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Pourquoi notre alimentation est devenue un poison (et comment en sortir)

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Le Laboratoire Origine

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Pour comprendre ce qui te freine, retrouver une vision claire de ce qui est juste pour toi, et repartir avec une méthode que tu pourras réutiliser toute ta vie.

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On mange de plus en plus vite, de plus en plus transformé… et nos corps n’en peuvent plus.

Dans ce nouvel épisode du podcast Grandir Ensemble, j’échange avec Lauriane (Fait mieux que parfait) sur un sujet qui nous concerne tous : ce que nous mettons dans nos assiettes et dans nos corps.


Au fil de la discussion, on aborde trois grands axes :

1️⃣ Comment l’évolution de nos modes de vie modernes a bouleversé notre rapport à l’alimentation.

2️⃣ Le lien direct entre ce que nous mangeons et l’état de notre planète : saisonnalité, agriculture, pollution, gaspillage alimentaire.

3️⃣ Pourquoi et comment l’alimentation peut redevenir notre première médecine, capable de prévenir ou apaiser bien des maux (homéostasie).


Cet épisode parle de santé, d'écologie et de plaisir, sans injonction ni culpabilité.

L’idée n’est pas de viser la perfection, mais de comprendre que nos choix du quotidien ont un impact énorme sur notre énergie, notre équilibre mental, nos enfants et l’environnement.

Que tu sois un parent pressé par le quotidien, un entrepreneur épuisé ou simplement curieux d’apprendre à mieux manger sans contrainte, cet échange va t’apporter des clés simples, concrètes et inspirantes pour améliorer ta santé et ta qualité de vie.


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Elle accompagne les personnes à retrouver un mode de vie plus sain en partant de l’assiette, avec une approche pragmatique et déculpabilisante.


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Le texte complet de cet épisode, reformaté

Se rencontrer : bienvenue à Lauriane

Jérémy — Bienvenue dans ce nouvel épisode de Grandir Ensemble. Aujourd'hui, je suis avec Lauriane.

Lauriane — Bonjour !

Jérémy — Je suis très heureux d'être avec toi ce matin. On se connaît depuis quelques années déjà, mais dans d'autres contextes, très différents. Peut-être que tu nous raconteras comment tu en es arrivée à faire ce que tu fais aujourd'hui.

Dans cet épisode, je me tais surtout, parce que c'est toi la spécialiste. Je t'ai demandé quels sujets tu avais envie d'explorer, et il y en a trois : l'évolution de nos modes de vie jusque dans nos assiettes ; le lien entre l'alimentation et le développement durable, donc prendre soin de notre environnement ; et enfin l'homéostasie, cette idée qui me parle beaucoup, avec l'alimentation comme première médecine et le lien entre nos maladies et ce qu'on mange. Ça te va comme programme ?

Lauriane — Oui, je pense qu'on est assez raccords.

Jérémy — Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?

Lauriane — Moi, c'est Lauriane, et mon métier aujourd'hui, c'est d'accompagner les personnes vers un mode de vie plus sain, à commencer par leur alimentation. Parce que, comme Hippocrate le disait déjà à son époque, notre alimentation, c'est notre première médecine. Or aujourd'hui, notre alimentation est très dégradée, et c'est tout à fait cohérent avec l'état de notre santé en général : une explosion des cancers, des maladies cardiovasculaires, du diabète.

En ajustant notre consommation, on pourrait tout à fait avoir une meilleure santé, sans prendre de médicaments.

Jérémy — Ça me parle beaucoup. Pour ceux qui ne le savent pas, j'ai eu une grosse opération du cœur il y a un an. On ne peut pas l'affirmer à 100 %, mais j'ai quand même le sentiment que l'alimentation — et pas que : le stress, la fatigue, tous ces enjeux qui sont liés — a eu un impact sur ce que j'ai vécu.

De l'éco-anxiété à la cuisine : mon parcours

Jérémy — Comment es-tu arrivée à faire ce que tu fais aujourd'hui ? Parce que dans ton autre vie, tu ne faisais pas du tout ça. Tu étais dans une grosse entreprise, dans des bureaux, peut-être un peu déconnectée de ces sujets. Aujourd'hui, tu as pris pleinement possession de cette mission.

Lauriane — Effectivement, j'étais salariée, et je me suis lancée à mon compte il y a quelques années. Ma première volonté, c'était d'avoir une activité qui fasse complètement sens avec moi, avec mes valeurs. J'ai d'abord choisi de m'orienter vers l'environnement, parce qu'en m'écoutant un peu plus, j'ai compris que j'étais une vraie éco-anxieuse et qu'il fallait pouvoir traiter ça. J'étais frustrée, en tant que salariée, de ne pas avoir les bons leviers, assez d'action, pour œuvrer pour la planète.

Et puis, chemin faisant, en accompagnant des entreprises sur leur bilan carbone, sur leur stratégie RSE, et en ayant un peu plus de temps à moi, j'ai pu me consacrer davantage à une passion de toujours : la cuisine. Je suis une vraie gourmande, j'ai toujours aimé cuisiner, même enfant. Je raconte toujours cette anecdote : quand j'ai eu mon premier appart, étudiante, là où tous mes potes demandaient des tireuses à bière en cadeau de crémaillère, moi j'ai demandé ma première machine à pain. Je faisais du batch cooking quand j'étais étudiante, je me préparais mes petits plats, mes compotes maison. C'est devenu encore plus important quand je suis devenue maman, en cuisinant pour mes enfants, en leur faisant les petits pots, en leur faisant découvrir les saveurs.

J'ai fait le pont entre le fait de vouloir prendre soin de ma planète et cette passion pour la cuisine, ma gourmandise, tout simplement.

Écologie : sortir du prisme de la contrainte

Lauriane — On parle beaucoup de la planète sous le prisme de la contrainte — attention, il ne faut pas faire ceci, il faut faire cela — ou de la peur : voilà ce qui va nous arriver. C'est vrai, et à la fois, si on peut faire les choses avec plaisir, avec envie, avec enthousiasme, c'est top. Et le lien entre l'alimentation et la planète se fait aussi par les chiffres : ce que nous mangeons représente un quart de nos émissions de gaz à effet de serre à l'échelle individuelle. Si on veut moins polluer, ça passe par ce qu'on met dans nos assiettes, dans nos placards, par où on achète, comment on cuisine. Et on peut le faire avec plaisir.

Jérémy — Je veux bien qu'on reste deux minutes là-dessus, parce que pour beaucoup de personnes, environnement et planète sont synonymes de contrainte, de privation de plaisir, de sacrifice. C'est bien d'apporter ce regard : comment garder le plaisir tout en changeant certaines choses — parce qu'il y a un besoin de transformation, quand même — et en ayant un impact positif.

Ce que je trouve inspirant dans ton parcours, c'est cette frustration environnementale, que beaucoup partagent, transformée en action. Souvent, on se sent désarmé, on voit les choses de manière négative, on se dit « je ne vais pas avoir d'impact ». Et là, on le ramène à quelque chose de simple et de concret. Un quart, c'est énorme. Et on parle d'émissions, mais il y a aussi tous les enjeux de l'eau, des sols, de la pollution.

La course après le temps, jusque dans nos assiettes

Jérémy — En préparant l'épisode, tu me disais qu'on courait tous après le temps. Ce que je vois beaucoup en tant que coach, c'est ce truc de la performance : il faut que ce soit rapide, efficace, rentable. Si je peux faire en une demi-heure ce que je faisais en une heure, j'ai gagné. Il y a un jour une hypnothérapeute qui m'a dit — parce que je suis quelqu'un de pressé de base :

« Mais tu cours après quoi ? Tu cours après la petite boîte en bois dans laquelle on va t'enfermer, et tu vas finir sous terre ou brûlé ? »

Et je me suis dit : mais oui, après quoi on court ? C'est quoi ta vision là-dessus ?

