qui sont banales et que tu ne vas pas remettre en question. Pour moi, la difficulté, c'est d'arrêter de remettre en question.
Le besoin de remettre en question le statu quo (et ses limites)
Jérémy : Et ça vient d'où, ce besoin de remettre en question ? Pour moi, le sujet, c'est plus ça que la singularité. Dans ma perception, le seuil est assez clair entre ce qui est admis de manière commune et les endroits où tu peux te différencier. Et effectivement, on peut aller remettre en question tout ce qui est admis.
Camille : Là où toi tu vas dire « trouve ta singularité », moi, soit on m'a énormément mis ça dans la tête, soit c'est qui je suis de base. Je ne sais pas si c'est un truc rebelle, mais j'ai l'impression que je suis faite pour questionner les statu quo.
Jérémy : Et c'est quoi, le problème ? C'est que tu n'as jamais de fondations : dès qu'on te dit « là, il y a un socle en béton », toi tu te dis « passez-moi une massue ».
Camille : Oui, et alors ?
Jérémy : Tu ne peux pas construire de maison si tu passes ton temps à casser les fondations. Tu ne construis pas de maison, c'est tout.
Camille : Et c'est un problème ? Pourquoi ?
Jérémy : Je me questionne aussi, je suis un peu comme toi : je vais toujours essayer de trouver le truc, de retourner, de me chercher. Mais tu bâtis déjà plein de trucs sur lesquels tu lâches prise sans t'en rendre compte. Tu es quand même en couple, avec un couple structuré, bâti, construit. Je pense que ce n'est juste pas équilibré : tu valorises un truc et tu en dévalorises un autre.
Blessures, valeurs et construction du couple
Jérémy : Quand je parle de système de valeurs, c'est que ça vient nourrir quelque chose de beaucoup plus profond. Il y a tes blessures, qui créent ton système de valeurs. Selon les moments de ta vie, tu es dirigé par l'un ou par l'autre. Et au-dessus, ce qui chapeaute, pour moi, c'est la singularité.
La singularité, c'est ta manière propre. Ce n'est pas une singularité à opposer aux autres, c'est de soi, avec soi-même : qu'est-ce qui nous nourrit, quelle est notre manière de voir le monde et de répondre à nos besoins ?
Camille : Dans le couple, par exemple : dès qu'il y a une fondation, je la détruis. Beaucoup de gens disent qu'au début, c'est la lune de miel. Pour moi, la lune de miel ne dure pas longtemps du tout — trois jours et c'est bon. Au début, c'est la rencontre des blessures, c'est un bronx total, et au fur et à mesure ça va mieux. Alors que je me réfère à des modèles où on dit que l'amour dure trois ans. Moi, j'ai plutôt l'impression qu'une fois que tu as passé les trois ans, c'est peace and love. Les trois premières années, c'était le plus gros chantier : on a labouré la terre, choisi le lieu.
Jérémy : Moi, je n'ai jamais eu l'impression qu'on m'a dit ça, et je n'ai jamais vécu ça. J'ai toujours entendu « l'amour dure trois ans » : au bout de trois ans, c'est fini, ton couple.
Camille : Pour moi, ça voulait dire qu'au début c'est tranquille, et qu'au fur et à mesure l'intensité s'accélère, c'est de pire en pire. Avant, effectivement, c'était de pire en pire. Là, c'est de mieux en mieux.
Jérémy : Encore une fois, c'est : quel est l'observateur, quelle est la référence ? On a fait l'anniversaire d'amis ce week-end, ils ont fêté leurs 40 ans chacun, ça fait 18 ans qu'ils sont ensemble. Je discutais avec d'autres amis à eux, plus âgés — lui est bientôt à la retraite — qui étaient ensemble depuis 55 ou 60 ans. Je leur ai demandé : c'est quoi le secret ? Ils m'ont dit : c'est parce qu'on a évolué ensemble. Si tu discutes avec ce couple-là, il te dit que le but du couple, c'est d'évoluer ensemble, qu'il y a des hauts et des bas, et que c'est ce qui est beau dans la vie. Ta croyance est complètement différente de « l'amour dure trois ans ».
Camille : J'ai l'impression que j'ai besoin de trouver mon bon cadre de référence, et que j'ai évolué avec un cadre de référence qui m'a menée à des couples non épanouissants. Et je pense que c'est pareil pour le travail, pareil pour tout.
Agir depuis ses valeurs plutôt que depuis ses manques
Jérémy : Mon sujet, c'est : à quel moment tu es dans ton inconscient et tu réponds à ta blessure, et à quel moment tu as avancé dans ton travail personnel et tu commences à répondre davantage à tes valeurs, tes besoins, ta singularité qu'à tes blessures ? C'est là que tu as un socle sain, parce que ce n'est plus un socle dans la destruction.
Les blessures, c'est un truc du manque, où je cherche à tout prix à combler ce qui m'a tellement manqué. Tu vas chercher un mec ou une copine non pas parce que tu cherches un socle stable, mais parce que tu cherches à ce que la personne te soigne.
Camille : Et tu cherches un boulot pourquoi, selon toi, si tu es dans le manque ?
Jérémy : Ça rejoint ce que tu disais : quelqu'un qui est en PLS sur l'aspect financier et qui cherche absolument un boulot ne veut pas du sens dans son boulot, il veut un salaire stable. Probablement que si tu creuses, il a vécu de l'instabilité quand il était enfant, et c'est un moyen de se réguler émotionnellement.
Et dans l'absolu, tu as raison, il n'y a pas de singularité. Vu qu'elle est propre à chacun, si tu compares deux singularités, ça donne zéro : ce sont juste des individus qui te disent « ma préférence, c'est ça ». Sauf qu'ils ne le disent pas comme ça : ils disent plutôt « là, je ne veux pas trop répondre à mes blessures parce que c'est douloureux, donc je vais plutôt faire ça », ou « là, j'ai avancé sur moi, j'ai dépassé ça, donc je vais faire ça ».
Camille : Du coup, au lieu de dire « trouve ta banalité »... Encore une fois, ça revient à l'enfance : peut-être que j'ai eu l'impression de manquer de cadre. Donc moi, j'ai besoin de « trouve ton bon cadre de référence ». Parce que quand tu as manqué de cadre, tu t'y soumets très rapidement quand tu en trouves un, puisque tu en as besoin. Et tu peux tomber sur tout type de cadre : il y a des cadres très rigides, des cadres plus mous. Pour les gens comme moi — et je suis sûre de ne pas être la seule — le sujet est davantage là : trouve ton bon cadre de référence, et à partir de là, tu es nécessairement singulier, ce n'est pas ça le sujet.