Lauriane — Effectivement, tout va plus vite, et c'est même devenu un objectif. On optimise nos temps de trajet avec le GPS qui calcule le chemin le plus rapide. On gagne du temps sur notre travail avec les outils informatiques. Et on gagne du temps sur ce qu'on mange : des plats tout prêts, des barquettes à réchauffer au micro-ondes, les courses livrées, plus besoin d'aller au marché.

On le voit même sur le moment du repas. Normalement, le repas, c'était quelque chose de longuement préparé en famille, mijoté, puis on s'attablait, on prenait le temps, on faisait de grandes tablées, il y avait ce sens du partage.

Jérémy — Ça me rappelle ma grand-mère : le dimanche, on arrivait le matin vers neuf ou dix heures, elle avait commencé à préparer, on l'aidait, ça cuisait pendant deux ou trois heures, et on mangeait tous ensemble. Il y avait vraiment ce côté festif.

Lauriane — Dans certaines familles, il y avait le fameux repas du dimanche midi, avec le poulet rôti ou un autre plat emblématique. Là où maintenant on entend : « Se farcir le repas du dimanche midi en famille ? Non merci, j'ai mille choses à faire de mon dimanche. » Ce n'est pas le cas partout, mais ça arrive fréquemment. Et même le midi, quand tu es salarié, tu manges vite fait un sandwich ou une salade devant ton ordinateur. On a aujourd'hui des petits bouts qui se retrouvent seuls à table pour le petit-déjeuner.

Jérémy — Tu me disais ça quand on préparait l'épisode, et c'est vrai : des enfants qui mangent rapidement dans un coin de table, où il n'y a plus cette notion conviviale et sociale.

Lauriane — Exactement. Alors que pour leur apprentissage à eux — la découverte des goûts, comment on mange, qu'est-ce qu'on m'a mis dans mon assiette, comment ça a poussé —, c'est hyper bouleversant. On se rend compte aussi qu'on a de plus en plus de troubles du comportement alimentaire, justement parce que ce sont des enfants qui n'ont pas été accompagnés, guidés, parce qu'on n'a pas pris le temps de se poser avec eux à table, de cuisiner avec eux. Ce lien-là, se poser, prendre le temps de manger, se raconter nos journées, nos problèmes, il est essentiel.

Jérémy — C'est intéressant, parce que derrière l'alimentation, au-delà de l'aspect santé, il y a cet aspect très social. Je ne sais pas si c'est très français. J'avais écouté un podcast où des personnes qui vivaient aux États-Unis racontaient qu'il n'y avait pas de moment de convivialité : il faut manger rapidement, on mange même dans la voiture. Et on connaît tous les problèmes d'obésité et de santé là-bas.

J'ai le sentiment qu'on a perdu ce truc parce que le rythme de vie nous impose cette contrainte. Moi, je le vois avec les enfants : se lever à 7 heures, vite se préparer, vite engloutir un truc pour ne pas être en retard, parce qu'il n'y a aucune marge de manœuvre — tu n'as pas envie de réveiller ton gamin à 6 heures alors qu'il est déjà épuisé. Et le soir, c'est le tunnel : le repas, les devoirs, tout ça.

Ce que manger vite fait à notre corps et à notre tête

Lauriane — Il y a un gros impact sur la santé au sens médical du terme. On va vers des produits très transformés. Tu parlais du petit-déjeuner : les céréales vendues en paquets sont en réalité très faiblement composées de céréales, et très majoritairement de sucre, de colorants, d'additifs divers et variés pour que ça reste croustillant, que ça dure dans le temps. C'était censé être un moyen de petit-déjeuner rapidement, sauf que c'est désastreux. Tu te fais des pics de glycémie : d'un coup, l'enfant est hyper excité, puis tout retombe. À 10 heures du matin, il est fracassé, il a faim, il est fatigué, alors qu'il doit encore attendre deux heures avant la cantine.

Et il y a un impact sur la santé mentale. Manger très transformé, manger rapidement, ça joue sur tout notre système nerveux : ça peut nourrir le stress, ou alimenter un état un peu dépressif, anxieux.

Si on se disait que manger est une tâche à part entière, qui a une place dans mon emploi du temps quotidien, on pourrait envisager les choses différemment et prendre soin de soi dans la globalité.

Jérémy — J'ai discuté avec mon voisin il y a une dizaine de jours, il est prof. On parlait de psychologie, un sujet qui m'intéresse beaucoup, et il me disait que la psychologie, c'est récent : 100, 150 ans. C'est venu avec l'ère industrielle et avec cette productivité dont tu parles. On a eu un gain de temps dans l'absolu, mais aussi une perte de repères, une perte de sens, et ça a créé toutes ces maladies mentales — qui, de mon point de vue, sont très liées au corps. Le corps et l'esprit sont profondément liés. Aujourd'hui, on ne se sent pas bien, donc on va chercher un palliatif : psychologie, coaching, thérapie. Il y a 150 ans, tout ça n'existait pas. Quel lien tu fais entre le rapport au corps, ce qu'on met dedans, et l'aspect psychologique ?

Lauriane — Il y a d'abord la question : à quel point je suis capable de prendre soin de moi ?

Ce que je décide de manger, de mettre à l'intérieur de mon corps, c'est aussi le soin que je veux bien lui accorder.

Est-ce que je me tourne vers du produit très transformé, très chimique, dont je ne connais pas vraiment la composition, parce que l'objectif c'est juste un apport énergétique à court terme, j'ai un trou dans l'estomac, il faut que je me cale ? Ou est-ce que je me demande : de quoi mon corps a-t-il réellement besoin pour ce que je vais faire après, pour être en forme durablement ? C'est une intention totalement différente.

Et puis — c'est encore plus récent que la psychologie, ça a quelques dizaines d'années —, on se rend compte du lien entre notre microbiote, tout ce qui se passe dans nos intestins, et notre santé en général : l'immunité, la forme, mais aussi les humeurs. Il y a deux cents millions de neurones dans nos intestins.

Jérémy — Il y en a plus que dans le cerveau, je crois ?

Lauriane — Un tout petit peu moins, je crois, mais c'est pour ça qu'on parle de deuxième cerveau. C'est pour ça qu'il est intéressant de se poser vraiment la question : à quoi ça me sert, de manger ?

Passer à l'acte quand on n'aime pas cuisiner

Jérémy — Ce que j'entends dans ton parcours, c'est que l'alimentation est une valeur très importante pour toi, depuis longtemps. Moi, je travaille beaucoup sur les valeurs hautes : quand on est dans ses valeurs hautes, tout est plus simple, parce que c'est ce qui nous fait kiffer, ce qui nous apporte de l'énergie. Mais quelqu'un qui n'a pas l'alimentation ou la santé dans ses valeurs hautes, comment il fait pour aller au-delà de la prise de conscience ? Parce qu'il y a la facilité : on est déjà fatigué par son boulot, par sa vie, par ses enfants, et là on rajoute une couche — « attends, je vais acheter trois légumes, passer une heure à cuisiner » — alors qu'en trois minutes on peut se faire livrer quelque chose ou acheter des plats tout faits.

Lauriane — Il y a plusieurs angles possibles. Soit on est vraiment gourmand et on joue sur le plaisir gustatif. Soit on est manuel, et on retrouve le plaisir de faire, de créer un plat. Ça peut même passer par l'esthétisme : faire des choses jolies. Mais il faut aussi accepter que ça veut dire changer ses habitudes.

Jérémy — Il ne se passera rien si tu fais comme avant.