Sortir du pilote automatique pour plus de fluidité
Jérémy : Peut-être. Et en même temps, de ce que tu me dis, j'ai le sentiment que quand tu vas trouver le cadre, tu auras envie de prendre une masse pour le démolir.
Camille : Une fois que j'ai trouvé le cadre, je vais le faire évoluer. Si j'ai trouvé le mauvais cadre, je vais vouloir tout démolir. Alors que si j'ai trouvé le bon cadre, je vais construire une nouvelle porte, une nouvelle fenêtre — c'est plus doux. Sinon, je pète tous les murs.
Jérémy : Avec Bruno, vous avez une relation qui dure depuis un moment. Et sur ton cadre alimentaire, par exemple, j'ai l'impression que c'est quelque chose qui s'est établi depuis longtemps. On peut trouver mille trucs chez toi où c'est hyper stable, hyper carré. Mais il y en a d'autres où tu as un besoin de détruire.
Camille : Si je le vois d'un point de vue subtil, c'est un besoin de refaire bouger l'énergie. Dès qu'il y a trop de choses figées... Il y a des gens qui ont besoin que ce soit très posé, avec de petits virages. Moi, il y a toujours une tornade pas très loin.
Jérémy : Franchement, je suis comme ça aussi. Mais dans quelle mesure le fait de ne pas trouver de cadre est aussi la réponse à ta blessure de « sortir du moule » par rapport à ta famille qui t'a dit « il faut absolument être comme ça » ?
Aparté de Jérémy : si tout ce qu'on partage avec Camille te parle, si tu sens l'envie ou le besoin d'aller creuser en profondeur pour identifier tes blessures, tes valeurs, et voir un peu ce qu'est ta singularité — ce truc qui te définit malgré toi, au-delà de toi, et qui peut créer beaucoup plus de fluidité et de sens dans ta vie — j'ai mis le lien vers ma formation Origines en description, avec un code promo.
Camille : Le cadre de ma famille, à différents niveaux, ne me convenait pas. Mais le fond me convenait plus que la forme : la plupart des barrières, des « il faut », des « c'est comme ça » ne me convenaient pas, alors que dans certaines valeurs, je me retrouve. Et du coup, il y a peut-être ce truc qui s'est mis en place : je passe ma vie à détruire les « il faut », les « on doit », les « c'est comme ça ». C'est insupportable.
Jérémy : Entre ce qui est transmis par ta famille — que tu peux classer dans les croyances, plus les injonctions — et ta singularité, ton système profond, tu te construis en opposition et en réaction à ton environnement. Et ça fait que tu vas avoir des recherches dans la vie liées à ce que tu as eu ou pas eu. Quelqu'un qui s'est senti hyper enfermé va souvent avoir un besoin de grande liberté. Sur le papier, tu peux te dire : c'est une personne singulière, elle fait ci, elle fait ça. Si on revient à un truc basique : non, elle a juste une blessure, et sa singularité, c'est qu'elle passe son temps à essayer de la combler, sans même se rendre compte que c'est un trauma.
Camille : Et il y a l'époque, l'environnement, le paradigme de la société dans laquelle tu es. Ma grand-mère, sur certains sujets, dit qu'elle ne veut pas raconter, parce que « vous allez me juger, vous n'êtes pas dans la même époque que moi ». Elle hésite mille fois à écrire son livre : « ça me dérange, parce que vous allez le lire depuis 2026 ».
Jérémy : J'imagine que pour ta grand-mère, tu es hyper singulière. Je prends mes grands-parents, qui ne sont plus là : leur truc, c'était « tu rencontres quelqu'un, tu passes ta vie avec, et tu as ton boulot plus ou moins vite ». C'est la base. Du coup, quelqu'un comme nous, qui fait des vidéos sur YouTube, c'est hyper singulier. Mais pour un gamin de 15 ans aujourd'hui, faire du montage sur l'ordinateur... Des personnes de 15 ans que je connais me disent : « attends, tu fais ça sur l'ordinateur ? Moi, je fais sur mon téléphone. » Donc je suis un dinosaure, je suis dans la banalité. Ça dépend depuis où, encore une fois.
Camille : C'est intéressant à nuancer, parce que j'entends « trouve ta singularité » un peu comme une injonction. Alors qu'il faudrait dire : connais ton cadre de référence actuel. Tu ne peux pas parler de singularité sans savoir dans quel cadre de référence tu es aujourd'hui.
Jérémy : C'est exactement pour ça que j'ai comme bases les blessures et les valeurs — les blessures et les caractéristiques, pour moi.
Camille : Mais l'environnement socioculturel est extrêmement important.
Jérémy : Tes blessures et tes caractéristiques sont inhérentes à ton environnement, à tes domaines de vie. C'est hyper lié. Et ces deux socles composent ta singularité, qui chapeaute le tout : qu'est-ce que je choisis consciemment, où je mets mon énergie, quelle communication j'ai dans mon activité, quels sont les traits de personnalité, de fonctionnement qui me sont propres — pas uniques, mais propres à moi — et que je choisis de mettre en avant.
Camille : Mais comment tu fais pour savoir ce qui est propre à toi ?
Jérémy : Pour moi, c'est : qu'est-ce qui est le plus naturel pour toi, le plus fluide, le plus simple à mettre en place, qui demande le moins d'énergie.
Énergie et friction : choisir le bon format (podcast vs shorts)
Camille : Mais comment tu sais à quel endroit c'est différent de ta communauté ?
Jérémy : Moi, je m'en rends compte par les réponses. Et je pense que le bon chemin — ça peut se discuter — c'est : qu'est-ce qui est fluide pour toi, et trouve les gens pour qui c'est fluide. Je pourrais te dire : « Camille, le mieux, c'est que tu fasses des shorts sur TikTok, ou des reels sur Insta, c'est ce qui marche le mieux pour bâtir une communauté. » Sauf que sur ce sujet-là, moi je préfère les discussions longues, profondes. C'est beaucoup plus fluide de m'installer avec quelqu'un et de discuter deux heures que de me mettre devant un script, d'enregistrer, de faire un montage — même si ça prend beaucoup moins de temps.
Camille : Mais plus d'énergie pour toi.
Jérémy : Là, c'est super fluide, ça me donne de l'énergie. L'autre, il y a une vraie friction.
Pour moi, la métrique, c'est l'énergie que ça te demande.
Et c'est intéressant, parce que pour deux tâches avec des temps différents, deux personnes peuvent avoir des perceptions très différentes. Quand j'avais mon business pour les photographes, faire des vidéos et des montages, c'était un enfer. Aujourd'hui, je fais une vidéo par semaine et je n'ai aucune friction, je suis trop content, tout est fluide. Pourquoi ? Parce qu'avant, je le faisais parce qu'il fallait le faire, parce que c'est comme ça que ça marchait. Je cherchais des sujets non pas parce que ça me faisait kiffer, mais parce que ça allait faire de la vue. C'était lourd. Là, je partage ce que j'ai envie.
Camille : Donc tu fais exactement la même chose dans la forme — même plus — mais tu ne le fais pas depuis le même espace. Et ça, c'est un truc que j'intègre de mieux en mieux en ce moment : comment le faire. Parce que j'ai cette tendance naturelle, qui est une erreur jusqu'à un certain point, de toujours dire : le problème, c'est le cadre. Du coup, tu me vois faire 40 000 trucs différents jusqu'à ce que je me dise « purée, mais non ». Il manque des gens qui disent : « voici le cadre A ; en général, ce sont des gens qui pensent comme ci, qui voient ça. Est-ce que vous vous reconnaissez là-dedans ? Alors testez-le, essayez au moins six mois ou un an, et maintenant apprenez à identifier le bon espace intérieur dans ce cadre. » Ces deux points-là, on ne te les apprend pas.
Jérémy : Parce que la plupart des gens te vendent leur cadre, celui qui a marché pour eux, leur méthode.
Camille : Oui, mais ça manque tellement de profondeur.
Jérémy : Je me suis confronté à ça. Dans mon business pour les photographes, j'avais un accompagnement avec 14 modules, et le principe, c'était de balayer l'ensemble des solutions existantes et de pousser les personnes à choisir celle qui leur correspond, avec leur système de valeurs, leur singularité. Sauf que tu te heurtes au fait que les gens sont dans le fantasme, dans l'immédiateté, dans le plaisir immédiat. Si tu proposes : « tu vas mettre six mois, tu vas creuser, et peut-être qu'à la fin tu ne l'auras pas trouvé, ce sera peut-être plus long » — face à « tu appliques cette méthode et dans six semaines ton business fonctionne »... Ce n'est pas vrai, mais les gens ont ce biais : je veux que ce soit rapide, je veux que ce soit facile, je n'ai pas envie de faire d'efforts. Donc quand tu leur proposes un truc qui paraît rapide et facile, ils y vont. Et dès que tu proposes quelque chose de plus humain, de plus authentique, avec plus de profondeur et plus de choix, il y a un vrai frein.
Camille : Parce qu'il faut derrière un niveau de conscience hyper élevé, un niveau de connaissance de soi, d'honnêteté avec soi-même.
Jérémy : Et de « je sais que de toute façon ça va être long, alors quel chemin je prends ? ». Parce que le chemin est aussi long dans l'autre sens : tu vas faire dix méthodes qui ne te servent à rien. Que tu en fasses une où tu peux choisir, le chemin sera de la même longueur. Mais dans la perception, tu as l'impression que ça va être plus rapide.
Camille : Et en même temps, des fois, tu as besoin de te gourer 40 fois. Sur l'entrepreneuriat : j'essaie de communiquer sur tel réseau, ah non, sur tel autre, et puis je réessaie le premier mais avec la méthode reels, et puis avec la méthode carrousel... Et à un moment donné, tu te dis : en fait, c'est toujours Insta, au final. Donc OK, c'est Insta, on ne remet plus Insta en question. Et maintenant, la question, c'est : comment je fais pour que ce soit depuis le bon espace intérieur ?
L'apprentissage par l'expérience et l'espace du cœur
Camille : C'est hyper subtil. Je trouve que ça prend du temps à comprendre.
Jérémy : C'est ma singularité aujourd'hui : l'espace du cœur, c'est un truc que je connais bien, parce que l'opération du cœur m'a envoyé profondément dans cet espace de qui je suis, qu'est-ce que je veux. Un espace très physique, de mes ressentis, de comprendre mes limites à l'intérieur, de ressentir mes organes — j'ai senti des organes que je n'avais jamais sentis avant. Et j'ai cette capacité aujourd'hui. Donc oui, c'est un apprentissage, c'est l'expérience de passer par un chemin plutôt qu'un autre.
Et quand tu fais appel à quelqu'un — c'est ce qu'on vend, dans le business — c'est une forme de raccourci. C'est quelqu'un qui a une longue vue et qui te dit : voilà par où je suis passé, voilà ce que j'ai compris, je vais peut-être t'éviter cette période de galère. Mais peut-être que tu auras des galères ailleurs.
Camille : Mais comment tu fais, concrètement ? Moi, c'est carrément « depuis quel espace je vis ? ». C'est extrêmement subtil, extrêmement difficile de mettre des mots là-dessus. Mais j'ai l'impression que de plus en plus, je vis depuis le bon endroit.
Jérémy : Ce que je fais aujourd'hui, c'est que je teste. On en parlait à midi : une femme a pris un reel qui avait très bien marché aux États-Unis, elle l'a scripté en français, elle a tourné exactement le même — les mêmes plans, le même texte. Elle a gagné 3 000 abonnés dans la soirée, des dizaines de milliers de vues, peut-être pas un million mais pas loin. Pour moi, il faut tester ça. Tu expérimentes de le faire : « ah putain, c'est hyper lourd de le faire ». Et tu gagnes 3 000 abonnés, elle disait que son carnet d'adresses était plein. Finalement, c'était lourd, mais j'en ai fait un et mon carnet d'adresses est plein. Est-ce que c'est vraiment si lourd ? Ça m'a allégé d'autres choses.
Pour moi, c'est ça, l'apprentissage. Si tu n'es que dans le ressenti — « non, je ne le sens pas » — tu ne fais rien. Tu ne le sens pas : OK, c'est un indicateur. Tu le fais, c'est lourd : deuxième indicateur. Mais tu as des résultats. Est-ce que je suis prêt à en faire un deuxième ? Eh bien oui, vu les résultats. Et c'est là qu'il y a l'ego : « non, je ne veux pas faire un truc qui existe, je veux toujours de la nouveauté ».
Passer six mois à faire plein de petits contenus hyper fluides qui ont zéro résultat, est-ce que c'est mieux que d'avoir une douleur à un moment qui t'amène un résultat ?
Camille : Donc pour quelqu'un qui voudrait apprendre à entreprendre depuis le bon espace, une donnée de base c'est d'être OK avec le fait de se tromper, d'expérimenter, de commencer par être nul dans quelque chose, d'être dans l'inconnu. Il doit y avoir un certain confort dans l'inconfort de l'inconnu.
Jérémy : C'est comme sur la singularité : j'ai un programme, Origines, justement pour découvrir sa singularité, mais je ne cherche pas à tout prix à être singulier dans tout ce que je fais. C'est aussi ne pas être dans le fantasme du « c'est la seule voie ».