Lauriane — Il y a des choses à apprendre, et ça ne se fait que très rarement du jour au lendemain. C'est un processus, et c'est bien de commencer petit. Un repas par semaine, déjà. Et à plusieurs : plutôt que d'inviter des copains avec tout prêt parce que j'ai acheté les frites et que je n'ai plus qu'à les mettre au four, on peut se dire « viens, on prépare le repas tous ensemble ». En famille, le samedi soir ou le dimanche midi, parents et enfants autour de l'îlot de la cuisine, et on se fait un repas ensemble. Puis, petit à petit, une session de batch cooking allégée : deux ou trois plats seulement, mais en grande quantité, qu'on ressort dans la semaine. Ou juste préparer des légumes coupés, les congeler : ça aide énormément les jours où on n'a pas le temps.

Tout ne prend pas énormément de temps. Évidemment, selon la complexité du plat, oui, et on n'a pas tous ce temps-là le soir en semaine. Tu parlais du tunnel du soir : mille fois oui. On a autant d'enfants, toi et moi.

Jérémy — On en a beaucoup trop !

Lauriane — Ils sont en supériorité numérique, il faut composer avec ça. Donc il faut accepter de se faciliter la vie. Moi, le week-end ou un soir où je finis plus tôt, j'avance. Pareil pour les goûters : mes enfants mangent des goûters faits maison, mais quand je fais de la pâte à cookies, j'en fais une grande quantité et je congèle des boules de cookies. La veille au soir, je les passe au four dix minutes, et le lendemain ils ont leurs cookies prêts.

Jérémy — Tu as dit deux choses que je retiens. D'abord, penser simple : parfois on se met la pression du grand plat, alors qu'on peut juste faire des légumes à la poêle. Ensuite, revenir à quelque chose de social, de convivial, en faisant participer les enfants.

Moi, je sais que mes enfants adorent. Je leur ai fabriqué une petite chaise d'apprentissage réglable sur laquelle ils peuvent monter, et depuis toujours ils ont un petit couteau adapté pour couper les légumes. Dès que je sors des courgettes ou des carottes, ils entendent le bruit et ils rappliquent. Ma fille me dit toujours : « Papa, je peux t'aider ? Je veux faire avec toi. » Du coup, tu n'es pas seul comme un con derrière ton plan de travail à te dire « j'ai passé deux heures là-dessus ». C'est beaucoup plus acceptable, parce que tu partages un moment avec tes enfants.

Lauriane — Et puis il faut accepter — parent ou pas, d'ailleurs — qu'il n'y a pas besoin de faire les choses parfaitement.

Jérémy — D'où le nom de ton activité, d'ailleurs.

Lauriane — Exactement : « Fais mieux que parfait ». C'est déjà super de faire.

Il n'y a pas besoin de faire les choses parfaitement, ni de se cacher derrière cette excuse du « je ne suis pas très douée pour ça ».

On accepte de prendre ce temps, de se mettre à l'essai, de faire des erreurs. Combien de fois j'ai fait des recettes qui n'étaient pas terribles ! Ce n'est pas grave : la prochaine fois, on jaugera mieux la cuisson, l'assaisonnement. La cuisine, c'est hyper personnel, hyper intime. Moi, je n'ai jamais respecté une recette à la lettre, j'en suis absolument incapable.

Jérémy — Et c'est ce qui est beau dans la cuisine.

Lauriane — In fine, c'est top, parce qu'on se l'approprie. Que ce soit seul ou avec les petits, on fait un peu comme on le sent, il faut savoir s'écouter, il y a un peu d'instinct.

Accompagner : consultations et batch cooking à domicile

Jérémy — Toi, tu accompagnes les personnes là-dedans. Comment ça se passe ?

Lauriane — Il y a des consultations individuelles, d'abord pour faire un bilan de vitalité : comprendre les modes de consommation et de vie actuels de la personne, ce qu'elle mange au quotidien, et peut-être expliquer certaines pathologies. Évidemment, je ne suis pas médecin, c'est une approche complémentaire à l'approche médicale traditionnelle. Mais on se rend compte que l'état inflammatoire chronique ou certaines maladies auto-immunes sont un peu la conséquence d'une mauvaise alimentation.

Ensuite, j'explique vers quels aliments, quel type de cuisine il serait préférable de se tourner. Si c'est quelqu'un qui aime déjà cuisiner, on partage des recettes, je fais des recommandations sur les aliments « alliés », comme j'aime les appeler. Si c'est quelqu'un de très éloigné de la cuisine, qui n'aime pas ça, je viens faire des sessions de batch cooking à domicile, quand c'est possible.

J'ai commencé à faire ça avec des amis, ce n'était pas du tout un projet entrepreneurial au départ, et j'ai compris que c'était un vrai besoin. On passe deux ou trois heures à la maison, on cuisine ensemble des plats adaptés aux besoins de la personne, choisis en amont. L'idée n'est pas du tout que je fasse à leur place, mais de faire avec, de montrer les petites astuces pour gagner du temps, et de prouver qu'en une demi-journée on peut se faire à manger pour la semaine, avec des plats d'avance à mettre au congélateur.

Juste pour l'anecdote : aujourd'hui, mal manger coûte 12,3 milliards d'euros de prise en charge médicale à l'État français. Le coût de la malbouffe a été estimé, il est colossal.

Jérémy — C'est incroyable, alors qu'investir dans une nourriture beaucoup plus saine ne coûterait sûrement pas plus de 12 milliards.

Lauriane — Et ça questionne.

Jérémy — C'est fou, ces choix faits au détriment de la société et des individus.

Lauriane — Et au profit de la productivité.

Productivité first. Et tout ce qui ne rentre pas là-dedans, il faut l'exterminer.

Lauriane — C'est comme ça qu'on se retrouve, sous couvert de rentabilité, avec des fruits et des légumes moins riches d'un point de vue nutritionnel. Les tomates que mangeaient nos grands-parents et arrière-grands-parents étaient plus qualitatives que celles qu'on trouve aujourd'hui à bas prix dans certains supermarchés, pour ne citer personne. C'est pour ça qu'il est intéressant de se demander : qu'est-ce que j'achète, et chez qui ? Pendant des années, on nous a dit que c'était très pratique d'avoir tout sous la main au même endroit, d'où l'essor des supermarchés. Mais c'est très chouette d'aller sur des marchés de producteurs, de savoir qui a fabriqué, comment ça a été produit. Et maintenant, ça s'organise : il y a les AMAP, bien sûr, mais de plus en plus de marchés de producteurs qui se regroupent. Et c'est aussi un chouette moment.

Le plaisir immédiat, les saisons et l'invisibilisation

Jérémy — Je trouve qu'un des biais les plus néfastes pour l'être humain, c'est le plaisir immédiat. Derrière le fait d'acheter des fruits et légumes de mauvaise qualité, il y a le gain de temps, mais aussi ce plaisir immédiat : « au moins je l'ai fait », « c'est moins cher ». Et c'est dur d'évaluer le long terme, de se dire que dans 10, 20, 30 ans, manger ces trucs va peut-être me créer une maladie. J'ai l'impression que l'espèce humaine n'est pas câblée comme ça : par nature, on est un peu chasseur-cueilleur, on voit au jour le jour. Sauf que nos modes de vie nous apportent, au jour le jour, des choses qui ne sont pas saines.

Ce que je trouve difficile, moi qui essaie de manger sain pour les enfants, c'est que ça prend du temps, ça demande de la charge mentale, ça a un coût. Quand tu achètes tes fruits et légumes et que tu te dis « je prends ceux-là parce qu'ils viennent d'à côté ou parce qu'ils sont bio », plutôt que ceux d'à côté qui sont deux fois moins chers, il y a de vrais enjeux de conscience et de choix.

Lauriane — Oui, et il y a aussi le fait de manger hors saison. On veut de la tomate toute l'année, on veut pouvoir manger tout ce qu'on veut tout au long de l'année. Alors qu'en réalité, les légumes ont une saison. Même les fromages ont une saison.

Jérémy — Même nous ?