Camille : Mais tu pourrais dire « il faut ». Est-ce que tu dis parfois « il faut » ?
Jérémy : Dans mon marketing, oui, bien sûr. Parce que j'ai le sentiment que les personnes qui sont dans cette recherche de sens ont plus à gagner à le faire qu'à ne pas le faire. Et en même temps, j'ai des collègues qui sont à 10 000 lieues de ça : eux ont plus intérêt à ne pas le faire, parce que de toute façon, ils ne le feront même pas. J'ai fait un test : j'ai essayé d'offrir ma formation à des personnes. Et à chaque fois, celles pour qui je me disais « je vais l'offrir, mais elle n'en fera rien » n'ont rien fait.
Camille : Tu as manifesté, aussi ! Dans ta posture : celui dont tu es convaincu, tu le convaincs ; celui dont tu n'es pas convaincu, tu ne le convaincs pas non plus.
Jérémy : Peut-être, c'est un paramètre. Mais moi, je n'aime pas offrir des trucs, parce que quand il n'y a pas d'engagement financier... L'engagement financier, c'est la preuve que la personne veut vraiment le faire. Et s'il n'y a pas cette preuve-là...
Camille : Comme on avait fait pendant notre retraite. Ça raconte quelque chose.
Jérémy : Le gratuit, je pense que c'est le pire truc qui existe.
Camille : Mais tu fais des contenus gratuits toutes les semaines.
Jérémy : Je fais du contenu gratuit avec une intention. Ça dépend si tu regardes le système global ou pas. Oui, la vidéo sur YouTube est gratuite. Mais pour moi elle n'est pas gratuite, parce que sur le pourcentage de personnes qui vont la regarder, il y en a qui vont acheter quelque chose derrière, et ça finance tout l'écosystème d'offres. Sur YouTube, il y en a qui mettent des vidéos de deux heures avec une formation complète. Je me souviens de Shubham Sharma, un gars qui faisait de l'automatisation à une époque et qui est très IA aujourd'hui : il avait un peu cassé le marché, parce que ce que les autres vendaient en formations Notion, lui l'a mis en accès gratos. Et il a développé son business, parce qu'après il vendait d'autres choses.
Le rôle du stress bénéfique dans l'évolution personnelle
Camille : Ça m'a aidée, cette notion de cadre de référence. Et l'autre notion, hyper subtile : la juste action, et le bon endroit intérieur depuis lequel tu fais cette action.
Jérémy : L'endroit dépend aussi des situations. Il y a des moments où je sens que j'ai la gorge nouée. Des moments où c'est plutôt dans l'espace du cœur, ou le plexus, où soit c'est tendu, soit c'est libre.
Camille : Parce que des fois, tu pourrais te dire que ce n'est pas la juste action parce que tu éprouves de l'inconfort. Alors que l'inconfort fait partie du chemin.
Jérémy : C'est un stress qui est bénéfique ou négatif. C'est hyper subtil. Après, peut-être qu'on se pose trop de questions — ils ont raison, les gens. Franchement, ces derniers temps, je me dis qu'ils ont peut-être raison. Mais on ne fait que répondre à un besoin : toutes les fois où, à une soirée, j'ai des conversations que je considère comme banales, basiques, je me fais chier.
Camille : Moi aussi.
Jérémy : C'est un besoin d'apprendre. Tout s'appelle Origines, aujourd'hui : hier soir, je regardais un reportage sur une entreprise américaine qui veut faire revivre des mammouths. Avec l'ADN, ils se rendent compte qu'il se dégrade hyper vite, donc il faut trouver des animaux équivalents comme l'éléphant, réactiver certains gènes, mais pas tous. Ça me fascine, ce truc-là. Et c'est la suite de ce sujet de l'origine des choses.
Camille : Mais c'est absurde !
Jérémy : Pas du tout, ça me nourrit. Et c'est pour ça que je pense que la singularité, c'est aussi ces trucs anodins que tu fais et qui peuvent être jugés de l'extérieur. La différence, c'est qu'avant, on se moquait de moi et je m'empêchais. Maintenant, je me dis : c'est trop bien, je suis trop content de faire ça.
Camille : Moi aussi, j'ai eu ça : une acceptation de soi.
Jérémy : Et dans cette acceptation, je sais que ma force, ma singularité, c'est l'espace où je vais pouvoir aider. Sur mille personnes autour de moi, je vais être la personne la plus à même de poser la bonne question, de diriger au bon endroit pour que la personne ait accès au truc d'après.
Camille : Pour ma part, je questionne souvent le cadre, mais de manière très subtile : je questionne toujours où sont les limites. Et c'est pour ça que je m'intéresse aux relations, parce que quand quelqu'un se sent enfermé dans une vie, c'est quand même plus difficile de se sentir bien.
Jérémy : Tu as un côté très contenant — c'est marrant, parce que ça pourrait s'opposer. Quand tu démolis un truc, tu sécurises la personne d'abord.
Camille : Oui, je rassure, je rassure, et après : « regarde, ça tombe. Mais OK, tranquille, respire. »
Jérémy : Je suis sûr que si on creuse ta singularité et qu'on va voir du côté des blessures, il y a un truc lié à ce fonctionnement. Tu l'as probablement créé petite, dans cet aller-retour : je sécurise parce que je me sécurise aussi, je fais partie du clan pour survivre, et c'est quoi l'opportunité que j'ai d'aller donner un petit coup et de revenir ? Tu l'as tellement fait.
Pour moi, c'est ça, la singularité : des schémas qu'on a tellement répétés pendant des années que c'est devenu facile, fluide. On n'est pas singulier dans l'absolu : on a juste poncé le truc mille fois plus que n'importe qui d'autre. Et du coup, on a cette capacité très précise d'aider les autres sur ce sujet-là.
Camille : Moi, je le vois autrement : plus je vais mettre des mots sur ça, plus ma dynamique va changer. Quelque part, qui me regarde, qui me définit, avec qui je parle de qui je suis, fait qui je suis. Là, on vient de nommer ça, et je me dis : OK, ça fait des années que je regarde par là, viens, on va un peu à gauche. Et ça décale ma singularité. Peut-être que tu peux même te libérer d'un truc qui était presque impulsif, un mode de survie, et presque changer d'identité, dans le sens où ce n'est plus une composante à part entière de toi.
Jérémy : Tu cherches tellement à te libérer de ça... Est-ce que ce n'est pas ta singularité, de vouloir t'en libérer ?
Camille : Je ne veux pas m'en libérer. Mais dès que tu mets quelque chose en lumière, dès que je me rends compte que je fonctionne en pilote automatique... Par exemple, cette histoire d'attaquer le cadre : quand j'ai compris que dans mon couple, si ça devient trop calme pendant quelque temps, je vais vouloir créer des problèmes — j'ai mis longtemps à le comprendre. Une fois que je l'ai mis en mots, je me trouve stupide de faire ça. Donc je le dis, et je me dis : franchement, tu es une truche, parce que tu veux quand même que ton couple soit un peu calme. Ou alors, demande-toi en quoi c'est génial, les conflits. La deuxième fois que je me vois faire, je me demande : est-ce que tu as kiffé le moment ? Pas plus. Et progressivement, mon comportement change.
Jérémy : Pour moi, c'est ça, la différence entre la singularité et les blessures — parfois, les deux se mélangent. La question, c'est : qu'est-ce qui, dans la singularité, est fait pour nourrir une blessure, donc pour combler un manque ? Et qu'est-ce qui est fait parce que c'est ton chemin, sans attente ?
La vie comme un chemin de conscience continue
Camille : Donc l'idée, c'est d'arriver à la flamme de vie de la naissance, ou même de l'utérus.
Jérémy : Je pense que c'est un fantasme, parce que le but de la vie, c'est aussi de se confronter. C'est cette métaphore que beaucoup utilisent : les pelures d'oignon. Et quand tu touches le milieu, il n'y a plus rien. Quelque part, le toucher, c'est la fin de ton existence.
Camille : Parce que tout cela n'est que de l'énergie qui bouge en permanence. Et dès lors que j'ai déconstruit, déconstruit, déconstruit, j'en arrive au point de base : ceci est un atome. Bienvenue, merci. Mais alors, c'est quoi le but d'exister là-dedans ?
Jérémy : Dans l'état de conscience ultime, il n'y a plus rien, parce qu'il y a tout et il n'y a rien. Et tout et rien, c'est le Big Bang, l'énergie originelle. Je pense que l'objectif, c'est d'enlever ces couches, de cheminer, d'avancer. Ce n'est pas de savoir absolument quelle est sa singularité absolue.
Ce que je vois depuis des années, et encore plus avec tout ce qui s'est passé autour de mon cœur, c'est qu'il y a un noyau, quelque part, et que le chemin pour aller décortiquer ce noyau crée un chemin intérieur. Je respire mieux, je suis plus conscient.
C'est un chemin de conscience. Et cet état de conscience fait que tu prends les choses moins à cœur, tu es moins émotionnel dans tes réactions, tu es plus détaché du matériel.
Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des matins où ça te casse les couilles et où tu n'as plus envie. Mais globalement, tu es content de faire un truc, ce n'est pas une friction.
Camille : Les niveaux de conscience, je les ai beaucoup retrouvés dans les univers très spirituels. J'en parlais beaucoup avec mon amie qui était à Compostelle, avec ce truc de « je me guéris, je me guéris ». Mais tu peux passer ta vie à te guérir.
Jérémy : Moi, je ne crois pas qu'on ait besoin de se guérir.
Camille : Moi non plus, je déteste ce mot. Mais tu peux passer ta vie à augmenter ta conscience. Il faut comprendre qu'il n'y a pas de finalité. Là, je pourrais me dire : yes, aujourd'hui j'ai atteint un objectif de plus, avec Jérémy j'ai mieux compris le sujet de la singularité.
Jérémy : Et demain, tu vas bloquer sur un autre sujet. Parce que là, on parle de conscience sur un aspect. Et peut-être que sur ton couple, sur la famille, dans d'autres domaines de vie, le niveau de conscience est à zéro.
Camille : Il y a tellement de champs des possibles que c'est illusoire de vouloir tout résoudre. Tu ne fais qu'explorer. Une période, tu es là-dedans. C'est une aventure. D'ailleurs, j'ai l'impression que mes relations, ce sont des gens qui explorent le même jardin que moi en ce moment. Parfois, par chance, on explore les mêmes jardins pendant longtemps.
Jérémy : Et parfois tu n'en as qu'un en commun : donc le jour où ça pète, ça pète. Un jour, il y en a un qui découvre une forêt et qui se dit : moi, je ne veux plus explorer mon jardin, j'ai envie d'aller dans la forêt. Et c'est là que tu peux perdre la relation.
Camille : Ou l'inverse. Quelqu'un part dans sa forêt, au début je le juge, je le juge, et finalement je deviens comme ça. Moi, tout ce qui est sujet féministe, ce n'était pas du tout mon sujet au début. Et à force de passer du temps avec des personnes qui en parlaient, c'est devenu un gros point commun, un sujet important pour moi.
Jérémy : Il y a aussi l'appartenance sociale qui rentre en jeu. Si je n'ai pas l'impression qu'on appartient au même groupe, tu ne m'influences pas. On est quand même des animaux sociaux. Et il y a ce truc de la cellule qui se dédouble, se dédouble : un principe fondamental de l'évolution. L'objectif, c'est d'être en mouvement, d'élargir ton territoire pour progresser, pour ne pas te laisser bouffer par une autre espèce.
Camille : Ou de t'adapter. Il y a des arbres qui font beaucoup d'ombre, mais il y a des plantes adaptées, qui ont besoin de moins de lumière. Si tu es en dessous de cet arbre et que tu n'es pas adaptée, soit tu meurs, soit tu t'adaptes.
Jérémy : Quand tu vois que l'homme moderne, c'est 300 000 ans — les premiers hominidés, deux ou trois millions d'années — tu as l'impression qu'il ne s'est rien passé, que les types ont passé 300 000 ans à faire du feu et à bouffer. En fait, c'est énorme, ce qu'ils ont fait. Et d'un coup, en 500 ans, boum : une explosion de constructions. Encore une fois, ça dépend d'où tu regardes.
Camille : Et ce que je crois possible, c'est que si tu montes, montes ta conscience, à un moment donné tu peux avoir conscience de toi dans tous les espaces à la fois. Là, c'est très perché, mais tu peux avoir un sentiment presque d'immortalité. Même aujourd'hui : je parle avec quelqu'un et j'ai trois, quatre, cinq types de réactions possibles à ce que la personne vient de me dire, et je choisis la meilleure. J'ai déjà cette possibilité de choisir ma palette de réactions. Et je pense que plus tu augmentes, plus tu as de choix — à chaque seconde.
Jérémy : J'ai vu une vidéo qui expliquait que la conscience est un des trucs qu'on comprend le moins. Avec des tests, je crois électriques, ils montrent que les idées sont mesurables avant qu'elles arrivent.
Camille : Parce qu'elles sont déjà là, en fait. Et donc : la conscience, c'est quoi ? Est-ce que c'est nous ? Je ne suis pas sûre. Est-ce que c'est quelque chose d'universel ? Est-ce que c'est un algorithme ?