Lauriane — Même nous, tu as tellement raison. On a besoin de temps de repos, et les variations de température, du climat, nous invitent aussi à ralentir le rythme ou, au contraire, à travailler davantage. Mais oui, même les fromages. Dans la vie sauvage, les vaches, les chèvres gestent et mettent bas à une certaine période : les fromages frais, on est plutôt censé les avoir au printemps et à l'été. Alors qu'on se retrouve avec du fromage frais en plein hiver.

Jérémy — Parce qu'on a complètement perturbé leur cycle hormonal. On est allé les foutre dans des hangars avec de la lumière, et on les dose hormonalement pour que ça change.

Lauriane — Et pour faire le lien avec la santé : on les charge hormonalement, on charge aussi nos animaux en antibiotiques pour éviter qu'ils tombent malades. Tout ça se retrouve dans nos corps.

Jérémy — C'est exactement ce que j'allais dire. C'est dingue qu'on soit si aveugles, probablement sous l'influence des politiques et de l'agro-industrie. On fait rarement ce lien. Si ce que tu bouffes est bourré de pesticides, de trucs dont il est scientifiquement prouvé qu'ils sont mauvais pour la santé, tu ne vas pas pouvoir aller bien derrière.

Lauriane — Tu parles d'aveuglement, mais ça a été invisibilisé. Et il faut aussi se déculpabiliser sur cette malbouffe. Aujourd'hui, dans n'importe quel supermarché, tu trouveras tes fruits, tes légumes, tes produits sains à un seul endroit très précis, très délimité. En revanche, le paquet de chips, les biscuits, ils seront à l'entrée du magasin, au rayon confiserie, au rayon apéro, en tête de gondole, aux caisses quand tu vas régler tes achats. Il y a tout un cross-merchandising qui fait qu'on a beaucoup plus d'incitations vers ces produits-là. Et notre cerveau est fait de telle sorte qu'on s'y habitue.

Rétropédaler, se dire « cuisinons des produits bruts, mangeons ce qui est bon pour nous », c'est une lutte.

Jérémy — Pourquoi c'est si difficile, ce sentiment de revenir en arrière ?

Lauriane — Parce qu'on nous a vendu la facilité. C'est plus confortable de manger ce qui nous est vendu à la télé, en supermarché. Et c'est aussi moins cher. Mal manger, c'est moins cher aujourd'hui.

Jérémy — Moins cher si on ne prend que le coût financier de l'achat. Mais sur le coût écologique et le coût santé, on le paie puissance mille.

Lauriane — Là-dessus je te rejoins, mais il y a une réalité économique : tout le monde n'a pas les moyens de bien manger. Aller vers des produits bruts de qualité, issus de préférence de l'agriculture biologique, ça nécessite du temps et un peu de matériel. La barquette de plat transformé, tu la mets au micro-ondes. Là, il te faut un cuit-vapeur, un four, une plaque de cuisson. Ce n'est pas possible pour tout le monde : je pense aux étudiants dans des petites chambres de bonne. Ce n'est pas évident. Ce n'est pas impossible non plus, et il y a de plus en plus d'associations qui se lancent pour œuvrer là-dessus.

Revenir au corps plutôt que d'attendre la pilule magique

Jérémy — Hier, j'écoutais quelqu'un parler de l'IA, avec des scientifiques qui disaient que d'ici 10, 15, 20 ans maximum, l'IA aurait permis de soigner 90 % des maladies et qu'on pourrait doubler l'espérance de vie humaine. Il y a un truc qui ne va pas là-dedans : miser sur le futur pour aller mieux plus tard, alors qu'on pourrait avoir un impact aujourd'hui. Se dire « je m'en fous de ma santé, dans 15 ans on m'a promis un truc qui soignera tout, je prendrai des cachets et je vivrai deux fois plus longtemps », c'est se déconnecter de soi, de son corps, de ses sensations.

Moi, avec l'opération, j'ai eu un vrai retour au corps, une vraie conscience de ce lien corps-esprit. La conscience que je ne suis pas qu'un mental dans ma tête à courir comme un petit hamster dans sa roue : je suis aussi un corps, il faut en prendre soin, il faut l'écouter.

Le vrai besoin, c'est un besoin de retour à soi, de conscience, de connaissance de soi.

Et derrière cette utopie de croire que l'espèce humaine est supérieure à tout ce qui existe, il y a le fait d'oublier qu'on n'est qu'un animal, avec des besoins primaires à combler. À force de vouloir se faire passer pour ce qu'on n'est pas, on s'oublie et on va vers un truc autodestructeur.

Lauriane — Je ne peux qu'abonder. Je m'en rends compte en consultation : le nombre de personnes complètement dissociées. Ne pas prendre soin de ce qu'on mange, ne pas porter de conscience à ce qu'on ingère, ça fait qu'on ne se rend pas compte des impacts et qu'on ne s'écoute pas. Il y a des gens qui ont mal au ventre en permanence, et pour qui c'est devenu normal. « Je mange, ça me fait mal. Peu importe ce que je mange, ça me fait mal. Je prends un Doliprane. » Est-ce que tu sais déjà où tu as mal dans ton ventre ? À quel moment ça commence exactement ? Il faut décortiquer la pelote de laine.

Et tu parlais de retour à la terre : mille fois oui. Bien manger, si tu prends du recul, c'est aussi porter l'attention sur la qualité de ce qu'on mange, donc sur la façon dont ça a été cultivé, produit. Est-ce qu'on a balancé des engrais chimiques, des pesticides ? Est-ce qu'on a injecté des antibiotiques ? Et derrière : dans quelle mesure tu as pris soin du vivant ? Ça, c'est une vraie vision à long terme. On parle de vivre plus longtemps, mais il faut alors s'assurer que, durablement, notre planète aura suffisamment de ressources pour tous nous alimenter. C'est bien beau de vouloir faire des super hangars où on exploite de la salade sur des tours, ou des animaux entassés.

Jérémy — Les méga-fermes en Chine, avec des milliers, des millions d'animaux. Ça arrive potentiellement en France aussi, avec des animaux qui ne voient jamais la lumière du jour.

Lauriane — À quel moment on est si supérieurs ? On a besoin d'eux, et on ne prend pas soin d'eux.

Jérémy — C'est tellement caché qu'il y a un côté « je ne les vois pas, donc il ne se passe rien ». Le côté autruche. Parce que si les gens voyaient tous les matins des animaux malades, affamés ou blessés, ils auraient une autre vision.

Alimentation et développement durable : gaspillage et responsabilités

Jérémy — Je te propose de basculer sur le lien entre alimentation et développement durable. On a beaucoup parlé de se nourrir soi, des bénéfices sur la santé, des maladies chroniques. J'aimerais qu'on élargisse : c'est quoi pour toi l'idéal d'un monde de demain, qui combine alimentation saine et consciente et conscience de notre environnement, des espèces végétales, animales, de la planète ?

Lauriane — Ça implique un grand changement de paradigme sur ce à quoi sert notre nourriture. Aujourd'hui, dans cette course effrénée à la rentabilité et à l'optimisation des récoltes, on constate un gaspillage alimentaire énorme. C'est terrible : pour produire plus, on y va à grands coups de pesticides, censés protéger les cultures. Mais produire plus pour servir qui ? On n'a pas enrayé la faim dans le monde, et on jette dramatiquement.

En France, on jette en moyenne 130 kilos de nourriture à la poubelle chaque année, par habitant.

Jérémy — Et on a dépassé le jour du dépassement il n'y a pas longtemps, non ?

Lauriane — C'était hier, le 24 juillet.

Jérémy — C'est marrant d'enregistrer aujourd'hui. J'ai vu un reportage récemment sur des dômes construits dans des fermes pour récupérer les excréments, porcins et bovins, et en tirer du méthane, racheté ensuite par des groupes gaziers. Ce qui m'a choqué, c'est que les exploitants gagnaient plus grâce au gaz que grâce à la culture. Du coup, ils plantaient du maïs — qui représente environ 25 % de la consommation d'eau agricole en France — uniquement pour alimenter ces méthaniseurs.