Jérémy : Quand tu regardes une IA aujourd'hui, elle fait quoi ? Elle regarde ta question et elle évalue la probabilité de la meilleure réponse à donner. Tu peux même lui dire : donne-moi plusieurs réponses, réponds en tant que... C'est pour ça que je te disais au début : est-ce que ce n'est pas juste un algorithme qui tourne ?
Camille : À chaque prise de conscience, je me dis : OK, ma posture face à telle situation, je vais la changer. Par exemple, le débat qu'on avait eu sur « est-ce qu'il faut vraiment être gentil » : je me suis dit que d'être tout le temps gentille à tous les coups, j'ai vu le résultat. Donc je change de terrain de jeu, je suis un peu plus directe. Une amie me posait une question et je lui ai dit : j'ai deux options, soit je vais dans ton sens, soit je te dis ce que je pense. Elle m'a dit : pourquoi tu as deux points de vue ? Dis-moi ce que tu penses. J'ai dit : OK, c'est ce que je pense, à prendre avec du recul. J'ai été plus vraie, et j'ai vu que ça n'a pas fait perdre la relation. Ça m'a rassurée, et je me suis dit : on peut le dupliquer.
Jérémy : C'est intéressant, parce que moi, je me suis souvent rendu compte qu'en coaching, là où je suis le meilleur, c'est quand je dis ce que je pense. Que ça fasse plaisir ou pas, je m'abstrais de ça. Et j'ai souvent eu des discussions — notamment avec Elo — où on me disait : il faut être doux, serein, préparer le système nerveux. À chaque fois que je fais ça, c'est beaucoup plus plat.
Camille : Moi, je voyais ça comme du tir à l'arc : soit je prends de l'élan et je lâche la flèche, soit je demande « est-ce que tu es d'accord ? », et il y a moins d'élan. Dans un cas, la flèche te transperce ; dans l'autre, elle fait « poum » et tu dis « oui, mais ça va, ne t'inquiète pas ».
Jérémy : Peut-être qu'il y a des personnes qui ont besoin d'être transpercées. Imagine que ma flèche vienne t'enlever un truc qu'il faut te dégager. Alors que le « est-ce que tu es d'accord ? », ça gratte, ça enlève une petite couche, ou peut-être qu'il ne se passe rien.
Camille : C'est déjà une préparation : c'est la première fois que la personne se prend ce genre de flèche. Ah, OK, ça fait ça.
Jérémy : Est-ce que c'est à nous d'anticiper la réaction ? C'est une vraie question. J'ai un ami qui faisait des formations, qui était thérapeute, et qui me disait : j'en ai marre de la véhémence des thérapeutes qui ne sont pas assez formés, pas assez humains. Moi, je trouve qu'il y a déjà un biais : l'exigence qu'il se met. C'est quoi, le seuil ? Tu n'es jamais assez formé. Tu ne peux pas connaître tous les sujets, et tu passes ta vie en formation. Sur l'instant, quelqu'un peut dire « c'est un mauvais praticien, il n'a pas été assez doux ». Et peut-être que dix ans après, cette réaction aura fait qu'il aura changé de vie. On n'a jamais cette métrique-là. Moi, personnellement, à chaque fois que j'ai vécu des trucs percutants, c'est là où je me suis le plus bougé, où il y a eu le plus de transformations.
Camille : J'ai vécu une situation où j'ai dit mon besoin et où je n'ai pas été écoutée. J'essayais un protocole, le NERTI je crois, et j'ai dit : je ne me sens pas en sécurité sur ce fauteuil pour faire ce truc. On me répond : vous êtes en sécurité. Je dis : je voudrais aller sur la table là-bas. « Vous n'irez pas sur la table là-bas. » Ça m'a un peu traumatisée.
Jérémy : Et du coup, est-ce que ce n'est pas trop bien ? Dans quelle mesure ça a été un vrai déclencheur, où tu t'es dit : putain, je n'ai plus envie que ça se passe comme ça ? Alors que tu serais restée molle.
Camille : Peut-être qu'elle m'a donné le pouvoir, en fait : plus aucun thérapeute n'a de pouvoir sur moi. Aujourd'hui, il y aurait le grand ponte qui me dit « fais ça », je dirais : écoutez, je sais que vous avez une grande renommée, mais la meilleure renommée pour moi-même, c'est moi. Donc non, on ne va pas faire ça. Et je m'en vais.
Jérémy : Tu partais d'une personne dont tu pouvais dire « c'est une connasse », et finalement elle t'a enseigné un super truc. Et toi, tu vas l'enseigner à ton tour au grand ponte, qui va peut-être devenir plus conscient et changer sa manière d'enseigner à des milliers de personnes.
Camille : C'est cet orgueil de qualifier des faits, quels qu'ils soient, de bien ou de mal. Alors qu'il n'y a pas de bien, pas de mal. Et ces personnes-là sont dans la peur : j'ai besoin de montrer que c'est mieux, pour qu'on m'aime, pour qu'on me dise que c'est bien, parce qu'il faut être la personne gentille. Il y a plein de blessures derrière. Moi, les thérapeutes que j'ai envie de voir, c'est quelqu'un d'un peu frontal. Mais il y a eu une période, pendant des années, où j'avais juste besoin qu'on me dise : bravo, tout ce que tu fais est génial, tu as une grande valeur, tu es extraordinaire.
Jérémy : Et tu allais voir des personnes qui avaient cette énergie-là. Ça me fait rire, parce que je pense à Hélo : il y a quelques années, j'avais pris une coach qui faisait des vidéos allongée sur son lit, et elle criait. Moi, je l'avais choisie parce que je me disais : c'est trop bien, elle m'a remué. Et Hélo avait dit à une amie : « moi, même pas en rêve, elle me fait peur. »
Mon truc de base, c'est que tout est juste. Si tu tombes face à un connard, c'est juste : c'est ta manière de le voir, de l'interpréter. Et je suis convaincu que c'est assez rare, les personnes qui te font quelque chose dans un côté méchant, volontaire. Ce sont des personnes qui ont une blessure, et qui ont ce fonctionnement.
Camille : Ils peuvent avoir envie que tu souffres — la perversion, la vengeance. Mais je pense que c'est avant tout des personnes qui souffrent aussi. Moi, je peux avoir la pulsion de me venger, que je sais maîtriser. Ce qui me dérange là-dedans, c'est que je m'abaisse : je fais quelque chose parce que j'ai jugé le comportement de quelqu'un comme pourri, et je me dis « tiens, tu veux voir comment c'est pourri ? »
Jérémy : Pour moi, c'est un apprentissage : quand on fait ça, c'est qu'on n'est pas en capacité de prendre du recul. Et tu enseignes à la personne à mettre ses limites. Peut-être qu'il faudra qu'elle soit face à dix connards pour se dire, comme toi tout à l'heure : maintenant, tu ne me parles pas comme ça. C'est comme ce truc micro-macro : selon la durée, selon comment tu observes, un truc peut paraître positif ou négatif. En fait, c'est beaucoup plus nuancé que ça.
Camille : Partons du principe que tout le monde est singulier, que chacun a son énergie. Pourquoi il y a des personnes avec une énergie très douce qui construisent une communauté énorme, et d'autres qui ont l'air d'avoir une énergie très similaire mais qui n'attirent pas ? Et d'autres qui sont extrêmement agressives et qui n'ont personne, alors qu'on va dire à une autre : « tu es hyper agressif, c'est pour ça que je kiffe » ? À énergie égale, l'une repousse et l'autre attire.
Jérémy : Là, on rentre dans le domaine des blocages internes et des enjeux. En coaching, je vois des personnes pour qui avoir une grosse communauté a un enjeu derrière. Pas forcément la peur, parce que la personne en a envie. Mais dans l'inconscient, quand tu creuses, il y a : « j'ai intégré dans mes blessures qu'il ne fallait pas décevoir ». Plus j'ai de monde qui me suit, plus j'ai de chances de décevoir quelqu'un. Ça peut être une peur de la responsabilité : comment je vais gérer ça, est-ce qu'il faut être au niveau ? Ça peut être la peur de quelqu'un qui a un gros besoin de liberté : plus ta communauté est grande, plus tu peux te mettre la pression pour faire du contenu qui leur va, donc moins de liberté.
Camille : Mais deux personnes peuvent avoir la même énergie et le même besoin de liberté, et l'une va interpréter la communauté comme « ça me fait perdre ma liberté », l'autre comme « ça me fait gagner ma liberté ». C'est juste comment je les interprète.
Jérémy : Et c'est là l'enjeu du coaching : switcher, montrer en quoi ton besoin de liberté peut être nourri grâce à la communauté, en quoi telle peur peut ne pas exister. Et il y a aussi tout le travail autour du fantasme : des personnes veulent le faire non pas parce qu'elles le veulent, mais parce qu'elles pensent que ça va remplir un truc, ou qu'il faut, parce que c'est comme ça que ça marche. J'avais écouté quelqu'un qui disait un truc hyper intéressant : il y a des personnes faites pour impacter beaucoup de monde un peu, et des personnes faites pour impacter peu de monde beaucoup.
Je peux fédérer 100 000 personnes et les impacter de 1 %. Ou décider de n'en fédérer que 1 000 et de les impacter de 15 %.
Et ces 15 % sur 1 000 personnes vont peut-être, à leur tour, influer sur des milliers de personnes. Au final, tu as un résultat similaire, c'est juste que la manière d'y aller n'est pas du tout la même.
Camille : Ça me fait penser à une personne dans le marketing et la communication — la première de ce milieu à me dire ça. Elle me disait : si je mets un post sur LinkedIn dans le mois, c'est déjà bien. Je lui dis : pardon ? Normalement, l'injonction, c'est deux ou trois par semaine. Je lui disais que j'étais épatée : elle avait fait un post il y a des lustres, avec je ne sais combien de likes et de commentaires. Et elle me dit : moi, je ne parle que quand j'ai vraiment quelque chose à dire. Donc les gens écoutent : ils savent que si je parle, ce n'est pas pour rien. Elle, si elle postait toutes les semaines, elle se sentirait jugée, elle aurait l'impression de gonfler tout le monde. Alors que quelqu'un qui a besoin de beaucoup parler va tomber sur des gens qui trouvent ça génial, qui apprécient la régularité.
Jérémy : Les podcasts que j'adore, quand il y en a peu, je suis frustré : pourquoi le gars ne sort pas plus d'épisodes ? Et je discute avec des personnes qui me disent : deux heures de podcast ! Moi, je kiffe ça, parce qu'il y a un degré de connexion avec la personne, dans le rapport, dans l'énergie, qui vaut la peine de passer trois heures avec elle.
Camille : Moi, j'ai une tendance aux liens, aux modes d'attachement. Dans mes langages de l'amour, il y a les moments de qualité : quelqu'un que j'apprécie, virtuel ou pas, ça me saoule de l'entendre cinq minutes, j'ai envie de passer du temps avec lui. Et j'ai un mode d'attachement où j'ai tendance à vouloir être collée.
Jérémy : Ça rejoint ce qu'on disait sur les discussions futiles : parler de la pluie et du beau temps pendant un repas, je me fais chier. Consommer un contenu de quelques secondes, c'est divertissant tout au plus. Alors que regarder un truc long... Hier soir, je regardais une vidéo sur les dinosaures de 42 minutes, c'était trop bien. Si je regarde un reel de 35 secondes sur le même sujet, je n'ai pas le même degré de connaissance. Et c'est là que la singularité n'est pas un truc à opposer : quelqu'un va être singulier parce qu'il veut que ce soit rapide, efficace, et ça lui suffit ; un autre parce qu'il a un besoin de profondeur, de connexion.
En même temps, c'est quoi le mieux sur Instagram pour créer une communauté quand tu es dans le divertissement ? Faire des trucs rapides qui font sortir les gens de leur quotidien. Et c'est quoi le mieux quand tu veux apprendre la menuiserie ? Une vidéo d'une heure sur YouTube. Ce sont des besoins différents.
Camille : Et on en revient au cadre de référence : si tu te connais, que tu sais que tu as besoin de temps de qualité, de profondeur, d'apprentissage, et que tu regardes ce qui existe à l'époque où tu vis, celui qui te correspond le mieux, c'est celui qui permet le plus de profondeur — YouTube, ou des carrousels sur Insta, ou des posts longs sur LinkedIn. Ou la connexion en direct.
Jérémy : Et en même temps, est-ce que faire un truc rapide, qui ne m'apporte rien sur le moment, qui est pénible à faire, mais qui m'apporte 4 000 abonnés, n'a pas d'intérêt ?
Camille : Là, je discute avec toi, et derrière je ne vais pas aller discuter pendant quatre heures avec quelqu'un d'autre, parce que j'ai assez d'infos, je vais intégrer, digérer. Et si je dois parler avec quelqu'un, je préfère rire, un truc léger, le temps de me détendre. Et là, les reels rapides d'Insta, c'est parfait.
Jérémy : C'est intéressant : après être allée à fond dans une forme de recherche de singularité, tu as un besoin de banalité, de juste souffler.