Lauriane — Le maïs, c'est un désastre.

Jérémy — Un quart de l'eau ! Et là tu te dis qu'il y a un vrai problème. Ma question, c'est : est-ce que tu penses que les choses peuvent changer sans prises de position fortes de l'État ? Parce que j'ai l'impression que manger un peu plus sain, c'est sympa, mais c'est une goutte d'eau. Tu peux fermer ton robinet quand tu te laves les dents, mais si 25 % de l'eau part dans la culture du maïs, ce n'est pas ton robinet qui va changer les choses. Quelle est la part d'impact individuel, et quelle est la responsabilité des politiques ?

Lauriane — Si on cherche un coupable, la réponse, c'est les deux. On a tous notre part de responsabilité. Évidemment que les politiques ont tout intérêt à mettre en place une approche différente si on veut miser sur le long terme et qu'il y ait à manger pour tout le monde.

Il y a des paradoxes. Quand je dis que je suis végétarienne, j'entends souvent : « les mangeurs de soja, mais le soja ça pollue ! » Or aujourd'hui, 70 ou 80 % du soja produit dans le monde est destiné à l'alimentation animale. Autrement dit, ceux qui mangent de la viande consomment indirectement plus de soja que les végétariens ou les végétaliens. Il faut regarder les proportions.

Mais on a tous et toutes notre rôle à jouer quand c'est possible. Manger de meilleure qualité quand c'est possible. Pour ceux qui tiennent à un régime carné, très bien : se poser la question des conditions d'élevage de ces animaux. Idéalement d'abattage aussi, mais là-dessus on a très peu de transparence. Et je parlais des antibiotiques que prennent les animaux : les personnes qui mangent de la viande en consomment indirectement.

One Health : il n'y a qu'une seule santé

Lauriane — Il y a un concept qui émerge, si on veut regarder plus large : le One Health.

Il n'y a qu'une seule santé, en réalité.

Aujourd'hui, pratiquement partout dans le monde, on distingue la santé des êtres humains, avec des médecins et leurs spécialités — qui ne communiquent d'ailleurs pas forcément entre elles —, celle des animaux avec les vétérinaires, eux aussi spécialisés, et par ailleurs les biologistes qui observent le vivant, la biodiversité.

Jérémy — Et toutes les médecines douces, holistiques…

Lauriane — C'est pour ça que c'est vraiment de la médecine intégrative que j'aurais tendance à prôner : regarder les choses dans leur ensemble. Si tu reviens très en arrière, la pensée écologiste a émergé de deux biologistes qui ont compris que ça ne servait à rien d'observer juste une espèce, un type d'oiseau par exemple, sans tenir compte de son environnement. Or nous ne sommes qu'une espèce dans un environnement, parmi des milliers d'espèces dans des environnements très différents.

Jérémy — Et quand tu regardes la création des premiers organismes vivants et toute l'évolution sur des millions et des milliards d'années, tout est basé sur le milieu dans lequel les organismes se trouvent.

Lauriane — Exactement. On est une entité parmi tant d'autres, mais complètement interdépendante. C'est pour ça qu'il serait intéressant qu'on se questionne et qu'on adapte nos approches. Je parle surtout d'alimentation, mais combien de fois je rachète des choses au lieu d'essayer de réparer ? À quel point suis-je obligée de prendre ma voiture pour aller chercher ma baguette de pain, alors qu'à dix minutes de marche je peux le faire et laisser ma voiture à la maison ? C'est du temps qu'il faut prendre.

Jérémy — Et sur un plan plus global, c'est intéressant d'aller voir le bénéfice sur d'autres domaines de vie. Si tu vas chercher tes enfants à l'école à pied, tu as un bénéfice financier, un bénéfice pour la planète, et un gros bénéfice pour toi, pour ta santé.

Ce que je trouve intéressant depuis le début, c'est qu'en préparant l'épisode je me suis dit : « l'alimentation, oui, mais pourquoi ? » Et plus on tire le fil de la pelote, plus je me rends compte que c'est un enjeu central. C'est un besoin vital, c'est quelque chose qu'on fait tous, et dans l'alimentation il y a un lien très marqué avec tout ce dont on parle. Mieux manger pour soi, mais pas que : on est obligé de se demander comment ces fruits et légumes ont été cultivés, comment ces animaux ont vécu, ce qu'ils vont nous transmettre.

Et sur la responsabilité, je pense qu'on l'a tous, parce que c'est confortable d'acheter un truc rapidement. Mais pourquoi ça marche, pour les industriels ? Parce qu'on consomme chez eux. Si on décide de consommer moins, ailleurs, différemment, ils s'adapteront : leur but, c'est de vendre, de développer leur boîte. Si pour ça il faut être plus connecté à l'environnement, ils le feront.

Les lignes bougent : pétitions, cuisines centrales et jardins d'école

Lauriane — Ce qui fait écho à ce que tu dis, dans l'actualité au moment où on enregistre, c'est cette loi Duplomb qui est passée. Une pétition a été lancée — et c'est intéressant — à l'initiative d'une étudiante, donc de la jeune génération. À l'heure où on parle, on est à plus d'un million neuf cent mille signataires.

Jérémy — On va arriver à deux millions.

Lauriane — Ça peut basculer d'ici la fin de l'épisode. En tout cas, on se rend compte que ça émerge, que ça bouge, et c'est intéressant de voir comment la sphère politique réagit.

Jérémy — C'est bien, on voit qu'on a un peu de pouvoir. On n'a pas forcément besoin de descendre dans la rue et de casser des choses.

On peut tout à fait faire bouger les lignes de manière très pacifique.

Lauriane — Se rapprocher de nos producteurs locaux. Plutôt que d'aller dans un parc d'attractions, aller visiter une ferme : ça fait du bien de savoir comment est produit le fromage qu'on achète.

Jérémy — Et les enfants, ils kiffent voir ça. Je ne suis pas partisan de dire que les politiques sont tous mauvais, je ne le crois pas. Ce sont des humains avec leurs biais, leurs intérêts, un appât du pouvoir peut-être, des paradigmes différents, des niveaux de conscience différents. L'enjeu, c'est d'élever ce niveau de conscience, sans violence, parce que la violence ne résout rien. Je pense que beaucoup de ceux qui ont voté la loi Duplomb ne se sont même pas posé ces questions : ils se sont dit qu'on allait produire plus et que ce serait mieux, sans avoir conscience des conséquences.

Lauriane — Et puis il y en a qui proposent des solutions intéressantes. Des associations ont été créées sous l'impulsion de certains politiques, notamment dans les quartiers défavorisés en région lyonnaise, où ils ont créé un groupement d'achats en direct des producteurs, majoritairement bio. Cette centrale d'achat est destinée aux habitants des quartiers populaires : on leur donne accès à des produits de qualité en achetant groupé, à bas prix.

Jérémy — Ça, c'est trop chouette. Même localement, je le vois. Nous, dans notre petit village, le maire — je crois qu'il est sans étiquette — a cette conscience de l'environnement et de la nature. C'est un agriculteur, mais à petite échelle : un peu de lavande pour faire de l'essence de lavande, pas mal d'oliviers. Et là, ils sont en train de construire une cuisine centrale en partenariat avec trois ou quatre communes alentour. L'objectif, c'est de mutualiser, de faire appel à des producteurs, d'acheter des produits de meilleure qualité, de construire et de distribuer eux-mêmes, avec un contrôle sur l'origine des produits. Ça ne coûtera pas plus cher que de construire une autre cuisine, sauf que ce sera vraiment bénéfique pour les enfants.

Lauriane — Il y a même la ville de Mouans-Sartoux qui fait office de précurseur : des cantines scolaires 100 % bio, avec leur propre terrain agricole. Tout passe du champ à l'assiette en agriculture biologique, et les enfants mangent local et bio. C'est génial. Il y a énormément d'initiatives en train d'émerger, et c'est bien de les mettre en lumière.