Camille : C'est la vie, on est cyclique : on passe notre temps à faire ça, avec des petites zones d'accentuation. Il y en a qui ont tendance à être plus d'un côté. Et je pense qu'on a tous nos zones d'incohérence. D'ailleurs, je pense que quelqu'un de charismatique, c'est quelqu'un qui a beaucoup d'incohérences : il occupe beaucoup d'espace parce qu'il navigue entre plusieurs pôles. Alors que quelqu'un qui l'est moins est beaucoup plus cohérent, tac, tac, tac. Je l'avais entendu de Thomas d'Ansembourg, que tu adores : quand je navigue à l'intérieur de moi, ça fait une turbine. C'est de mettre ensemble plusieurs énergies différentes.
Plus tu mets d'énergies différentes ensemble, plus ça crée de l'énergie. Donc quelqu'un de très charismatique est certainement quelqu'un de très paradoxal.
Jérémy : Ça me fait penser au sujet des blessures. Quand tu en parles, je vois plein de personnes que je perçois comme charismatiques, et chez certaines où j'ai creusé, tu te rends compte que ça vient d'une blessure : un besoin d'être vu, de reconnaissance, d'exister.
Camille : Il peut y avoir plusieurs origines au charisme : le besoin d'attention à tout prix, ou le fait de ne pas faire exprès mais de capter l'attention, que tu le veuilles ou non.
Jérémy : Pour moi, c'est une blessure aussi — et quand je dis blessure, ce n'est pas négatif. Prends le petit enfant qui a vécu dans un environnement où il était peu écouté, parce que ses parents étaient occupés. Il a développé une faculté à s'imposer, à faire des blagues, à trouver le ton juste pour capter. Adulte, tu vas dire : ce gars-là est hyper charismatique. Mais il est charismatique malgré lui : la vie a fait qu'il a développé ce trait, et adulte, ce truc-là est fluide. C'est pour ça que dans ta singularité, c'est là où c'est le plus facile : tu n'as pas de questions à te poser. La seule question importante, c'est : depuis quel espace tu le fais ? Est-ce que tu le fais pour continuer à remplir le « mes parents ne m'ont pas assez écouté, je suis malheureux », ou parce que tu as un message à transmettre et que tu veux inspirer les gens ? Tu es la même personne, avec les mêmes caractéristiques, sauf que d'un côté tu remplis un vide, et de l'autre tu es dans une forme d'équilibre, de transmission.
Camille : J'ai vu ça en constellations familiales. À un moment, j'étais dans mon charisme, mais dans la forme « j'impose ». Le praticien m'a dit : « tu fais peur. Mais c'est OK. Reviens dans ta vulnérabilité. » Et je suis revenue. Il m'a dit : « tu vois, tout le monde se détend. Donc c'est OK : tu as adopté ce mode de "je prends toute la place" en imposant, tu sais le faire, mais tu sais switcher, et ça, c'est rassurant. » Et je me suis dit : ah oui, j'ai plusieurs modes de « je prends de la place ».
Jérémy : Est-ce que ça a répondu à ta question ?
Camille : Ah oui, de ouf. Et je le sens que ça brasse : cette histoire de statu quo, c'est comme si j'avais des murs. J'avais dit à Bruno : j'ai plusieurs options, soit je discute avec trois personnes et ça va me prendre plusieurs mois, soit je discute avec Jérémy et c'est bouclé rapido.
Jérémy : Et je suis sûr que dans quinze jours, tu as encore un million de questions pour approfondir, parce qu'il y a toujours ce degré d'approfondissement. Moi aussi, ça m'a fait avancer. Une fois, quelqu'un m'a demandé : est-ce qu'on a une singularité, et est-ce qu'on l'a toute sa vie, ou est-ce que ça change ? C'était il y a quatre ou cinq ans, et j'ai le ressenti que la singularité, ce n'est pas un truc : c'est un ensemble de choses. C'est important de le voir comme ça, parce que si on se dit que c'est un truc unique, ça met la pression — « et si ce n'était pas la bonne singularité ? »
La singularité, c'est un ensemble de multifacteurs. Et c'est un truc qui n'est jamais abouti.
Ça fait six ans que j'en parle, dans mes accompagnements, et aujourd'hui encore j'ai l'impression d'avoir un peu plus dégrossi le truc. Je pense que c'est infini. Et c'est ce qui me fait dire que c'est le bon sujet pour moi, en tout cas en ce moment, parce que ça vient répondre à ce qui me fascine sur l'origine : qui dit origine dit un début, une fin — ou pas de fin, une continuité. Tous les sujets sur lesquels tu reviens depuis des années, sous des formes différentes, c'est qu'il y a un vrai truc intrinsèque, un truc qui est là malgré toi, au-delà de toi.
Camille : Pour reprendre l'image de la turbine : je contiens un certain nombre d'énergies différentes, et j'ai peut-être toujours à peu près les mêmes depuis toujours. Mais je vais les faire tourner plus vite, ou les harmoniser mieux, et ça donne une lumière différente. Et comme j'ai mon pouvoir créateur, ça donne une réalité différente. Finalement, c'est toujours le même truc que je mélange différemment.
Jérémy : Tu as les mêmes ingrédients, et tu fais des recettes différentes en fonction du moment, de la finesse que tu perçois — si je mets un tout petit peu plus de ça...
Camille : Et peut-être que si la transformation, l'évolution, fait partie de mes valeurs, c'est parce que j'ai beaucoup d'énergies différentes, donc plein d'opportunités de les combiner. Alors que d'autres en ont moins, et leur question, c'est plutôt : au regard du monde qui change, comment je fais pour rester dans le même cap ? Ce ne sont pas les mêmes questions.
Jérémy : Et si on revient à un truc originel, un truc banal : ce qui fait la nature de l'espèce humaine, c'est l'échange, la relation, la discussion. Ça fait partie de notre construction sociale.
Camille : Parce que tu as un tempérament plutôt extraverti, comme moi. Mais il y a des gens qui recherchent d'être seuls, et d'un coup, dans cette solitude, ils ont une inspiration de fous malades pour écrire, prendre des photos, jouer de la musique. Le temps s'arrête. Ils sont connectés à quelque chose, mais pas forcément à un être humain.
Jérémy : On a tous ces besoins-là, et c'est cyclique : moi aussi, j'ai mes besoins d'être seul. On a tous des besoins différents en termes de ressourcement. Mais j'ai quand même ce sentiment que l'espèce humaine est une espèce très sociable, qu'on évolue en groupe. Si tu n'as pas ta tribu... Franchement, à choisir : tu vis seul, sans aucune connexion avec personne le restant de ta vie, mais tu peux manger à volonté tout ce que tu veux ; ou tu as des connexions, des amitiés. Je ne sais pas si beaucoup de monde choisirait le premier.