Jérémy — À l'école des enfants, la maîtresse voulait faire un potager. Je suis allé l'aider parce qu'elle avait mal au dos : on a planté des courgettes et quelques trucs, elle voulait que les enfants voient que ça part d'une petite plante qui ne ressemble à rien, que ça pousse, qu'il y a des fleurs et que ça donne un légume. Parce que ces enfants n'ont jamais vu ça, ils en sont déconnectés, pour eux ça n'a pas de sens. Ils étaient éclatés, ils arrosaient, ils voyaient le truc pousser. C'était ouf.

Lauriane — Je fais aussi partie de l'association L'École comestible, qui fait de l'éducation à l'alimentation durable dans les écoles maternelles et primaires. On fait ce type d'ateliers, et même des ateliers de cuisine avec eux, justement pour leur donner accès à ces pratiques, à ces habitudes.

Jérémy — C'est une association nationale ?

Lauriane — Oui, tout à fait : lecolecomestible.org.

L'homéostasie : notre corps sait très bien faire

Jérémy — Passons au troisième sujet, qui sera une belle conclusion : le lien entre alimentation et santé, avec Hippocrate et sa première médecine. Quels liens fais-tu entre l'alimentation et l'homéostasie, ce fait que le corps puisse se réparer seul ?

Lauriane — On a beaucoup parlé de guérison, mais il y a d'abord tout l'aspect préventif. Si on a un mode de vie sain et une alimentation équilibrée, le corps est dans cet état d'homéostasie.

Jérémy — Tu peux rappeler ce que c'est ?

Lauriane — C'est un état d'équilibre. Dans un mode de vie globalement sain, le corps est dans cet équilibre absolu des fluides — parce qu'on a quand même un corps sacrément bien fichu, la nature nous a bien dotés, merci — qui fait qu'on ne tombe pas malade. Et si une blessure survient, parce qu'on ne peut pas éviter une chute, le corps est capable de s'auto-réparer. Si on se fait une petite coupure et que tout va bien, le sang coagule, ça fait une petite croûte, les anticorps arrivent et ça ne s'infecte pas.

Sauf qu'en réalité, nos modes de vie font qu'on est dans un stress permanent, dans un environnement très pollué à tous points de vue : pollution de l'air, des sols, de l'eau.

Jérémy — Il y a un ou deux ans, ils ont commencé à dire que l'eau de pluie n'était plus potable nulle part dans le monde. Tu te dis : c'est quand même l'essence de la vie.

Lauriane — Tout à fait. Et même l'eau du robinet : il ne faut pas oublier que dans certaines communes en France métropolitaine, aujourd'hui, on ne peut pas la boire.

Jérémy — Et quand tu ouvres ton robinet, ça pue le chlore.

Lauriane — On boit une eau très chlorée. Et puis il y a la pollution visuelle, sonore, nos téléphones qui vibrent en permanence. Tout ça contribue à un stress permanent. Quand on est en homéostasie, on fait face à ce qu'on appelle le stress oxydatif, qui est normal, naturel, et que le corps arrive à réguler, notamment grâce à notre alimentation qui apporte de quoi équilibrer la balance. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, et donc on explose : maladies auto-immunes, syndrome de l'intestin irritable, maladies cardiovasculaires, stress chronique, dépression nerveuse qui s'installe durablement. Parce qu'on n'est plus à l'équilibre.

C'est important d'en parler à titre préventif : en adaptant nos modes de vie, déjà, on s'évite d'être malade.

Les zones bleues et la force du lien social

Jérémy — Pour aller plus loin, tu as entendu parler des zones bleues ?

Lauriane — Bien sûr, les blue zones. C'est juste incroyable.

Jérémy — Il y en a au Japon…

Lauriane — En Sardaigne, au Costa Rica. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont cinq régions du monde identifiées et analysées par des scientifiques, où l'on trouve le plus grand nombre de centenaires. Des populations qui vivent longtemps et en bonne santé.

Jérémy — Tu as des papis et des mamies de plus de 100 ans qui marchent, qui vont dans leur petit jardin. C'est ouf.

Lauriane — Et qu'ont analysé les scientifiques ? Ce sont des personnes qui mangent principalement des produits bruts, issus de l'agriculture locale. La viande est mangée ponctuellement, à l'occasion de grandes fêtes de village.

Jérémy — Et l'aspect très social aussi.

Lauriane — Exactement, ils vivent en communauté. Là où, dans notre culture actuelle, la personne âgée est plutôt planquée dans son Ehpad.

Jérémy — Il faut la cacher, parce que nous, on n'a pas le temps.

Lauriane — Alors que là-bas, c'est complètement différent. Tu vas dans un village d'une de ces zones bleues, et sur la place centrale, tu connais l'emplacement des maisons où vivent des personnes de plus de 100 ans, qui reçoivent la visite des autres habitants. Le lien social est extrêmement fort.

On dit toujours qu'on n'élève pas un enfant seul, qu'il faut tout un village pour élever un enfant. Eux, c'est exactement ce principe communautaire.

Les activités professionnelles y sont plutôt artisanales ou agricoles. Ils ont trouvé la recette du bonheur et de cette vie hyper équilibrée, de cette fameuse homéostasie.

Jérémy — J'ai un ami un peu provocateur qui dit que le problème, ça a été quand les femmes ont commencé à travailler. C'est très provoc, il dit ça pour taquiner, mais son idée derrière, qui est peut-être assez juste, c'est celle de la surproductivité et, en même temps, de la montée dans la pyramide de Maslow : prendre du temps pour soi, la conscience de soi, mais parfois au détriment de l'autre. C'est le côté individualiste : on veut se développer personnellement, on veut son confort. Et à partir de là, on met de côté la vie en communauté, ce mode de vie village qu'on avait il y a 100, 150, 200 ans, où les grands-parents s'occupaient des petits-enfants pendant que les parents allaient au champ.

Aujourd'hui, il faut la réussite individuelle, il faut prouver. Et je pense que c'est basé sur de grosses blessures qu'on a enfouies, des vides, des manques qu'on cherche à combler. C'est ce qui pousse à écouter son téléphone plutôt que son corps. À se connecter à des gens à des milliers de kilomètres plutôt qu'à ses voisins.

Lauriane — Parce que tu es protégée derrière ton écran.

Se reconnecter au vivant : jardin, micro-pousses et temps de rien

Jérémy — Comment on peut se détacher un peu du téléphone, de la technologie, pour revenir dans cette philosophie des zones bleues, être davantage connecté à son environnement, à ses relations, à sa nourriture ?

Lauriane — Je n'ai pas une réponse parfaite, adaptée à tout le monde, mais comme on le disait au début, l'alimentation est un levier de plein de choses : prendre soin de sa santé physique, prendre soin de la planète, de sa santé mentale, et du lien social.

Admettons que tu aies un jardin : tu te fais un petit carré potager, et c'est déjà un premier moyen de reconnexion à la nature, au vivant. Tu sais que tu ne pourras pas planter tes tomates en plein mois de décembre — ou pas tout de suite, mais bientôt, avec le réchauffement climatique, si on ironise un peu. En tout cas, ça te reconnecte à la réalité du temps, de la météo, de ce qu'il y a à faire, et ça t'amène à prendre soin de quelque chose d'autre que de toi.

Si on n'a pas de jardin, il y a les associations de jardins partagés, qui se développent partout en France. J'y ai mon petit lopin de terre, mes 60 mètres carrés à cultiver.

Jérémy — C'est beaucoup, 60 mètres carrés !

Lauriane — Ça occupe tout l'été, mais ça ramène dans la réalité. Et quand on n'a même pas un balcon, on peut se rapprocher de producteurs locaux — il y en a même en grande ville. Je pense à Marseille, où il y a maintenant des fermes urbaines. Ça permet de remettre du concret, du vivant dans nos vies.

Et quand on n'a vraiment qu'un appartement, sans accès extérieur : faites vos micro-pousses et vos graines germées. Ce sont des bombes nutritionnelles, vraiment très riches, et il ne faut pas plus de place qu'un ramequin, une coupelle ou un bocal. On retrouve le lien avec l'alimentation vivante, c'est hyper sain et hyper simple à faire, même quand on n'a pas la main verte, promis — parce que moi, je ne suis pas une spécialiste.

Jérémy — C'est intéressant aussi parce que, pour les enfants, il y a un côté choquant : ils n'ont plus l'habitude de ce goût-là. Tu parlais des tomates du jardin ; ma femme dit toujours qu'elle se souvient de la salade de son grand-père, celle qui avait vraiment du goût. Alors qu'aujourd'hui, les salades n'ont plus de goût. Donc les enfants font « ah, mais qu'est-ce que c'est ? », parce que c'est une bombe nutritionnelle mais aussi une bombe de saveurs.

Lauriane — Exactement, et chaque micro-pousse a son goût particulier. Radis, roquette : c'est hyper intense. Dans les ateliers avec les enfants, au début ils disent « c'est quoi ça ? On dirait de l'herbe ». Et ça leur donne confiance, ça leur donne envie de goûter.

Donc pour revenir à ta question : revenir un peu à l'essentiel, revenir au vivant. Ce rapport au vivant est hyper important, et important pour la santé mentale aussi.

Mettre les mains dans la terre, quand c'est possible, ça fait vachement de bien au cerveau.

Jérémy — J'ai eu cette prise de conscience il y a quelques années. Mon grand-père est décédé à 98 ans. Il faisait du vélo tous les jours, il allait chercher du bois en vélo pour sa cheminée. À la fin, il prenait le bus, mais jusqu'à 95 ou 96 ans, il allait à la mer en vélo. Il allait ramasser des moules, il avait son masque et son tuba, il nageait. Un mode de vie hyper sain. Il avait son jardin, 50 ou 60 mètres carrés comme toi, où il cultivait tout ; la seule chose qu'il achetait, c'était un peu de viande.

Ce qui m'a marqué, c'est qu'aujourd'hui on parle beaucoup de santé mentale et de méditation. Et ce n'est pas évident de méditer dans son quotidien si on n'a pas d'attrait pour ça. Un jour, j'ai fait le lien : mon grand-père ne méditait pas directement, mais il passait ses journées à méditer. Quand tu cuisines, quand tu es dans ton jardin, quand tu prends ton vélo, que tu regardes le paysage, que tu croises un copain et que tu discutes, il y a un côté très méditatif.

Je pense qu'il est très important, dans le retour à soi, de prendre des temps de rien — qui ne sont pas des temps de rien dans l'absolu, parce que cuisiner, ce n'est pas rien. Aujourd'hui, on cuisine en écoutant un podcast, il faut toujours remplir. Il y a une fuite là-dedans : je remplis parce que je ne veux pas être juste avec moi. Un des critères du bien-être et d'une bonne santé, c'est aussi ce temps conscient avec soi. Est-ce que tu arrives à le faire, toi ?

Lauriane — C'est peut-être plus le jardinage qui me permet cette évasion. C'est un bon exutoire : tu arraches les mauvaises herbes, et toi tu sais quelle intention tu mets derrière. C'est parfait.

Transmettre aux enfants sans forcer

Jérémy — Tu fais ça avec les enfants ?

Lauriane — Quelquefois. Ils préfèrent nettement ramasser les fraises et les tomates que d'arracher les mauvaises herbes ! Mais on fait une petite rotation pour qu'ils participent. Comme je passe de l'ado aux petits, on n'a pas la même énergie ni le même intérêt, mais ça fonctionne.

Pour le jardinage, c'est vraiment du volontariat, j'ai arrêté de forcer. Pour la cuisine, je crois que j'ai transmis la chose : depuis petits, ils me voient cuisiner, donc depuis petits ils font. Je ne force pas, mais il y a des fois où ils ont envie, et ils font, à tout âge. J'ai l'ado qui a maintenant envie de savoir faire des plats lui-même. J'ai le second, qui porte bien son nom, qui a plutôt envie d'être le commis qui vient aider. Et la petite dernière qui vient foutre un peu le bordel, qui met les doigts dans la farine et qui vient manger. Et c'est parfait, c'est très bien comme ça aussi.

Jérémy — Il faut lâcher prise. Et c'est leur donner une forme d'autonomie, les laisser faire, les laisser découvrir.

Lauriane — Les laisser faire leur recette aussi.

Jérémy — Ma femme m'a envoyé un post Instagram il y a quelques jours qui disait qu'on ne supporte plus les enfants dans notre société : dans le train, il ne faut pas qu'ils fassent de bruit ; au restaurant, il faut qu'ils soient assis et qu'ils ne bougent pas. Et la personne disait que c'était le symptôme de ne pas s'autoriser soi-même à être pleinement vivant. Parce qu'un enfant, c'est bruyant, ça découvre, ça en fout partout. Ça vit, en fait. Et je pense qu'on a beaucoup oublié de vivre. L'enfant est sans filtre, il nous rappelle l'essence des choses.

Lauriane — Et ils peuvent être hyper créatifs. Ce que j'adore dans les ateliers avec les enfants, c'est que je fais toujours des recettes « à tiroir », à options : tu peux faire comme ci, comme ça, mettre ceci ou cela. Et surtout, sur la présentation finale, je leur laisse le champ libre. C'est presque mon moment préféré, quand ils me font leur présentation. Ils sont fiers d'eux, c'est un moment d'expression libre. Et en tant que parent ou adulte, il faut leur laisser cette liberté.

Mon opération, et le besoin de médecine intégrative

Jérémy — Parlons de nos maladies, maintenant, sans transition ! C'est intéressant, parce que je pense que tu n'as pas envie de te positionner comme la sachante qui dit ce qu'il faut faire ou ne pas faire. On est tous en apprentissage, il y a des bonnes pratiques, et ce n'est pas parce qu'on a de bonnes pratiques que ça nous empêche d'avoir des choses. Tu me parlais d'une opération récente.

Lauriane — Oui, j'ai été opérée de la vésicule biliaire, on me l'a retirée parce qu'elle était complètement enflammée. Ce qui est un peu fou, c'est que cet état est arrivé au moment où j'ai décidé de me tourner vers une formation, et donc vers une alimentation beaucoup plus consciente, saine et adaptée aux besoins de mon corps. J'ai toujours beaucoup cuisiné à la maison, donc peu de produits transformés, et j'ai toujours cuisiné bio. Mais je n'avais pas pleinement conscience des combinaisons alimentaires, de ce qui est pro-inflammatoire, du pouvoir alcalinisant ou acidifiant de certains aliments. Je mangeais par plaisir, assez sainement, en pensant bien faire. Et pour autant, ma vésicule m'a lâchée au moment où je me formais à l'alimentation vivante et santé.

Jérémy — Tu penses qu'elle s'est autorisée à lâcher ? « C'est bon, j'ai trop donné. »

Lauriane — Complètement. C'est arrivé au moment exact où j'ai compris : « ah oui, ça, je ne le faisais pas bien, je n'en avais pas conscience. » Et clac, ça a lâché très vite. Pour des raisons professionnelles et personnelles, je ne pouvais pas me faire opérer tout de suite. À la grande surprise de mon chirurgien, qui voulait m'opérer dans les trois semaines en me disant « je ne suis pas sûr que vous teniez trois mois », j'ai tenu. Je n'ai pas refait de crise, avec un régime alimentaire adapté à mes besoins du moment. Je n'ai pas de plan prédéfini à donner, mais j'avais compris ce que je devais adapter.

Et en post-opératoire, là où on donne des traitements pendant dix ou quinze jours, j'ai tout arrêté au bout de trois jours. Tout va très bien, mon corps est arrivé à se guérir progressivement, là aussi en portant l'attention sur : de quoi mon corps a-t-il besoin dans cette situation précise ? Qu'est-ce que je vais lui apporter pour favoriser la cicatrisation, pour l'aider à éliminer les produits de l'anesthésie ?

Jérémy — Qui sont assez violents pour le corps et les organes. C'est une drogue.

Lauriane — Exactement. Ça m'a confortée là-dedans.

Jérémy — Est-ce que ça aurait pu se passer sans opération ? Est-ce qu'il y a des stades où ce n'est plus possible ?

Lauriane — Du point de vue du chirurgien, non. J'avais aussi des calculs, qui peuvent s'éliminer quand ils sont d'une certaine taille, mais beaucoup moins quand ils sont gros comme le mien. Dans ma configuration, ce n'était plus possible. Et c'est important de l'accepter : je ne suis pas médecin. Je suis archi pour le fait qu'on s'écoute, qu'on se fasse confiance. J'ai un héritage de tout un état inflammatoire antérieur et j'ai connu par le passé des problèmes médicaux assez nombreux et réguliers ; j'ai pu refuser des opérations. Celle-ci, j'ai compris que c'était in fine la meilleure option, même si j'ai dû l'accepter. Ça a été un chemin. Et maintenant, je sais que vivre sans vésicule, ça s'adapte.

Jérémy — Le corps est quand même incroyable. Et ça te fait une sacrée expérience pour accompagner les personnes qui vivent ça.

Ce qui m'a marqué dans mon opération du cœur, c'est le trop peu de liens. Quand j'ai appris que je devais me faire opérer, c'était en urgence : un mois et demi après, je passais sur la table. J'étais très content d'avoir un super chirurgien, parce qu'il y a cent ans je ne serais plus là. Mais il n'y a aucun lien entre ta santé psychique, émotionnelle, et ta santé physique. J'ai dû, par moi-même, parce que j'ai cette conscience-là, me faire accompagner en parallèle sur le plan psychologique et émotionnel.

Il y a cette guéguerre entre les médecines douces et la médecine traditionnelle que je ne comprends pas.

La veille de l'opération, l'infirmier passe et te dit : « tenez, un petit cocktail. » Il y avait un somnifère, un anxiolytique et un troisième médicament — en gros, un truc chimique pour t'endormir, pour que tu ne captes rien, et quelque chose qu'on donne aux gens en dépression. J'ai dit : « écoutez, ça va très bien. » Pendant les dix jours avant l'opération, je méditais deux ou trois heures par jour. J'ai dormi comme un bébé, j'étais serein, vraiment serein. Je ne comprends pas comment on peut rejeter ces choses-là quand tu vis le bénéfice que ça a. Et si ça ne te fait pas de bien, ça ne te fait rien : il n'y a pas de mal. Si tu n'arrives pas à méditer, tu n'arrives pas à méditer. Je ne comprends pas qu'on en soit là en 2025, à ne pas mixer tout ça. On a parlé d'alimentation, mais on pourrait parler de plein d'autres pratiques : j'ai une amie qui fait de la somatothérapie, qui passe vraiment par le corps.

Lauriane — C'est pour ça qu'on parle maintenant de médecine intégrative : arriver à faire le lien, à discuter avec le corps médical traditionnel, à l'écouter, le respecter, et à voir ce qu'on peut apporter autour. Je ne suis pas médecin, pas du tout, mais il y a un vrai travail à faire en binôme, voire plus, parce qu'on est complémentaires. Quand tu traverses un cancer, quand tu es en post-opératoire, ça peut te permettre de passer les choses de manière plus sereine, plus facile. L'aspect psychologique et moral compte énormément. Il y a même de la psychologie en biodynamie, justement pour travailler sur ce qui se passe dans ta tête et sur la façon dont ça résonne dans ton corps.

Jérémy — La naturopathie, les compléments alimentaires qui ont un impact sur le corps, sur le cerveau…

Lauriane — Regarde aujourd'hui la quantité de compléments alimentaires qu'on nous vend, et maintenant on nous dit qu'on met tout dans un seul comprimé à prendre par jour. C'est la facilité. Mange bien, tu verras : tu n'as pas besoin de prendre de compléments alimentaires, tout va bien.

Jérémy — Sur le post-opératoire, j'ai passé un mois à l'hôpital en rééducation, et ça m'a marqué. Il y avait la nutritionniste du service, un métier un peu folklore, parce qu'elle était censée faire les menus — pas les repas, les menus, ce qui se passait était industriel. Elle choisissait si tu avais telle viande ou telle autre, mais c'étaient tous des trucs ultra transformés. Je lui ai demandé si ça lui plaisait de faire ça, et elle m'a répondu : « non, je me barre dans quinze jours. » Elle s'était lancée dans la nutrition pour le bien-être du corps, pour ce que tu mets dans ta bouche, et elle s'était retrouvée confrontée à : « non, on a un contrat avec telle marque, donc c'est ça qu'on va faire. » Je lui disais : quand on se remet d'une opération, manger le matin des tartines de pain blanc avec de la confiture, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux. Et elle me répondait : « je sais, mais il n'y a que ça, c'est ce qui est imposé. » C'est triste, parce qu'il y a une vraie coupure entre nos besoins fondamentaux, vitaux, et ce qu'on nous propose.

Lauriane — Dans les institutions comme les hôpitaux ou les cliniques, le budget consacré à l'alimentation est souvent réduit. J'entends à peu près 99 % des personnes quitter l'hôpital en disant « j'ai encore mal mangé ». Et c'est dommage, parce que ça fait partie des étapes de la guérison, et ça fait du bien à la tête aussi.

Jérémy — Franchement, quand tu manges un repas avec de la saveur, oui.

Le mot de la fin

Jérémy — Lauriane, on arrive à la fin. Qu'est-ce que tu aimerais que la personne qui nous écoute retienne ?

Lauriane — Ce qu'on partageait sur l'homéostasie : notre corps a cette capacité de bien fonctionner tout seul quand on lui apporte les bons éléments, le bon cadre et le bon mode de vie. Notre corps est capable d'aller bien. Aujourd'hui, pour la plupart d'entre nous, nos modes de vie ne nous permettent pas d'être à l'homéostasie, mais c'est bien de l'avoir à l'esprit, parce que c'est ce vers quoi on doit tendre.

Et l'alimentation est un énorme facteur de bien-être, à la fois physique, psychologique, moral, social, mais aussi, plus largement, une manière de prendre soin de l'environnement.

C'est un des rares espaces où on a un vrai pouvoir, un vrai champ d'action.

Et sans passer par des régimes — je ne suis pas du tout pro-régime —, l'idée est vraiment de faire ça avec plaisir. Des fois, ça se joue à pas grand-chose pour accéder à un mieux-être au quotidien, pour mettre de côté des problèmes de santé qu'on croyait chroniques, installés.

Ça ne doit pas être la normalité, de prendre des médicaments tout le temps. On peut faire les choses différemment.

Jérémy — S'écouter, revenir au corps. Et ce qu'on met dans notre corps a un impact tellement énorme qu'il faut agir là-dessus. Avec plaisir, parce que quand on parle de manger sain, on pense contrainte, et je ne crois pas que l'espèce humaine soit faite pour la contrainte. C'est d'ailleurs pour ça que tous ces plats préparés marchent si bien.

Pour les personnes qui veulent se faire accompagner, discuter avec toi, aller plus loin : on te retrouve où ?

Lauriane — J'ai un compte Instagram assez actif, @fais_mieux_que_parfait, et mon site internet, actuellement en refonte mais toujours accessible : www.faismieuxqueparfait.fr.

Jérémy — Merci beaucoup, Lauriane.

Lauriane — Merci, Jérémy. Prenez soin de vous, toutes et tous.

Jérémy — Et à très vite pour un prochain épisode !